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Corinne Berthaud : "Je suis contre la reconnaissance du burn-out en maladie professionnelle"

Marie-Annick Depagneux

Publié le 15 juin 2015 à 05:17 - Mis à jour le 15 juin 2015 à 13:14

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Alors que s'ouvre la 12 ème semaine de la qualité de vie au travail ce lundi, Corinne Berthaud, spécialiste des troubles psycho-sociaux (violence au travail) dénonce ce qu'elle considère comme un harcèlement institutionnel à tous les niveaux, en France.

Acteurs de l'économie. La 12 ème semaine de la qualité de vie au travail, organisée par le réseau ANACT-ARACT, s'ouvre le 15 juin. Comment a évolué la situation dans les entreprises, à ce propos ?

Corinne Berthaud. Le thème retenu est «Rendons le travail parlant». Ce combat je le mène depuis des années mais je n'ai pas été invitée à participer à ces journées. Pourtant j'ai été la première en France à avoir traité la violence au travail par le spectacle, précisément, pour libérer la parole des salariés. Je crains que les débats de ces journées se confinent encore dans la cosmétique. Quand va t'on enfin révéler la vérité ? En France, on est dans un harcèlement institutionnalisé à tous les niveaux pour faire du profit immédiat. C'est un fléau de société.

Pourtant un amendement prévoit de considérer le burn-out, épuisement psychique en français, comme une maladie professionnelle dans le projet de loi sur le dialogue social en cours de discussion. N'est-ce pas une avancée ?

Non, je suis contre la reconnaissance du burn-out en maladie professionnelle. De la sorte on culpabilise les salariés en traitant leur cas de façon individuelle. Aux personnes concernées on va coller une étiquette d'incapacité leur disant qu'ils sont trop fragiles, trop sensibles. Je vous rappelle les chiffres : 3 millions de personnes déclarées en burn-out en France. Cela voudra dire donc 3 millions de handicapés psychiques. Comment vont ils se reconstruire après avoir été affublés de ces qualificatifs  renvoyant à l'idée qu'ils sont trop sensibles ? En 2014, 14 000 chômeurs se sont donné la mort. Combien avaient vécu des processus de déstabilisation qui les ont détruits ? Combien avaient peur non seulement de ne pas retrouver un emploi mais de ne plus jamais pouvoir retravailler par peur de retourner dans ces contextes hostiles qui les ont brisés ?

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Ce que vous décrivez est terrifiant presque machiavélique. Pourtant il existe des garde-fous, tels les médecins du travail dont le rôle est de surveiller l'état de santé des salariés.

Les médecins du travail, eux aussi, souffrent lorsque, sous la pression des employeurs qui veulent dégraisser, il leur faut prononcer des inaptitudes qui sont des licenciements déguisés. Quant à la Sécurité Sociale, qui instruit les dossiers de déclaration des maladies professionnelles, c'est un organisme subventionné par les employeurs. Parler de reconnaissance du burn out est une illusion quand on sait comment les experts de cet organisme sont sous le jouc des entreprises cotées au CAC 40. Une fois encore les petits patrons vont prendre cher comme pour les Prud'hommes. Dans ces processus de déstabilisation très rodés personne n'est épargné.

Que préconisez vous alors  ?

Les politiques doivent s'emparer du sujet. Il faut traiter ce phénomène de société de façon collective, à tous les niveaux et en particulier au niveau de la justice. Dans bien des cas les salariés n'osent pas car ils ont peur de perdre leur travail. J'ai été interpellée par des employés d'une Pme textile du Rhône où tous les éléments constitutifs du harcèlement moral institutionnalisé sont en place pour réduire les effectifs. D'ailleurs ils sont entrain de procéder à des licenciements massifs. J'ai alerté la direction mais rien n'avance et je redoute le drame. Quoiqu'il en soit je serai là si le pire devait se produire pour affirmer que j'ai dénoncé les faits. Mais ce n'est pas la seule entreprise concernée. Les procédés sont toujours les mêmes. Les gens sont poussés à bout pour dégraisser à moindre coût. Il y a les cibles et les complices qui trahissent leur âme et finissent par tomber eux aussi. Les entreprises ont le droit de licencier mais en préservant la dignité des personnes.

Note : Corinne Bertaud est l'auteur de  « Cette comédie qu'on appelle le travail », un essai publié chez Calman-Levy en janvier 2015. Prix : 17 euros.

Marie-Annick Depagneux

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