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Stratégie - La Tribune AURAManagement - La Tribune AURA

Simon Parlange (Mirage festival) : "Les arts numériques peuvent aider les entreprises"

Maxime Hanssen

Publié le 04 mars 2016 à 14:16 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 04:07

Mirage Maigret - The Pirate Cinema

Mirage Maigret - The Pirate Cinema

DR

Le Quotidien Numérique

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Photo d'illustration de l'article
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Le Mirage Festival, qui se déroule à Lyon jusqu'au 6 mars, questionne les liens entre art et innovation. À l'occasion de cette quatrième édition, Simon Parlange, cofondateur, revient sur la genèse et l'ambition de l'événement. Celui-ci propose notamment une réflexion autour des usages des technologies. Loin d'être cantonnés au domaine artistique, les outils digitaux, et la philosophie collaborative qui en découle, peuvent ouvrir des perspectives aux acteurs privés, notamment dans leur recherche d'agilité.

Acteurs de l'économie - La Tribune : Comment est né le Mirage Festival ? A quelle ambition artistique et sociétale répond-il ?

Simon Parlange : Notre association avait un goût prononcé pour l'organisation d'événements autour de la musique électronique, mais avec une volonté de réfléchir à des questions autour de l'image.

Cette dimension visuelle et du rapport à la technologie nous a progressivement fait glisser vers une réflexion plus globale autour du numérique. Nous nous sommes alors tournés vers le modèle du Mapping festival, en Suisse. Celui-ci met en valeur les nouvelles technologies sous le prisme de la création artistique.

Alors que ces nouvelles pratiques étaient en plein essor, peu de lieux lyonnais y prêtaient attention. Les théâtres, les salles de spectacles, n'y étaient pas encore très ouvertes. Elles restaient donc confidentielles, très "geek".

Le souhait, à travers ce festival, est donc de démocratiser ces nouvelles tendances, en donnant la possibilité à des artistes locaux et internationaux de travailler ensemble. Les formats sont variés afin d'initier un plus grand monde : atelier pros, balades urbaines, performances ou soirées festives. Les lieux sont divers pour croiser les publics : les Subsistances, le Sucre, le Transbordeur, le Musée des Beaux-Arts, des galeries d'art, etc.

L'idée et de faire communiquer ces différentes sphères, qui ne sont finalement pas si éloignées, et que cela soit fédérateur pour tout le monde.

Qu'apporte le numérique à la culture ?

Le numérique est un outil. Ce n'est pas une fin en soi. Il apporte des capacités techniques qui n'existaient pas avant, comme la notion d'immersion ou de captation de données. Mais le numérique donne aussi la possibilité à un plus grand nombre de créer.

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Toute une frange de la population a désormais accès à la création, alors qu'auparavant, elle ne pouvait pas : soit à cause de moyens techniques, soit à cause de solutions trop onéreuses. Cela ouvre un champ des possibles plus grand. Cela peut engendrer des émulations, des hybridations entre des profils divers.

Justement, l'un des paris de votre festival, c'est d'estimer que l'art numérique peut fédérer de nombreux acteurs d'horizon très divers. Comment ?

Les frontières sont très poreuses. Un artiste "numérique" n'a pas réellement une identité définissable. Cela peut être une personne qui se lance dans un spectacle vivant grâce à la technologie. Un graphiste designer, qui utilise ponctuellement ses compétences sur un projet artistique, etc.

Le prisme artistique nous permet de croiser les disciplines autour du numérique, mais aussi de réfléchir aux usages du digital et des nouvelles technologies, au-delà de l'aspect "à la mode" que cela génère aujourd'hui.

Ces outils et technologies, qui nous paraissent aujourd'hui naturels, sont développés par des entrepreneurs, des entreprises, dont, notamment les plus grandes, on ne connaît pas grand chose.

La notion d'éducation populaire, liée au numérique, est donc très présente ?

Oui. Par exemple, nous proposons un atelier d'exploration théorique, pratique et artistique des questions de surveillance, de contre-surveillance et d'investigation numérique. Dans un contexte mondial post-Snowden et à l'heure de la loi française sur le renseignement, ce workshop permet aux citoyens de s'approprier ces questions fondamentales.

Mais la dimension populaire de notre événement s'inscrit aussi dans le fait que nous estimons que les technologies peuvent être de nouvelles portes d'entrée vers la culture, grâce à un format moins classique que celui du théâtre, par exemple, même si le propos n'est pas de dire que tel art et mieux qu'un autre.

Comment, grâce au numérique, les mondes des entreprises et celui des artistes peuvent-ils se rapprocher ?

Lorsqu'on discute avec des partenaires privés éventuels, nous constatons un rapprochement entre culture et entreprise. D'une part, les acteurs culturels ne peuvent plus être déconnectés des règles économiques traditionnelles. D'autre part, les entreprises se rendent compte que le monde est en train de changer. Et de ce fait, elles doivent adapter leur pratique, leur manière de réfléchir si elles souhaitent rester dans la course et ne pas perdre leurs clients.

Cette réflexion privée n'intervient pas uniquement dans une logique économique, mais aussi dans un souci de compréhension et d'intégration plus globale du numérique dans leur structure.

Dans la culture, les barrières entre disciplines s'abolissent. Peut-elle inspirer les entreprises, de plus en plus à la recherche d'agilité ?

Nous ne sommes pas le point central de leur réflexion, mais elles peuvent trouver un intérêt à se pencher sur nos pratiques et philosophies, et nos outils, qui n'ont pas de fins productivistes à la base, mais qui peuvent avoir des utilisations dans le privé. Les arts numériques peuvent aider à décloisonner les entreprises.

L'un de vos ateliers porte notamment sur l'entrepreneuriat culturel. L'image de l'artiste troubadour est-elle morte ? La jeune garde d'artistes est-elle davantage consciente de cet équilibre économique ?

C'est une évolution de la culture au sens large, davantage encore dans ce domaine-là. L'âge d'or des subventions publiques est mort. Il y a moins d'argent et davantage de projets.

Cette génération est plus flexible dans les formats capable de "monétiser" ses compétences techniques pour développer ses pratiques artistiques. Aujourd'hui, les statuts sont beaucoup plus disparates, entraînant une génération plus encline à réfléchir au développement économique de son projet.

L'intégration des entreprises, et de leur potentiel financier, est importante dans cette recherche de nouvel équilibre. Cependant, il ne faut pas tomber dans la commande d'entreprise, conservant ainsi une programmation artistique propre.

Dans la mentalité française, les entreprises ne sont pas encore habituées à cela. Quand on parle du financement privé des structures culturelles, c'est dans les deux sens qu'il y a des évolutions à entreprendre. Il faut trouver une coopération pertinente.

L'association lyonnaise Arty Farty est avec d'autres en France, à l'origine de l'émergence des modèles "d'entrepreneurs culturels". Cette structure est-elle une locomotive ou un "étouffeur" pour une jeune association comme la vôtre ?

Les deux. Nous travaillons en bonne intelligence avec eux depuis plusieurs années. Par exemple, pour cette quatrième édition, le Sucre nous accueille pour plusieurs événements.

Le Mirage Festival n'est pas dans une logique frontale comme d'autres acteurs culturels peuvent l'être. Ces derniers estimant qu'Arty Farty a "pris trop de place". Notre position est davantage équilibrée : il faut reconnaître que cette association a créé un appel d'air culturel fantastique pour et à travers la ville de Lyon. C'est une structure avec laquelle on collabore activement depuis de nombreuses années et qui contribue clairement à notre développement en nous associant régulièrement à ses projets sur Nuits Sonores comme sur l'European Lab.

Mais aujourd'hui, je serai plus critique sur leur positionnement en tant qu'acteur de développement de la scène locale. Arty Farty a désormais clairement un positionnement européen.

Au-delà de cette association, qui se développe selon sa propre feuille de route, je trouve davantage dommage, voire dangereux, que les institutions publiques ou entreprises privées analysent les pratiques émergentes qu'à travers cette structure phare. Il faut que les pouvoirs publics soient conscients de la multitude d'initiatives existantes sur le territoire.

Rappelons que, pour atteindre ce niveau, Arty Farty a été initialement soutenue par Gérard Collomb, et même si elle tend vers l'autofinancement, elle bénéficie toujours de facilités accordées par les autorités locales. Nous devons donc redoubler d'efforts pour expliquer notre différence auprès des décideurs afin de nous faire notre place.

Une partie de la culture, à la base "underground", dont la musique électronique, est désormais mainstream. Et est devenue un vrai business. Comment ne pas tomber dans une marchandisation excessive de cette culture émergeante ?

La techno est clairement devenue un business, avec des programmations à 40 euros la soirée, avec des consommations à huit ou dix euros. Pourquoi pas, si des organisateurs trouvent leur public. Mais nous ne sommes pas dans cette optique. Nous réfutons la course aux grands noms pour générer davantage de recettes.

On souhaite rester dans une forme d'équilibre et avec un vrai ADN. Notre prise de position est de dire que nous sommes sur des formats numériques, auxquels la musique électronique appartient, mais qui est une discipline parmi les autres.

Maxime Hanssen

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