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Stratégie - La Tribune AURAFormation - La Tribune AURA

Lycée Marcel Sembat, mention très bien

Romain Charbonnier

Publié le 03 juillet 2014 à 10:21 - Mis à jour le 03 juillet 2014 à 10:43

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18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Il aura fallu une dizaine d'années pour que le lycée Marcel-Sembat de Vénissieux devienne un établissement familial. Aujourd'hui, les élèves affichent fièrement leur sentiment d'appartenance à ce lycée longtemps stigmatisé pour son emplacement dans une banlieue difficile, et désormais devenu l'un des meilleurs du Rhône.

A l'approche du week-end, dans l'après-midi du vendredi 23 mai, une poignée d'élèves de la cité scolaire Sembat-Seguin (lycée général et technique pour le premier, professionnel pour le second) mettent la touche finale aux derniers préparatifs de la fête du lycée, leur soirée annuelle organisée par et pour eux à la salle Irène Joliot-Curie, à deux pas. Dans quelques heures, tout doit être prêt pour accueillir leurs camarades, les professeurs, le personnel et le chef de l'établissement. Une soirée rythmée par des spectacles, des surprises et de la musique de leur âge préparée de long mois à l'avance par le Conseil de la vie lycéenne (CVL).

Un lycée qui grimpe au classement

Cette fin du mois de mai ensoleillée est donc placée sous le signe de la fête. L'ambiance ressemble à s'y méprendre à une veille de vacances d'été. Pourtant dès le lendemain, la centaine de lycéens en classe de terminale générale et technique de Sembat devra à nouveau plancher sur les manuels scolaires en vue de préparer l'édition 2014 du baccalauréat. L'enjeu est double. Pour eux, il est synonyme de poursuite d'études dans le supérieur. Pour le proviseur Antoine Castano, c'est le moment de confirmer la dynamique de l'établissement, qui, depuis 4 ans, grimpe dans le palmarès des lycées publics du Rhône. « Nous sommes passés d'un taux de réussite, toutes séries confondues, de 69 % à 92 % », souligne-t-il, un brin satisfait. L'établissement de Vénissieux se retrouve à la 14e place, très loin devant le lycée Jacques Brel (68 %), son éternel « concurrent » dans le périmètre de la carte scolaire, et à seulement 8 petits points du lycée du Parc, premier du classement.

Un « très bon » résultat pour cet établissement de la banlieue lyonnaise dont la (mauvaise) réputation de lycée lui restera collée des décennies durant. Ces 5 dernières années, l'image de Sembat s'est considérablement transformée et améliorée. Désormais, on parle de « lycée familial » ou les « jeunes vénissians savent dire bonjour, merci et au revoir », se réjouit Pascal Di Fabio, professeur d'éducation physique et sportive depuis 10 ans au lycée. Un changement profond résultat d'un projet pédagogique nouveau, mis en place par le proviseur et mené collectivement par les professeurs et le personnel mais aussi avec l'engagement des élèves.

Un projet commun

Antoine Castano a dû convaincre, et parfois âprement, sur les bienfaits de sa méthode collective axée sur le travail personnel et l'accompagnement renforcé des élèves. D'ailleurs, pour éviter toute confusion, il précise, pudiquement, qu'il ne s'agit pas de la « méthode Castano » mais d'un projet commun. « La réussite ne peut être entièrement le fait du hasard. Il faut donc bien que le projet collectif soit le fruit de l'adhésion individuelle d'un groupe significatif de professeurs à un projet proposé ou défini en commun. » Une manière de répondre aux critiques d'une partie du corps professoral, sans doute un peu trop obscurantiste aux innovations pédagogiques. Pourtant aujourd'hui, les résultats sont là. La moitié des 60 enseignants l'a adoptée et s'investit au quotidien pour l'appliquer. « Quelle que soit la manière d'enseigner, le projet est compatible », est convaincue Agathe Richard, professeur de langue, passée par un lycée classé en Zone éducative prioritaire (Zep) de la Seine-Saint-Denis.

Mais son application n'est que récente et n'est pas gagnée pour autant. Le chemin est long et sinueux malgré les signaux positifs renvoyés. Entre emballement pour certains, inquiétudes et interrogations pour d'autres, le projet du lycée Marcel-Sembat - terrain expérimental pour l'Education Nationale - doit encore se confirmer dans la durée.

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Une approche pédagogique nouvelle


Pas de nom stratégique. Pas de chichi à l'image de son proviseur. Ici, on parle sobrement du « projet pédagogique ». A son arrivée en 2009, Antoine Castano agit mais surtout observe. Une année de transition avant d'entamer des changements, « ses » changements et ainsi apporter sa touche personnelle - temps d'adaptation propre à l'arrivée de tout nouveau chef d'établissement. Il démarre les discussions avec les équipes de Seguin et de Sembat. Le caractère d'urgence était manifeste au lycée professionnel. Mais à la fin de sa première année d'exercice, la sentence tombe : les résultats du baccalauréat sont catastrophiques et s'affichent en-dessous du seuil des 70 %.

Conséquences : « L'ambiance était morose à tous les niveaux », se souvient le proviseur, passé auparavant par le collège des Iris de Villeurbanne. Pire, Marcel-Sembat est relégué très loin dans le classement annuel des lycées du département. L'établissement est souffrant. La situation est grave mais pas désespérée. La volonté d'inverser la tendance est si forte qu'Antoine Castano cherche à faire adopter rapidement son projet pour le lycée mais « le débat a été plus long », souligne-t-il.

Il commence donc par Marc Seguin. Lycée professionnel de 250 élèves formés aux métiers de l'électronique, de l'électrotechnique et de la maintenance, Marc Seguin s'inscrit dans le programme Eclair (Ecoles, collèges et lycées pour l'ambition, l'innovation et la réussite). Sur la base d'études menées par le ministère de l'Education nationale dans le cadre de la réforme des lycées de 2010, Antoine Castano, accompagné des enseignants motivés et aidé par des psychopédagogues de la Chambre régionale de l'économie sociale et solidaire de Rhône-Alpes, établit un projet à partir de 5 axes identifiés comme étant ceux influant le plus sur la réussite des élèves : l'apprentissage des fondamentaux, le climat scolaire, le projet de l'élève, l'évaluation et le pilotage. Mais les conclusions du diagnostic réalisé au départ sont sans équivoque : elles révèlent un manque crucial d'autonomie morale et intellectuelle des élèves.

10 ans de travail

La tâche s'annonce ardue et difficile à conduire malgré l'adhésion de la trentaine d'enseignants du lycée professionnel. « 10 ans de travail nous attendent pour faire évoluer le lycée, annonce Antoine Castano. Car ces élèves, pour la plupart issus d'un milieu défavorisé, sont toujours dans le rapport de force et refusent la règle. C'est à la famille d'apporter cette règle. Ce n'est pas le rôle de l'école. » Le projet devrait se poursuivre l'année prochaine - du moins espère-t-on au lycée -, après le départ à la retraite du proviseur, prévue à fin du mois de juin.

« Si les choses ont été plus longues à démarrer à Sembat, elles ont ensuite avancé plus vite qu'à Seguin. » Au lycée général, le projet pédagogique commence tout juste à se mettre un an après son vote en conseil d'administration, mais 3 années auront été nécessaires pour le faire partager et faire adhérer la moitié des professeurs. « Nous ne prétendons pas détenir une vérité absolue, prévient Cécile Dumas, professeur principal depuis 2002. Face à nos élèves, nous sommes seuls, nous devons donc essayer de convaincre que nos pratiques sont les meilleures. » Cette jeune enseignante de SVT pilote le projet du lycée depuis le départ et fait partie de la poignée d'enseignants qui diffusent le message auprès de leurs collègues.

« Déterminer les raisons de la réussite d'un lycée est complexe, d'autant plus que si la ligne hiérarchique de notre organisation, très bureaucratique, est claire du ministre jusqu'au chef d'établissement, elle devient très floue du chef d'établissement à l'enseignant.Elle se trouve donc en grande difficulté pour réussir à faire appliquer ses décisions lorsque ces dernières nécessitent l'investissement individuel des enseignants ou à faire partager l'idée d'un projet commun », justifie Antoine Castano. Proviseur « Don Quichotte » comme il se définit lui-même puisqu'il est allé « seul » chercher 20 000 euros auprès de la Fondation de France, dans le but de financer le projet (pour Sembat et Seguin), en particulier les études psychopédagogiques du CRESS.

Innovation contestée...

Cette innovation pédagogique se résume en plusieurs actions concrètes et quotidiennes. Aide aux devoirs dispensée par des étudiants d'EMLYON, travail en groupes dans des cours dédoublés, lycée ouvert pendant les vacances afin de perfectionner une matière font partie de l'apprentissage des fondamentaux. La fête du lycée, les cours d'éducation de morale ou encore l'association humanitaire Canhumanitaire produisent le climat « serein » du lycée. Quant à l'accompagnement personnalisé vers l'orientation, il s'inscrit dans le cadre du projet personnel de l'élève.

Pour chaque action, un professeur volontaire est référant. Les autres suivent les directives. Avec plus ou moins de volonté. « Il est toujours difficile de demander à un collègue de changer sa manière d'enseigner », reconnait Agathe Richard. Professeur d'anglais à Vénissieux depuis 2 ans seulement, cette jeune femme pleine d'énergie, enseigne la langue de Shakespeare en suivant les nouvelles méthodes. « Les élèves ont un cours de 45 minutes tous les jours. Ce qui leur permet d'être exposés quotidiennement à la langue, et de nous voir tout le temps, donc d'être mieux accompagnés dans leur pratique. »

...mais remarquée


Mais ces innovations ne font pas l'unanimité. D'aucuns préféraient une méthode plus classique, reprochant au proviseur une « politique à double tranchant axée principalement sur un rythme de travail intense pour les élèves en difficultés, délaissant alors les autres, les meilleurs », tempère Serge Peyronnel, représentant syndical du SNES. Vingt ans de maison, il fait partie des plus anciens professeurs de l'établissement qu'à sa manière il a vu évoluer :

« A mon arrivée, Sembat comptait 150 professeurs et 800 élèves. Depuis qu'on a perdu la section littéraire au profit du lycée Jacques Brel, les effectifs ne cessent de décliner pour atteindre 500 élèves. Nous sommes devenus un petit lycée et le dynamisme s'en ressent. Certes, auparavant, c'était plus difficile, mais entre professeurs, il existait une solidarité que l'on ne retrouve plus. Avec le projet pédagogique, on nous demande d'être davantage éducateur qu'enseignant. Du coup, on se retrouve avec beaucoup de jeunes dynamiques mais qui n'ont pas la pratique, la connaissance du terrain. »

Un discours assez critique mais quelque peu nuancé puisque Serge Peyronnel reconnaît la dynamique instaurée par l'actuel proviseur.

Un patron salué


Nombreux le pensent et regrettent son départ à la fin du mois, remplacé par une nouvelle directrice, aujourd'hui en poste à Givors. « Le seul problème avec lui [Antoine Castano], c'est qu'il part à la retraite », souligne Walter Hapiak, professeur d'histoire-géographie depuis 5 ans. Leur crainte ? Que le projet pédagogique s'arrête en cours de route. « Mon successeur m'a confirmé qu'elle souhaitait continuer le chantier », rassure le proviseur. La stabilité du lycée est en partie de son fait. Le moindre bouleversement pourrait en effet rompre avec l'actuelle énergie.

Alain Castano, proviseur du lycée marcel Sembat depuis 2009.

Chez les élèves aussi on le regrette déjà mais on se dit attentif à l'après Castano. « C'est un homme qui aime ses élèves et a du respect pour nous. Il est donc difficile de lui faire des reproches », avoue Merveille, 19 ans, qui prépare le baccalauréat et fait office de porte-parole des lycéens. Ancienne vice-présidente du Conseil de la vie lycéenne, elle n'a pas « la langue dans sa poche », et se dit « fière » de ce qu'est devenu son lycée et satisfaite des dispositifs mis en place pour promouvoir leur réussite. « Lorsque l'on participe à l'école ouverte, on ne vient pas pour s'amuser, reconnaît-elle. Mais l'ambiance est plus détendue, certains professeurs nous apportent même croissants et jus d'orange. » Comme elle, William Bamba, 17 ans, élu vice-président du CVL pour 2 ans, est heureux de voir les « préjugés du lycée tomber. Le travail est intense mais grâce à cela, nous sommes fiers d'être dans le classement des meilleurs établissements du Rhône ».

Tenir un tel discours relève de l'exception. Il est en effet rare d'observer ce sentiment d'appartenance quasi unanime autour d'un lycée pourtant jugé il y a encore quelques années « difficile », « de garçons » et « de banlieue ». De les voir parler avec satisfaction du projet éducatif mis en place dans leur intérêt, porté par des enseignants (pas tous) engagés qui savent « les prendre comme ils sont », indique Agathe Richard, tout en restant « calibré, ferme et bienveillant à la fois », ajoute Pascal Di Fabio, professeur d'EPS. Et d'avoir des propos dithyrambiques lorsqu'il s'agit d'évoquer leur proviseur « toujours attentif à notre épanouissement et à notre réussite quotidienne et future ».

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Romain Charbonnier

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