"Les offres sur Internet ne rapportent rien aux artistes interprètes"

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Copyright Spedidam
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Le président de la société qui gère les droits des musiciens, des danseurs, etc..., livre sa vision du marché.

Crée en 1959, la Spedidam représente 74.000 artistes interprètes chanteurs, musiciens danseurs dont 32.000 sont ses membres adhérents... En pratique, elle collecte et redistribue leurs droits. En 2010, elle a perçu 35 millions d'euros, se composant pour l'essentiel d'une moitié venant de la copie privée et d'une autre moitié de la diffusion de musique à la radio, la télévision, les lieux publics...

Que pensez-vous du développement des offres légales sur Internet ?

Le problème est que les artistes interprètes ne reçoivent rien, que ce soit sur le streaming, ou les webradios, ou sur la vente de morceaux à la demande.... Ils touchent un cachet une fois lors de l'enregistrement, et ne touchent plus rien après, même en cas de gros succès. Ils abandonnent tous leurs droits numériques, car ils ne sont hélas pas en position de force face aux producteurs. Pour ces derniers, en revanche, les offres numériques sont beaucoup plus rentables : sur une chanson vendue sur iTunes 0,99 euro, les producteurs empochent 66,5% de ce prix de vente, soit bien plus que sur la vente d'un CD (53,5%). Sans compter les aides que le gouvernement a créées pour les producteurs comme le crédit d'impôt et la carte musique. Une réforme législative est nécessaire.

Que pensez-vous du conflit entre Deezer et Universal ?

Le problème est que chaque site doit négocier moult contrats avec tous les producteurs, qui en profitent pour imposer leurs conditions : versements d'avances, de minima garantis... Fin 2009, la mission Zelnik avait présenté une solution qui aurait réglé ce problème. Il s'agissait de passer à une gestion collective, un système déjà largement utilisé pour la diffusion de musique à la radio, la télévision, dans les boîtes de nuit, etc. En pratique, le secteur aurait, après négociation, établi un barème fixant le prix des chansons à payer par les sites. Ce barème transparent aurait été le même pour toute chanson. Nous avions apporté un vif soutien à cette solution, et nous avions bon espoir qu'elle soit adoptée, car Nicolas Sarkozy comme Frédéric Mitterrand la soutenaient aussi. Hélas, le gouvernement a reculé devant le lobbying des majors, et cette solution a été enterrée par le rapport d'Emmanuel Hoog, en même temps que l'idée de rémunérer les artistes pour ces exploitations était exclue. A peine cinq mois après, Universal assignait Deezer en justice, ce qui montre que la question des rapports entre les sites et les producteurs n'a pas été réglée, tout comme celle de la rémunération des artistes interprètes.

Le PS propose d'abroger la loi Hadopi et d'instaurer une taxe sur l'accès Internet dont le produit irait à la culture. Soutenez-vous cette proposition ?

Elle n'a rien de choquant à nos yeux. L'Hadopi n'ayant rien résolu, sa disparition ne changera pas grand-chose. Son existence nous est assez indifférente, et nous n'avions d'ailleurs pas signé les accords Olivennes ayant conduit à sa création. La mission de l'Hadopi était d'endiguer le téléchargement, mais elle n'y parvient pas. Nous pensons que le téléchargement ne peut être endigué, et que cette politique répressive ne fait que dégrader l'image du droit d'auteur auprès du public. L'important est d'améliorer la rémunération des artistes interprètes, et l'Hadopi n'apporte rien de ce point de vue, et coûte cher au budget de l'Etat. Certes, quelques vedettes ont soutenu la loi Hadopi, mais c'était à la demande de leur maison de disques, et leurs déclarations ont souvent montré qu'ils ne connaissaient pas grand-chose au sujet. La proposition du PS est donc intéressante dès lors qu'elle mettrait un terme à la logique de répression contre les internautes, mais reste à préciser comment le produit de cette redevance serait réparti entre les artistes et les producteurs et quel serait son montant.

Que pensez-vous de la création d'un Centre national de la musique ?

Nous y sommes évidemment favorables. Reste à savoir d'où viendra l'argent. Apparemment, les producteurs voudraient financer ce centre en siphonnant l'argent actuellement versé par la copie privée aux manifestations culturelles. Cela serait inacceptable. D'abord, parce que cela n'apporterait aucun nouveau financement, se contentant de prendre à une main pour redonner à une autre. Ensuite, parce que les majors s'en serviraient pour financer leurs propres spectacles. Alors qu'aujourd'hui, ces subventions sont attribuées aux manifestions culturelles avec une très grande diversité par chaque société de gestion de droits.

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