La dégradation des Etats-Unis sonne le déclassement des pays industrialisés

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L'abaissement de la note de solvabilité des Etats-Unis augure de la fin d'un modèle de croissance fondé sur l'endettement.

La dégradation, pour la première fois, de la note de la dette américaine par l'agence Standard & Poor's, de AAA à AA + avec une perspective négative, a provoqué un véritable séisme politique à travers la planète. La décision de l'agence n'est pourtant pas en soi une réelle surprise : depuis avril dernier, elle ne cesse de mettre en garde les Etats-Unis sur leur déficit fiscal abyssal, leur dette colossale et leur incapacité à présenter un scénario crédible de réduction de dette.

Le piètre compromis sur le rehaussement du plafond de la dette, arraché au Congrès de haute lutte partisane où les voix les plus extrêmes se sont fait entendre, ne pouvait donc que déboucher sur une réaction négative de S&P. Car malgré "l'erreur" de l'agence, le compte n'y est pas : l'accord place les États-Unis sur une trajectoire de réduction des déficits de 2.100 milliards de dollars en dix ans au lieu des 4.000 milliards jugés, a minima, nécessaires pour commencer à inverser la tendance.

De fait, le plus surprenant n'est pas tant la décision elle-même que les arguments avancés par S&P pour justifier l'abaissement de note. Certes, l'agence juge le programme voté au Congrès "insuffisant" pour stabiliser la dette à moyen terme. Mais le commentaire détaillé est sans précédent. Il pointe, en effet, "le fossé entre les partis politiques" ou le manque de "prévisibilité" des décisions politiques, comme des facteurs d'aggravation du risque de défaut.

Ce sont bien les risques politiques - et non financiers ou économiques - qui sont ainsi mis en avant. Contrairement à la notation des entreprises, les notes de la dette souveraine ont toujours été fondées pour partie sur une évaluation du risque politique. Mais, jamais jusqu'ici, ce dernier n'a été aussi prépondérant. C'est une première qui ne manquera de susciter des controverses et les politiques soulignent déjà ce point pour décrédibiliser l'opinion de S&P.

Car au-delà des conséquences financières de l'initiative de S&P - qui restent à court terme à mesurer - c'est bien le signal politique donné qui effraie tant les gouvernements occidentaux. Malgré leurs incantations, voire leurs menaces contre les agences de notation ou les traders, jamais les Etats n'auront été aussi dépendants des marchés financiers. Ils réalisent soudainement que les marchés financiers ne sont pas un puits sans fond dans lequel ils pouvaient sans limite financer leurs déficits. Un jour, il faut bien payer la facture.

L'Europe est bien évidemment en première ligne. La dégradation de la note américaine intervient au pire moment pour elle (même si une dégradation intervient toujours au pire moment) alors que les européens se débattent depuis plus d'un an pour organiser un sauvetage crédible des pays de l'Union européenne en difficulté. Comme les Etats-Unis, l'Europe devra payer le prix de sa division.

Les marchés ne s'y trompent d'ailleurs pas en réclamant, lors de la première émission du Fonds européen de stabilité financière (FESF), pourtant notée AAA, une rémunération de 50 points de base supérieure à celle d'une obligation allemande de même maturité. C'est le prix de la fragilité européenne et un sujet d'inquiétude pour ceux qui estiment que la sortie de crise doit passer par la création d'euro-obligations. La situation ne cesse de se dégrader depuis le début de l'année (Grèce, Portugal, Irlande et désormais Italie et Espagne) et les agences de notation s'alarment de la situation des banques européennes, françaises et italiennes en particulier. Le sanctuaire européen des AAA est clairement menacé.

 Le message politique de S&P est double. A court et moyen terme, il contraint les Etats à faire des choix politiques forts. Le transfert massif de la dette privée vers la dette publique, opéré ces dernières années, n'est donc plus possible. Il faudra donc augmenter massivement les impôts et/ou tailler tout aussi massivement dans les dépenses. Ce sera un point de crispation politique lors des prochaines échéances électorales dans les pays industrialisés. Et c'est justement que ce redoute l'agence S&P. L'émergence d'une certaine radicalité dans le discours politique ne sera pas de nature à rassurer les marchés financiers à moyen et long terme.

L'autre signal est tout aussi préoccupant pour les pays industrialisés. La dégradation de la note des Etats-Unis sonne en effet la fin d'un modèle de croissance, fondé sur l'endettement, dont les fondations avaient déjà été largement érodées lors de la crise de 2007/2008. Le constat est sans appel : l'Occident est endetté et il se montre incapable de générer une croissance suffisante pour stabiliser cet endettement. Cette dégradation est le signe d'un "déclassement" inexorable des pays industrialisés dans l'ordre économique mondial. A ce jour, 18 pays peuvent se prévaloir d'une note AAA (contre seulement 4 entreprises), dont dix pays européens, quatre paradis fiscaux (européens) et seulement deux pays asiatiques (Hong Kong et Singapour).  Les "AAA" de demain seront sans nul doute beaucoup moins occidentalisés !

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a écrit le 09/08/2011 à 8:57 :
Tout a fait j aime beaucoup de passage: "Le transfert massif de la dette privée vers la dette publique, opéré ces dernières années, n'est donc plus possible"

Donc Pour la France fiscalite a revoir a tous les Etages, car subventionner l immobilier de la construction à la location, des industries moribondes au détriment des celles innovantes qui creeront les emplois de demains, PAC qui coute plus cher qu elle en rapporte, Fisclaité des Grand groupe du CAC, fiscalite du patrimoine, de l immobilier.....Eh bien d autre tous cela concours a transfere des dettes a l Etat d une part et accroit les inegalités......

Il est grand temps de revenir egalement à l economie reelle, la bourse et les agences de notations ne font qu attiser un feu qu ils ont eux meme allume...

Retour a l etalon OR pour eviter la volatilité trop grande de certaine monnaie (Yuan et Dollars en Tete)
a écrit le 08/08/2011 à 8:46 :
Arrétez l'hypocrisie !Faites donc un tour sur la cote française en juillet aout pour voir qu'il y a encore des gens qui vivent très bien !L'argent est là,le savoir faire aussi.Il suffit de vraiment vouloir tailler dans les dépenses superflues et de repérer QUI ne joue pas le jeu (trafics,arnaques aux prestations,délinquence en col blanc,etc) si tant est qu'on le veuille en haut lieu ce qui ne me semble pas si évident en fait.
Réponse de le 08/08/2011 à 10:28 :
Tout à fait d'accord... Nous avons les outils de notre croissance, faudrait juste que les dirigeants dirigent, au lieu de se glorifier de leur absence d'imagination et de leur aveuglement... Mais leur situation personnelle est bien trop confortable, à nous avoir pris pour des imbéciles toutes ces années... Une bonne grève de l'impôt pour faire chuter notre gouvernement et revenir à des pratiques de gestion de " bon père de famille"?
a écrit le 08/08/2011 à 6:54 :
Je ne suis pas économiste, mais le simple bon sens permet d?affirmer que l?actuelle fuite en avant des pays riches dans le domaine de la dette ne pourra pas continuer longtemps : on n?a jamais réglé un problème d?endettement en fabriquant davantage de dette, mais en taillant dans les dépenses à défaut de pouvoir augmenter significativement les revenus (la croissance pour un Etat).Qu?est-ce qui attend à plus ou moins court ou moyen terme tous ces Etats riches surendettés ? Soit, une restructuration massive de leurs dettes, soit des baisses drastiques de prestations sociales et de niveau de vie, soit même les deux ! A l?échelle mondiale, le pouvoir économique est en train de basculer vers l?est. L?ouest n?est plus le maître du jeu. Il a mangé son pain blanc, la roue de fortune tourne et c?est bien normal.
a écrit le 07/08/2011 à 17:39 :
Quels sont les pays industrialisés qui permettent à leurs ressortissants de travailler et vivre correctement ? Faites en donc la liste car avec tous les chomeurs tant en Europe qu'aux USA , la liste sera aisée à établire ...
Réponse de le 07/08/2011 à 19:57 :
Ca sera toujours mieux que Cuba, la Corée du Nord, l'Afrique ou la plupart des pays arabes. Comme quoi tout est relatif.
Réponse de le 08/08/2011 à 0:59 :
les arabes du golf ,tu ne vivras jamais comme eux leur pib est tres elevé .
Réponse de le 08/08/2011 à 5:38 :
@ Libre: je suppose que tu as vécu dans ces pays pour en parler si savamment :-)
Réponse de le 09/08/2011 à 8:49 :
Le probleme des pays que vous citez, pour l asie et les pays du golfe, c'est qu une faible partie de la population profite de ces taux de croissance eleve, a terme cela ne pourra pas durer non plus, meme si ca et la comme en Chine on voit l emergence d une classe moyenne.
a écrit le 07/08/2011 à 16:49 :
Les USA sont-ils un pays industrialisé?
Les Chines sont-elles des pays émergents?
Réponse de le 07/08/2011 à 19:58 :
Les Chines ? Il y en a combien exactement ?
Réponse de le 08/08/2011 à 11:18 :
Taïwan, Singapour, la Chine communiste, Hong Kong, une bonne part de la Malaisie. Et la riche communauté chinoise d'Indonésie.
a écrit le 07/08/2011 à 16:27 :
Emprunter pour investir ne doit pas être remis en cause, pour autant que ces investissements soient rentables (sur une vingtaine d'années, générer plus ou moins 3 fois le capital emprunté). Ce qui ne va pas, c'est financer le déficit d'exploitation (dépenses courantes - recettes courantes), un travers du secteur public, le secteur privé et les ménages ne le faisant quasiment pas, par de la dette revolving. Ce modèle de croissance là (et pour autant qu'il s'agisse d'un modèle) est effectivement mort après qu'il n'ait jamais du naître!

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