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Sport universitaire : les grandes écoles dans les starting-blocks

Laurence Jaillard

Publié le 15 mai 2015 à 12:34 - Mis à jour le 01 juin 2015 à 07:46

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Une pratique sportive engagée, voire de compétition, se diffuse largement chez les étudiants des grandes écoles françaises. Esprit d'équipe, fair-play, persévérance, compétitivité... avec son cortège de valeurs, une telle pratique dope un cursus et un CV. Mais de là à frôler le modèle des « students athletes » américains, il reste quelques haies à franchir.

Les 21 et 22 mars, le campus de l'École Centrale de Lyon avait des allures de terrain olympique. Partout, sur les pelouses et dans les salles de sport, se déroulaient des matchs de football, de rugby, de handball, de tennis, d'escrime, etc. Quelque 2 600 étudiants, issus de 34 grandes écoles d'ingénieurs ou de commerce, venus de toute la France, plus une pincée d'internationaux, se sont affrontés dans 18 disciplines sportives. Ambiance bon enfant, fanfares, supporters déchaînés, pom-pom girls : sur un vaste parking, on pouvait voir les 500 tentes dressées pour accueillir tout ce petit monde. Le Challenge de Centrale Lyon, dont c'était la 33e édition, apparaît bien comme le plus important événement sportif du circuit des grandes écoles, au même niveau que la célèbre course-croisière de l'Edhec.

Sport obligatoire

« Le sport fait partie intégrante de notre programme de formation initiale, au même titre que les autres disciplines scientifiques et les enseignements en sciences humaines », justifie Frank Debouck, directeur de Centrale Lyon. De fait, une pratique sportive est obligatoire pour tout étudiant de l'école, un choix finalement assez rare dans l'enseignement supérieur.

Ainsi Charlotte, 21 ans, étudiante en deuxième année, une des 15 personnes qui portent l'organisation du challenge (avec 250 étudiants bénévoles), a décidé cette année de se lancer dans le rugby. Cela signifie, pour son équipe de dix filles, plusieurs heures d'entraînement par semaine et des compétitions régulières.

« Cette pratique complète ma formation académique. Elle apporte beaucoup d'équilibre dans une semaine de travail et permet de développer des qualités importantes : savoir motiver une équipe, s'adapter à des personnalités différentes, tirer le meilleur de soi, par exemple. »

On connaît les précieuses valeurs du sport, certes passablement dévoyées dans la sphère professionnelle, mais encore cultivées par le monde étudiant : fair-play, persévérance, esprit d'équipe, respect des adversaires, compétitivité. De telles qualités ne peuvent qu'être profitables à une carrière professionnelle.

« Par leur pratique, les sportifs mettent en œuvre des talents que nous apprenons de manière tout à fait théorique à nos étudiants : gérer le stress, manager une équipe, etc. Par ailleurs, les savoir-faire acquis par un engagement sportif permettent de se différencier, parmi ces profils tous identiques de diplômés de grandes écoles. »

François Leccia, qui dirige, au sein de Grenoble École de Management (GEM), l'Institut sport et management - depuis 2007, il forme des sportifs de haut niveau soucieux de leur future reconversion - le constate : « Pour des employeurs, ce bas du curriculum vitae apparaît souvent comme un facteur différenciant et positif. Comme tout engagement dans un milieu associatif d'ailleurs ».

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En quête de compétition

Les étudiants ne rechignent pas devant cette tendance. Ainsi, pour 2 000 étudiants, le bureau des sports de GEM totalise 500 cotisants, engagés dans 30 sports. Les équipes de sports collectifs sont très présentes dans la Coupe de France des Écoles supérieures de commerce. « Là, il y a une vraie dynamique, des sponsors, de la compétition, une chaude ambiance, on se fait plaisir », décrit Antoine Grenié, à la tête de ce bureau. Au-delà d'une pratique sportive régulière, le niveau « compétition » apparaît plus désirable, car il pousse au dépassement de soi et booste ces valeurs sportives si recherchées.

Dans cette perspective et depuis deux ans est apparu dans le calendrier le Derby Rhône-Alpes, mettant en lice les équipes de GEM et d'EMLYON dans six sports, essentiellement collectifs, pendant toute une journée. En parallèle, depuis 2011, le GEM Altigliss Challenge se veut plus exigeant en termes de compétition. Porté depuis 16 ans par des étudiants de l'école grenobloise, il a pris de belles couleurs compétitives, grâce à l'implication de la championne de ski alpin (slalom géant) Audrey Peltier, par ailleurs étudiante dans l'établissement. Ancré à Val d'Isère et sérieusement relayé par le club des sports de la station, Altigliss se positionne comme la Coupe du monde étudiante de ski et de snowboard et a réuni 1 000 étudiants à Val d'Isère, du 21 au 28 mars.

Le sport universitaire US, une religion

Bien sûr, avec les students athletes américains, on découvre une autre dimension. Le sport universitaire est une quasi religion aux États-Unis. Les équipes de football américain jouent, par exemple, chaque semaine devant des dizaines de milliers de spectateurs trépignants. Les grands médias retransmettent le sport universitaire dans sa totalité. Les universités savent bien que pour faire reluire leur image et leur attractivité, elles doivent aligner des équipes sportives au top. Ou mieux encore, faire éclore en leur sein un big champion, tels le golfeur Tiger Woods et le basketteur Michael Jordan.

Aussi des entraîneurs recherchent-ils les talents sportifs dans le monde entier pour les diriger vers les universités, qui n'hésitent pas à dérouler le tapis rouge pour les retenir : différentes sortes de bourses leur sont proposées, le graal étant la « full ride », qui couvre les frais de scolarité, les taxes, le logement, la nourriture, les livres, etc. « Les résultats sportifs de chaque grande école et université sont très importants pour leurs étudiants. Les Américains se sentent profondément concernés et le fait de devenir les meilleurs est très prestigieux », décrit un bon connaisseur de ces terrains.

« Nous sommes bien loin de ce modèle, la place du sport dépend beaucoup de la culture d'un pays. En France, nous sommes beaucoup dans l'approche du « sport pour tous », avec un certain rejet de la compétition, décode François Leccia. Le sport n'est clairement pas un champ sérieux de la formation supérieure, comme le sont l'entrepreneuriat ou l'innovation, par exemple. Le modèle américain demeure unique et je ne suis pas sûr qu'il faille le reproduire. Qu'une université intègre un sportif de haut niveau pour se faire briller me semble une dérive du système. »

Vive le réseau

Fabien, 21 ans et en deuxième année à Centrale Lyon, fait partie de l'équipe première de handball, dont il est également le coach. Il participe à quatre heures d'entraînement par semaine, à des compétitions chaque jeudi et l'équipe première s'aligne pour les grands rendez-vous du circuit étudiant. Match mémorable, par exemple, dans le cadre du Championnat de France des écoles, contre l'Insa Lyon, tenant du titre. « On a mis le feu au gymnase, on a gagné. Quand on vit de tels matchs, ça soude l'équipe », affirme-t-il les yeux encore brillants.

Tel est le bénéfice précieux de cet engagement sportif, qui exige participation intense et haut niveau : les étudiants tissent des liens puissants. « On a tous entre 18 et 24 ans. En dehors du handball, on se retrouve pour les cours bien sûr, mais aussi les soirées, les fêtes. De tels liens ne se perdent pas », considère Fabien. Émergent ainsi une solidarité, des réseaux, dont les racines plongent dans le gazon des terrains, le revêtement des gymnases, des moments inoubliables. « Il existe le grand réseau des Anciens de Centrale, qui fonctionne bien pour l'aspect professionnel. Avec le sport, conclut Charlotte, on construit des réseaux certes plus restreints mais plus solides.

Le sport, vecteur de recrutement

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Depuis 2009, le Challenge du monde des grandes écoles et des universités mixe clairement le sport avec l'emploi. Pendant toute une journée, il propose aux étudiants et jeunes diplômés des épreuves sportives - d'athlétisme, plus un tournoi de football - et un Forum pour l'emploi. Le 6 juin, au stade Charléty, à Paris, sont attendus des milliers d'étudiants (ils étaient 6 000 en 2014) et des entreprises, Décathlon, Generali, Disneyland Paris, Nestlé, EDF, etc., en quête de nouvelles recrues. Cette participation leur permet d'afficher un attachement aux valeurs du sport, l'audace, l'engagement, la confiance, le sens de l'équipe. Résolument attractif.

Laurence Jaillard

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