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Stratégie - La Tribune AURAFormation - La Tribune AURA

La révolution des Moocs arrive en Rhône-Alpes

Maxime Hanssen

Publié le 13 juin 2014 à 13:49 - Mis à jour le 14 juin 2014 à 06:55

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Les Moocs, ces cours en ligne collaboratifs et ouverts à tous, s’invitent dans l’enseignement supérieur rhônalpin. Derrière la volonté de démocratiser le savoir, se cache une course au prestige entre les établissements. Cela pourrait bien changer le paradigme de l’enseignement français. Enquête, alors que se tient samedi le "MOOCamp day" à Lyon.

« J'écoute mal un sot qui veut que je le craigne, et je sais beaucoup mieux ce qu'un ami m'enseigne. » Voilà ce qu'écrivait Victor Hugo, en 1819, sous la Restauration, au moment du développement de l'école mutuelle. Deux siècles après, cette méthode active, participative, collaborative et pédagogique refait surface grâce à la révolution numérique. Les Moocs (Massive Open Online Courses), ces cours en ligne ouverts à tous, exploitant les ressources du web, où l'apprentissage se fait de pair-à-pair avec l'encadrement d'un référent, sont en pleine explosion. Et le secteur universitaire rhônalpin affiche un étonnant dynamisme, aux raisons et conséquences multiples.

Lyon 1 en pôle position

« Les Moocs ont envahit les discours de l'enseignement supérieur. Il y a une part de mimétisme. Les universités ne peuvent pas ne pas s'y mettre » analyse Philippe Durance, enseignant-chercheur au CNAM. De nombreux établissements d'enseignement supérieur de la Région ont ainsi décidé de prendre la vague initiée par les universités américaines, telles MIT ou Stanford. L'université Lyon 1 est active sur cette question. Après une phase de test positive via le projet Fovea qui proposait un Mooc sur l'Anatomie 3D, réunissant plus de 2 000 participants, l'établissement va lancer 5 nouveaux Moocs à la rentrée sur les 20 projets en cours.

EMLYON a été la première grande école de management à se lancer dans l'aventure du Mooc. Le premier volet, dédié à l'entrepreneuriat avait réunit 9 000 inscrits, dont 4 500 allant jusqu'au bout du cursus. Depuis le 26 mai, l'EM s'est associé à Centrale, dans le cadre du programme d'Alliance et Science, et ont lancé un Mooc intitulé « Devenir entrepreneur de l'innovation par le design thinking ». L'ENS Lyon a également dispensé son premier Mooc en septembre 2013. L'université Lyon 3, qui accueillera le MOOCamp Day le 14 juin prochain, est en pleine élaboration de projets.  « Nous sommes dans les starting-blocs. Sans être en avance, ni trop en retard par rapport aux autres » veut croire Yann Bergheaud, Directeur technique de Lyon 3. Les premiers Moocs devraient éclore début 2015.

Grenoble est également sur les rangs. Grenoble Ecole de Management a lancé depuis le 12 mai un cours participatif sur la géopolitique. L'INP Grenoble propose un « Mooc choral », « où plusieurs voix avec des points de vue différents contribuent pour aborder un sujet unique », développe Florence Michau, Directrice de PerForm. Ainsi cet établissement proposera à partir de fin 2014, un Mooc portant sur le réchauffement climatique et le rapport Nord/Sud, notamment en collaboration avec l'Université du Vietnam.

Prestige et diffusion massif de la connaissance

En complémentarité du mimétisme invoqué par Philippe Durance, la multiplication de ces cours innovants relève également de la concurrence entre les établissements. A terme, la réputation des universités ne se jouera plus seulement sur les critères classiques mais également sur « le webranking, c'est-à-dire basé sur les algorithmes, dont les Moocs sont l'un des générateurs» explique Christophe Batier, Directeur Technique du service Icap à l'Université Lyon I. « Les Moocs permettront de briser les classements des écoles de commerce […] Il y a donc une part de prestige dans la mise en place de cette méthode » confirme Philippe Silberzahn, enseignant du Mooc de l'EMLYON/Centrale. « C'est un vrai facteur d'attractivité, de communication et donc de rayonnement à l'international » renchérit Yann Bergheaud.

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EMLYON a été l'une des premières écoles à mettre en place un Mooc.

De la communication, mais pas que. Il y a un vrai enjeu pédagogique derrière cette (r)évolution « Moocnicienne ». Pour Lyon 3, il s'agit d'utiliser ce type d'enseignement pour créer des ponts entre l'université et le monde de l'entreprise privée, notamment en proposant des Moocs orientés sur la formation professionnelle. Mais aussi de limiter l'échec de la première année qui ampute les finances de l'établissement.

L'ambition est également de partager les connaissances au plus grand nombre : « En tant qu'enseignant, nous avons une mission de diffusion du savoir » détaille Philippe Silberzahn de l'EMLYON. « Notre but est d'ouvrir l'enseignement existant au plus grand nombre » défend quant à lui l'enseignant de Lyon I. Cependant, le Mooc de Grenoble INP, de part sa spécificité, s'adresse d'abord à un public bien précis : « la cible numéro une est les techniciens Nord/sud qui souhaitent consolider leurs compétences professionnelles et confronter leur pratique quotidienne avec les autres participants » expose Florence Michau.

Généralement, la participation totale à un Mooc permet au participant d'obtenir un certificat attestant son assiduité et sa réussite aux épreuves intermédiaires et finales. Lyon I veut aller encore plus loin en proposant des diplômes officiels, comme les Diplômes universitaires (DU), obtenus via les Moocs. Une pratique qui ne fait pas l'unanimité : « Quid du contrôle d'identité ? » s'interroge Yann Bergheaud, même si la certification authentifiée fait son chemin.

Quel modèle économique ?

Partager la connaissance à un prix. Le coût technique d'un Mooc oscille entre 10 000 et 50 000 euros, en fonction des contraintes techniques et pédagogiques. A l'université Lyon I, le Mooc test a coûté 10 000 euros. Une fourchette basse, car il reprenait le contenu pédagogique enseigné dans le cursus initial, où l'usage de la vidéo et du e-learning - essentiel aux Moocs - était déjà rentré dans les coutumes d'enseignement : « nous entremêlons nos techniques d'enseignements qui existent déjà avec la nouveauté du Mooc » explique le directeur technique de Lyon I.  A Lyon III, le prix d'un Mooc sera d'environ 50 000 euros, principalement financé sur les fonds propres de l'université.

Le ministère de l'Enseignement Supérieur a lancé la plateforme FUN dédiée aux Moocs

« Il faut se poser la question des amortissements des coûts » assure Yann Bergheaud. Pour cela, faire payer les certifications finales, entre 50 et 300 euros, est une piste de financement crédible. Lyon I envisage une « certification premium » qui permettrait à une trentaine de participants du Mooc d'obtenir un accompagnement plus poussé, basé sur la construction du projet personnel du membre, moyennant 1 500 euros. Une piste également étudiée par l'INP de Grenoble. « Nous sommes dans une phase d'expérimentation, à la recherche d'un modèle » résume Philippe Silberzahn de l'EMLYON.

L'Etat, via la plateforme FUN ouverte en janvier 2014, s'investit également dans le développement des Moocs au sein de l'enseignement supérieur. L'appel à projets « CréaMOOCs » a été lancé par la ministre Geneviève Fioraso le 12 mai. Trois millions d'euros seront dispensés pour aider les universités à développer cet outil.

Vers l'horizontalité de l'éducation

« C'est une véritable expérience à vivre. J'ai de la satisfaction, car je partage mon savoir tout en apprenant également des participants » s'enthousiasme Philippe Silberzahn. Les Moocs initient une modification du partage des savoirs. Le professeur descend de l'estrade et s'installe au cœur de la salle numérique. Chacun devient acteur du processus de formation.

L'interaction, le partage de pairs à pairs via les outils internet (vidéos, forums, applications…) est la clef de ce mode d'enseignement. « La communauté construit le Mooc par son implication, par ses questions pertinente. Mixer étudiants et personnes extérieures est un vrai plus, ça apporte beaucoup à la communauté » constate Christophe Batier. « Les discussions entre les différents participants sont vraiment les moments forts du Mooc » assure Samia Khalfaoui, étudiante en Génie-Civil à Lille, qui a participé au premier Mooc de l'EMLYON sur l'entrepreneuriat. Avant d'ajouter : « la notation par les paires est un exercice surprenant au début, mais ça permet une réelle remise en cause et développe l'esprit critique.»

Remise en cause pédagogique et sociétale

« Les Moocs vont remettre fondamentalement en cause la pédagogie de l'enseignement. C'est une refonte de la manière d'enseigner, aussi bien sur le fond que sur la forme » prévoit Philippe Durance, chercheur du Cnam, auteur de "Les Moocs entre réalités et mythes." Cependant, cette logique « ne remplacera pas l'enseignement classique » assure Philippe Silberzahn. Un diagnostic qui n'est pas partagé par la jeune étudiante lilloise : « Dans le Supérieur, ça pourrait remplacer les cours. 1H30 de Mooc est plus dynamique que 2H d'amphi, et surtout, plus flexible.»

Outre un changement de paradigme dans l'enseignement, cette métamorphose traduit un état d'esprit sociétal : « La répartition des rôles entre sachant et non-sachant est remise en cause. Le rôle des experts est critiqué. C'est révélateur d'un souhait de répartition et de partage différent du savoir dans la société » analyse Philippe Durance. 

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Dans son livre « L'école mutuelle : une pédagogie trop efficace ? », la sociologue Anne Querrien avance les deux raisons de la faillite de cette pédagogie au XIX siècle : l'élève apprenait en 3 ans le curriculum prévu pour 6 et il n'apprenait pas le respect du savoir, dans une société préférant le savoir structurant à celui critique et créatif. Et si la résurgence version 2.0 de cet enseignement était l'une des clefs à la profonde crise qui traverse l'école française, brisant le formatage en masse, libérant l'autonomie des élèves, et faire que l'instruction réponde aux besoins du monde actuel et de celui de demain ?

Maxime Hanssen

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