Le pain noir des céréaliers

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Par Pierre-Angel Gay, directeur adjoint de la rédaction de La Tribune.

Personne ne songe à nier la crise que traverse le monde agricole. Elle est profonde. Brutale, même. Mais, pour être plein d'humour, le slogan "fauchés comme les blés", imprimé sur les tee-shirts des céréaliers qui battaient le pavé parisien mardi, ne prêtait pas à rire. Mais plutôt à s'indigner. Ces producteurs de grandes cultures (blé, orge, maïs ou colza...), aux tracteurs trop rutilants pour que l'on épouse leur détresse, se montraient oublieux et peu solidaires.

Oublieux des chiffres, d'abord. La dégringolade de leurs ressources fait suite à une envolée exceptionnelle. En deux ans, le revenu des céréaliers a bien chuté de plus de la moitié, mais il avait... doublé en 2007, quand le déséquilibre de l'offre et de la demande se conjuguait à la faiblesse des stocks. Et si les prix des céréales sont aujourd'hui inférieurs à ce qu'ils ont été sur longue période, les revenus de leurs cultivateurs demeurent supérieurs à ceux des autres agriculteurs, éleveurs et maraîchers en particulier.

Et c'est là que les céréaliers se montrent peu solidaires. Début 2009, Michel Barnier, ministre de l'Agriculture, a réduit les aides européennes dont ils bénéficiaient au profit d'agriculteurs encore moins bien lotis. Le 6 avril, encore, le chef de l'Etat a refusé de revenir sur ce rééquilibrage, que certains continuent à réclamer. La crise, en effet, ne touche pas une profession, mais toute l'agriculture. Et personne ne peut dire que le gouvernement n'en a pas pris la dimension. Il a adopté des mesures d'urgence (1,8 milliard d'euros d'aides de trésorerie) et décrété la "pause environnementale" que les syndicats agricoles lui réclamaient. Il a lancé une réforme de fond avec le projet de loi de modernisation de l'agriculture.

Un texte qui doit permettre au monde paysan de se préparer à la refonte, en 2013, de la politique européenne. L'objectif est clair : élaborer une nouvelle régulation des marchés agricoles pour lutter contre la trop grande volatilité des cours. Y arriver ne pourra être que long.

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Commentaires
a écrit le 29/04/2010 à 14:41 :
Je ne comprends rien au fait que les habitants de France : 1)paient des impots dont une part est reversée (pas aux payeurs) sous forme d'aides, 2) Achètent de plus en plus cher les produits issus des bénéficiares de ces aides. 3)(certaines catégories) ne peuvent pas vivre de leur travail, d'où les aides qui sont distribuées. Je voudrais bien qu'on m'explique où va la différence entre le prix payé aux producteurs ... qui baisse et le prix payé par le consommateur.. qui augmente. Une bonne partie des intermédaires vient parasiter le marché, ils profitent indirectement des aides, directement de la revente et qui c'est qui paye ? le consommateur et deux fois: Impots + marchandise. La JUNGLE n'est pas prête à être nettoyée des parasites.

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