Pouvoir d'achat du nucléaire  : ce que EELV devrait savoir

CHRONIQUE. Le discours écologiste tend à vanter le modèle énergétique allemand basé sur les renouvelables (et le charbon) sur le français qui utlise le nucléaire. Or une comparaison montre que l'Allemagne est loin d'être indépendante, et la France pourrait l'être davantage si elle poursuivait le développement du nucléaire. (*) Par Didier Julienne, Président de Commodities & Resources.

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Didier Julienne.
Didier Julienne. (Crédits : Patrick FITZ / M&B)

C'est avec un intérêt non dissimulé que j'écoutais Sandra Regol, secrétaire nationale d'EELV, s'exprimer sur une chaîne d'information le 30 septembre 2021, à propos de l'Allemagne qui importe un gaz dont l'inflation attaque le pouvoir d'achat des Européens. En défense de la transition énergétique allemande, EELV affirmait que la France n'a pas d'énergie indépendante puisque « la France importe son uranium ».

L'Allemagne est-elle plus indépendante que la France ?

Bien qu'il désorganise le marché électrique allemand, le marché européen interconnecté et par voie de conséquence entraîne une envolée des prix français de l'électricité, le gigantesque plan d'Energiewende allemand a pour réussite l'impressionnante électricité éolienne intermittente produite outre-Rhin. Mais les bonnes nouvelles ont leurs propres limites, Berlin ne peut plus saupoudrer son territoire d'éoliennes, la population et la loi le refusent.

Moins de houille allemande signifie donc importer plus de gaz russe malgré tous les Navalny, plus de gaz de schiste étatsunien en dépit des futurs Trump, ou plus du gaz du Golfe malgré les droits de l'homme. Au final, la dépendance gazière allemande succède à l'indépendance charbonnière.

De même, les renouvelables allemands signifient dépendance aux métaux, car ni le vent ni le soleil n'engendrent de l'électricité, mais les métaux des turbines et des générateurs qui en sont l'interface. Quels métaux ? Non pas ceux de la stupide intox des « métaux rares », inventée et financée par les pro-pétroles pour rabaisser l'écologie et guider le populisme. Mais les métaux de base dont aucun n'est produit à partir du sous-sol allemand. L'Allemagne n'extrait pas non plus elle-même ces minerais à partir d'un territoire étranger. Il n'existe aucune entreprise minière allemande capable de le faire, elles sont cantonnées outre-Rhin dans le lignite et le charbon. C'est pour cette raison que les renouvelables allemands sont à double titre dépendants de l'étranger : les métaux d'une part, les entreprises minières de l'autre, voire également à travers les fabricants de renouvelables asiatiques.

Raisonner en dynamique

EELV pense que la France ne fait pas mieux que l'Allemagne avec son énergie nucléaire puisque « la France importe son uranium ». Cela fait plaisir d'entendre cet argument non idéologique, car dans l'énergie il ne faut pas raisonner en statique à la manière d'un Malthus qui intégrerait la secte du Temple Solaire dans le but d'anéantir le progrès humain, mais en dynamique avec la science et l'innovation qui accompagne la course de l'humanité.

Le raisonnement dynamique révèle que l'Allemagne sera toujours dépendante des mines situées à l'étranger puisque le recyclage des éoliennes et panneaux solaires est imparfait. Elle démontre donc que les « emplois verts » des renouvelables allemands sont adossés aux « emplois noirs » du charbon ou du gaz, sans ces derniers les « emplois verts » s'effondrent.

Côté France, le raisonnement dynamique révèle qu'une entreprise française produit de l'uranium à partir de ses mines à l'étranger, mais elle pourrait en produire en France puisque nous y avons des ressources uranifères. En outre, la part de cet uranium frais dans les centrales nucléaires françaises a déjà diminué grâce à l'utilisation de déchets nucléaires. C'est-à-dire que du combustible brûlé dans les réacteurs ne provient pas de mines, mais du combustible usagé et recyclé. C'est la première étape de l'économie circulaire du nucléaire et la première indépendance française d'aujourd'hui.

Des déchets gratuits à recycler

La seconde indépendance française consistera à brûler des charges atomiques qui soient à 100 % formées de combustible usagé dans des réacteurs à neutrons rapides (RNR). Pourquoi ? Là où 140 tonnes d'uranium minier sont nécessaires dans une centrale actuelle pour produire 1Gwatt d'électricité, il suffit de 1,4 tonne de déchet recyclé et gratuit, puisque déjà stocké en France, pour produire la même quantité d'électricité dans un RNR. 100 fois moins. Et, tenez-vous bien, comme déjà expliqué de multiples fois, notamment un jour au dirigeant de Greenpeace France, notre pays dispose sur son sol d'une quantité de combustible usagé capable de produire de l'électricité gratuitement et en toute indépendance pendant 5. 000 ans à 10. 000 ans. C'est-à-dire que pendant 5 .000 ans à 10. 000 ans, l'imprécision du chiffre est ici un avantage, l'électricité française sera indépendante d'uranium minier, plus aucun besoin de payer pour l'extraire du sous-sol ni de l'importer à l'inverse d'autres pays qui auront perdu toute autonomie.

La difficulté est que cette indépendance électrique française anéantit un dogme écologiste. Elle supprime le problème des déchets, dès lors qu'ils sont brûlés et disparaissent dans les RNR.

Néanmoins, cette deuxième étape de l'économie circulaire du nucléaire assurera un prix de l'électricité maîtrisé pour toujours puisque la matière première est déjà chez nous gratis. Pour toujours, car après 5. 000 ans à 10. 000 ans, cette électricité pilotable, non intermittente et au combustible gratuit nous aura permis de découvrir une nouvelle forme d'énergie.

Cette dernière sera peut-être celle du thorium ou l'abandon de la fission nucléaire et l'embarquement pour ITER, l'énergie des étoiles. C'est-à-dire que deux seaux d'eau de mer permettront à chaque français d'avoir de l'électricité pour une vie entière, sans engendrer de déchets. C'est la troisième et dernière étape de l'économie circulaire du nucléaire.

Le problème n'est donc plus une question d'indépendance puisqu'elle est résolue pour 5.000 à 10. 000 ans ; ni de nouvelle ressource minière en uranium puisque le combustible usagé est chez nous et Gaïa économisera également l'extraction des métaux nécessaires aux renouvelables ; ni de pouvoir d'achat puisque le combustible usagé est gratuit ; ni technologique, des RNR fonctionnent déjà chez les leaders de l'économie circulaire du nucléaire.

Un problème politique

Le problème est politique. C'est-à-dire faire le distinguo entre le temps de sa propre existence et l'éternité de l'espérance de vie de l'humanité : les métaux des renouvelables sont dans le temps d'une existence, l'économie circulaire du nucléaire est dans celui de l'éternité.

Je sais, il sera facile de stigmatiser ce papier de lobbyisme du nucléaire, ce qu'il n'est pas. Mais un portrait de Madame Regol, dont les engagements valent considération, était diffusé en ligne à l'occasion de la campagne législative partielle d'Alfortville-Vitry de septembre 2020. Il indique que « si tout seul on va plus vite, ensemble on va plus loin quand on sait écouter, partager et travailler collectivement en faisant de nos différences une force et non un frein ». Comment ne pas approuver cette vision, et, dans le cadre de la prochaine présidentielle, mettre ensemble les différences sur le nucléaire et collectivement aller plus loin.

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(*) Didier Julienne anime un blog sur les problématiques industrielles et géopolitiques liées aux marchés des métaux. Il est aussi auteur sur LaTribune.fr.

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Commentaires 14
à écrit le 06/10/2021 à 1:11
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En raisonnement "dynamique" on fait des éoliennes en bois, utilisables aussi en éolien flottant (Vestas/Siemens-Gamesa/Modvion) et le bois pousse aussi en Allemagne. De quoi stocker le carbone en plus de nettement abaisser les émissions (quand celles...

à écrit le 05/10/2021 à 18:56
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Il faudrait décarboner l’économie si le carbone était un problème ... Aucun scientifique ne peut donner le taux idéal de carbone dans l'atmosphère puisqu'il fluctue depuis des millions d'années et il a des variations saisonnières puisque l'hiver la v...

à écrit le 05/10/2021 à 14:41
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Il a fallu 10 ans pour concevoir la première centrales françaises. Ça a été fait à la planche a dessin et à la règle à calculs. C'est inouï de raconter qu'aujourd'hui il faudrait 10 ans pour lancer une tête de série de petits réacteurs au Thorium ...

à écrit le 05/10/2021 à 14:32
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Le nucléaire oui, l'uranium non ! Il faut passer au Thorium rapidement comme il était prévus dans les années 50-60 pour brûler les déchets de la filière Uranium des militaires. Le Thorium est aussi gratuit, déchet du raffinage des terres rares. At...

à écrit le 05/10/2021 à 13:48
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La Base, pour un écologiste sérieux et responsable, est de reconnaitre que le nucléaire offre la seule option pour une énergie essentiellement décarbonnée. Le replacement de nos réacteurs en fin de vie, pour un vrai écologiste soucieux de son emprein...

à écrit le 05/10/2021 à 13:27
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Tant que le nucléaire sert notre compétitivité et notre attraction c'est une bonne chose, mais dès qu'elle nourrit celle de nos concurrents..., il faut se poser des questions!

à écrit le 05/10/2021 à 13:23
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Problème : personne n'a réussi à construire un surrégénérateur jusqu'à présent . Et tous ces pays qui se trompent lourdement, et qui ne comprennent pas qu'on est des génies. C'est à désespérer de l'Humanité.

le 05/10/2021 à 14:01
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C'est faux. La France l'a fait avec Superphenix, qui a été arrêté politiquement après quelques années de réglages. Les russes le font avec leurs sur générateurs BN-800

le 05/10/2021 à 14:36
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L'arrêt est du à l'accident du surgénérateur japonais très similaire. Le feu de Sodium, le fluide caloporteur. Avec le sodium, les ingénieurs ajoutent du risque inutilement pour gagner quelques pourcents de rendement. La sécurité doit être passive, ...

le 05/10/2021 à 16:36
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En Chine on en developpe un à sels fondus à l'horizon 2030. En Russie le BN-800 est connecté au reseau depuis 2015

à écrit le 05/10/2021 à 13:18
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Si j'ose dire "Le vent a tourné et des nuages s'amoncellent" car sinon Macron n'aurait pas essayé de déborder les patriotes sur la question de l'équipement nucléaire gage de réindustrialisation, de lutte contre le réchauffement climatique et d'énergi...

à écrit le 05/10/2021 à 13:14
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Pour une fois il y a des arguments pertinents et pas de mensonges. Par contre pourquoi l'auteur oublie (volontairement?) que le nucléaire a également besoin d'autres ressources que la France doit bien importer (pas seulement l'uranium mais tous les ...

à écrit le 05/10/2021 à 13:13
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la dictature eelv souhaite prendre le pouvoir pour retourner auplus vite dans les grottes leur projet est impossible a financer et leur monde invivable ils ont deja a leur actif combien de chomeurs et combien d'entreprise ferme sur le sol franca...

à écrit le 05/10/2021 à 12:42
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Il parait qu'en Allemagne il y a parfois des coupures secteur, ça fait perdre pas mal d'argent aux industriels (fabrication en cours fichue), pays moderne dit-on, les artères ne sont pas toute jeunes. En Norvège, peu de vent cet hiver, ils ont ponct...

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