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OpinionsEuromed

L'Égypte de retour sur la scène internationale, une opportunité pour l’Europe

Photo de Alfred Mignot

Alfi Malek, Demeter

Publié le 16 avril 2015 à 16:47 - Mis à jour le 17 avril 2015 à 05:39

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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À la mi-mars, la conférence de Charm-el-Cheikh a permis à l'Égypte de collecter des promesses d'investissements d'un montant de 36,2 milliards de dollars. Après une longue éclipse, et quatre années difficiles dont l’issue était des plus incertaines, ce succès de Charm-el-Cheikh peut être interprété comme représentant les prémices d'un retour en force du pays sur la scène internationale. Par Alfi Malek, président de l'association Demeter, vice-président de l'association AEMDDE

L'emblème choisi pour cette conférence intitulée « Égypte Avenir » était une croix de vie « ankh » stylisée, prônant le retour aux sources, et rappelant le passé pharaonique et glorieux du pays. Pharaoniques sont en effet les projets portés à la connaissance des participants. Parmi ceux-ci, le creusement d'un deuxième Canal de Suez - à proprement parler, le doublement de la voie navigable - est un projet entièrement financé par les citoyens égyptiens, témoignant de ce fait de leur confiance retrouvée.

Mais la confiance est recherchée aussi au-delà des frontières, car l'Égypte comprend bien qu'elle aura besoin de la communauté internationale pour se redresser rapidement. Cette confiance est d'ores et déjà retrouvée au niveau régional, comme l'atteste la participation massive des pays du Golfe et leur engagement sans précédent, à hauteur de 12,5 milliards de dollars. Pays du Golfe pour lesquels, face aux menaces des islamistes pouvant rapidement entraîner toute la région dans le chaos, l'Égypte fait figure de solide rempart, car il est en effet le seul pays de la région capable de faire face à la menace islamiste sur le terrain, et d'engager, comme il l'envisage, une force d'intervention rapide de 50 000 hommes capables d'être immédiatement projetés dans le Golfe.

Pour les pays du Golfe, apporter leur soutien à l'Égypte, c'est une manière de contribuer à éviter l'éclatement irrémédiable de toute la région. Un tel scénario présenterait d'ailleurs aussi des conséquences considérables pour les voisins Européens : immigration massive, crise énergétique, crise économique. Et si l'Égypte vient à basculer dans le chaos, des désordres sociaux ne sont pas à écarter, y compris en Europe.

L'énergie renouvelable et la jeunesse, deux atouts majeurs

Par sa situation géographique idéale entre le Nord et le Sud, l'Égypte bénéficie de formidables atouts, à commencer par deux voies essentielles de navigation et d'échange : le canal de Suez, rapprochant l'Europe et l'Asie ; le Nil, source d'unité avec l'Afrique. Ces atouts, bien valorisés, favorisent la projection du pays sur un marché régional : l'ouverture désormais préconisée sur l'Afrique aura pour objectif un développement partagé, notamment dans le domaine de l'agriculture.

Un autre atout du pays des pyramides est sa population extrêmement jeune : plus de 66% de ses 90 millions d'habitants sont âgés de moins de 30 ans ; ils représentent 60 millions de consommateurs potentiels, soit l'équivalent de l'ensemble de la population française !

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Côté énergie, le groupe pétro-gazier BP a fait une importante découverte de gaz, soit un gisement de 140 milliards de mètres cubes - qui pourrait s'avérer du double -, situé dans la concession offshore North Damietta, dans l'Est du Delta du Nil. Surtout, le potentiel en énergies renouvelables s'avère tout à fait exceptionnel, l'Égypte bénéficiant d'un ensoleillement unique, allant de 1750 kWh/m2/an au nord du pays, à 2500 kWh/m2/an au sud.

Les objectifs annoncés sont ambitieux : la première étape vise l'installation de 2300 MW de puissance en solaire et 2000 MW en éolien, à l'horizon 2030, mais on annonce déjà un objectif de 5000 MW à l'horizon probable 2030. Les tarifs de rachat sont fixés. Simultanément, les actuelles subventions à l'énergie - elles coûtent chaque année 16 milliards de dollars à l'État - seront progressivement réduites.

L'élargissement du canal de Suez permettra d'accélérer le développement économique et industriel de toute la région. Basée sur les ressources énergétiques et les compétences locales, tournée vers la satisfaction des besoins local et international, la région revigorée par « l'effet canal » devrait bénéficier de la création de quelques centaines de milliers d'emplois.

Un ambitieux projet refondateur

Un TGV Nord-Sud, une nouvelle capitale administrative (42,9 milliards d'euros investis), des centrales électriques, la bonification de 500 000 hectares de terres prises sur le désert... les projets égyptiens sur vingt ans sont évalués à trois cent milliards de dollars d'investissement !

Au-delà du projet économique à proprement parler, nous assistons aujourd'hui à une réelle démarche révolutionnaire qui vise la réunification du pays et sa mobilisation autour de projets ambitieux et fédérateurs. Dans cette perspective, les promesses d'investissements annoncées en mars à Charm-el-Cheikh témoignent d'une confiance internationale retrouvée dans une économie égyptienne qui, il y a à peine deux ans, se trouvait au bord de la faillite. Mais si les sources de financement annoncées sont multiples, elles sont encore loin de satisfaire les besoins.

L'Europe, la France en particulier, sont sollicitées par les Égyptiens pour apporter un soutien massif indispensable au succès de ce projet refondateur, dans un esprit de partenariat équitable et pour un développement économique durable. Les enjeux sont immenses, ainsi que les bénéfices espérés pour l'ensemble de la région, et pour l'Europe, voire pour la paix dans le monde.

Cette approche nouvelle devrait se faire aussi dans la perspective d'un développement de l'ensemble de la Méditerranée, et d'une collaboration Nord-Sud-Sud certainement bien plus efficace qu'un simple échange Nord-Sud, comme c'est encore souvent le cas. Par exemple, les besoins en formation technique, transfert de technologies, management, etc. sont considérables.

Le rôle déterminant de la diaspora

La diaspora égyptienne représente au bas mot quelque 8 millions de personnes dans le monde. Souvent émigrée pour des raisons économiques, la diaspora dans sa majorité réussit son intégration dans les pays d'accueil européens. Mobilisée, elle représente une formidable force de rapprochement des deux rives de la Méditerranée, et de développement dans le sens large du terme. La politique de voisinage européenne pourrait aussi avoir recours à la diaspora, laquelle peut devenir un acteur important du codéveloppement Nord-Sud.

Établir le dialogue et contribuer à élargir des partenariats dans un nouvel esprit gagnant-gagnant, c'est là que se concentre l'effort des associations dédiées au développement durable, telles que l'AEMDDE ou Demeter. Le but que se sont fixées les deux associations est la mobilisation des compétences des Égyptiens d'Europe et de leurs partenaires Européens sensibles à la thématique du développement durable, et de faciliter leur rapprochement avec des entrepreneurs et responsables territoriaux égyptiens, dans un esprit de codéveloppement utile aux économies des deux rives.

À lire également

  • Un appel à l'Europe, pour la Tunisie
  • « Le temps est venu pour que l'Afrique travaille plus pour elle-même » (M. El Kettani)
  • Face à la menace terroriste, enfin le sursaut maghrébin ?

C'est dans ce sens que plusieurs conférences ont eu lieu à Paris et à Genève. À l'occasion de l'anniversaire de la libération du Sinaï - le 25 avril 1982 -, une conférence sur le thème de « la troisième révolution industrielle » aura lieu les 27 et 28 Avril, à Charm-El-Cheikh, sous le haut patronage du Gouverneur de la région !

***

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Alfi Malek, Demeter

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