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« Le temps est venu pour que l'Afrique travaille plus pour elle-même » (M. El Kettani)

Photo de Alfred Mignot

Alfred Mignot

Publié le 03 mars 2015 à 04:34 - Mis à jour le 04 octobre 2015 à 14:56

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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En marge du 3e Forum Afrique développement, que la banque Attijariwafa (AWB) a organisé à Casablanca (19-20 février 2015), son président, Mohamed El Kettani, livre à La Tribune les éléments-clé de l'ambition du groupe marocain en Afrique. Bancarisation, collecte de l'épargne, financement des ménages, des TPE et des PME, mais aussi des grands projets d'infrastructure : Attijariwafa Bank se veut un acteur de premier plan dans tous ses métiers.

La Tribune. Avec 7,4 millions de clients et 16 700 collaborateurs, vous êtes le premier groupe bancaire et financier du Maghreb, opérant dans 23 pays d'Afrique et d'Europe. L'organisation de ce forum Afrique développement, avec votre partenaire Maroc Export, signifie-t-il une inflexion plus africaine de votre stratégie de développement ?

Mohamed El Kettani. Le groupe Attijariwafa Bank était à l'origine un groupe marocain, issu de la fusion de deux banques en 2004. Cette opération impulsée par notre actionnaire de référence la SNI [Société nationale d'investissement, ndlr] sous la conduite de Mounir El Majidi, la plus importante sur le continent depuis lors, avait permis de disposer non seulement d'une base très solide sur le marché bancaire et financier, mais également de ressources humaines et financières suffisantes pour envisager une croissance externe ambitieuse tout en consolidant sa position sur le marché d'origine. Les premières acquisitions ont démarré en 2006 avec la Tunisie, pour intéresser progressivement l'Afrique de l'Ouest et l'Afrique centrale. Ainsi, progressivement, les activités du groupe se sont diversifiées avec une part hors Maroc atteignant 25 %.

Le forum Afrique développement, qui en est à sa troisième édition et qui s'inspire de la vision de Sa Majesté Mohammed VI pour une meilleure coopération Sud-Sud, vient renforcer la vocation que nous souhaitons imprimer depuis plus de dix ans à nos activités sur le continent [le conseiller du roi, Mounir El Majidi, veut faire du forum le « Davos africain »,ndlr]. Les leviers de notre croissance pour la prochaine décennie visent à y étendre notre présence et atteindre rapidement dans chaque pays la taille critique nécessaire pour accompagner efficacement les politiques économiques locales en termes de bancarisation, de collecte de l'épargne et sa mobilisation pour le financement des ménages, des TPE, des PME mais aussi des GE et des grands projets d'infrastructure.

C'est donc le renforcement de notre stratégie africaine que nous recherchons à travers l'organisation d'une telle manifestation et qui répond aux attentes du secteur privé africain.

Quels sont les pays d'Afrique et d'Europe où vous êtes le mieux implantés ?

Dans nos pays de présence en Afrique, nous occupons des positions de leader, comme c'est le cas au Maroc et au Sénégal, soit dans le peloton de tête. En Tunisie, à titre d'exemple, depuis la privatisation de la Banque à notre profit, nous avions procédé à une véritable transformation de cette institution en assainissant le portefeuille de crédits malades, réorganisé la banque, en renflouant de manière significative ses fonds propres et plus récemment, en développant un modèle de bancassureur à l'instar de ce que nous faisons au Maroc. Aujourd'hui, cette banque est la plus importante du secteur en termes de réseau d'agences, avec plus de 200 points de vente répartis dans l'ensemble du territoire. Ce mode opératoire est ainsi décliné dans toutes nos implantations en Afrique.

S'agissant de l'Europe où nous comptons 70 agences dans 7 pays, nos ambitions sont évidemment différentes. Nos banques vont adopter une stratégie complémentaire à celle de notre réseau de banques en Afrique en ciblant deux catégories de clientèles, les diasporas des pays africains et les entreprises qui entretiennent des relations avec notre continent.

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Avec votre partenaire Maroc Export, vous vous efforcez de promouvoir les PPP, et l'établissement d'une feuille de route pour le développement de l'Afrique. C'est "le temps d'investir ", dit le slogan de votre forum. Mais, pourquoi particulièrement maintenant, et qu'en attendez-vous ?

Les besoins du continent sont colossaux dans tous les domaines. Ainsi, de plus en plus d'États africains se sont dotés de visions sectorielles structurées et cohérentes, matérialisées par des plans chiffrés et des projets d'investissement ciblés dans tous les domaines donnant confiance et visibilité aux opérateurs économiques : Infrastructures, énergie, télécommunications, valorisation des ressources naturelles dans les industries agro industrielles et minières, développement du tourisme et des services...

Autant d'opportunités de partenariats publics privés, de coopérations Sud/Sud et Nord/Sud/Sud et d'investissements. La justification du choix de la thématique « le temps d'investir » s'impose naturellement pour notre 3e édition du Forum Afrique Développement.

Nous en attendons qu'il soit le catalyseur pour de nouvelles initiatives et des partenariats porteurs d'avenir. En plus des séances plénières et des rencontres d'affaires, nous avons prévu, pour la première fois, des stands pour le marché de l'Investissement du Sénégal, Gabon, Cameroun, Côte d'Ivoire, Mali, Burkina Faso, et Bénin. Ces pays y ont exposé leurs banques de projets et donneront probablement lieu à des contrats pour la réalisation de projets de développement dans nos pays.

Bien entendu, d'autres retombées directes sont attendues de plus de 4 500 rendez-vous d'affaires B to B qui ont été organisés en présence des commerciaux du groupe pendant les deux jours du Forum.

Au Maroc, votre groupe, 1er financeur de l'économie, est «  largement engagé dans le financement de projets structurants  », avez-vous écrit sur votre site. Quelques exemples ?

Effectivement, le groupe est engagé fortement depuis plusieurs années dans le financement des grands projets au Maroc. En côtoyant des groupes bancaires mondiaux durant les années 1990, nous avions saisi l'importance de disposer d'une capacité technique de haut niveau pour accompagner les projets structurants du Maroc et jouer à armes égales avec les concurrents internationaux, notamment européens. Nous nous sommes dotés, depuis, d'une palette complète de services et de financements. C'est un axe de développement stratégique pour notre groupe.

Ainsi, pour répondre à votre interrogation, nos interventions concernent les projets relatifs au secteur de l'énergie classique, les énergies renouvelables, le raffinage de produits pétroliers, l'industrie lourde comme les mines, la sidérurgie, la construction automobile, le ciment, les ports, les « utilities and city services » tels que la distribution d'eau et d'électricité dans les villes, le transport urbain, ferroviaire ou aérien, l'immobilier ou les Télécoms, en plus de l'accompagnement des opérations de privatisation de plusieurs entreprises étatiques. La liste est donc longue, mais ce qu'il faut en retenir, c'est que dans nos marchés africains, le temps est venu pour que l'Afrique travaille plus pour l'Afrique, car elle en a les moyens humains d'abord, mais aussi, financiers pour peu que les efforts des uns et des autres se conjuguent et que la confiance soit de mise.

Quels sont les chiffres-clés du groupe en 2013-2014 ?

Le groupe a enregistré de bons résultats en 2014 et nous avons clôturé l'exercice avec un total bilan consolidé de plus de 401,8 milliards de DH, des Fonds propres de 40,4 milliards, un PNB de 19,4 milliards de DH en croissance de 8,8 % et un RNPG de 4,4 milliards de DH en augmentation de 5,2 %.

Parmi vos filiales bancassurance, consommation, immobilier, location longue durée... - quelles sont celles qui enregistrent les meilleurs résultats ? Et celles que vous voulez développer en priorité ?

Le modèle du groupe est basé sur la banque au centre et une panoplie de sociétés financières spécialisées où les rôles sont complémentaires. La synergie est le maître mot de ce dispositif. Ainsi, pour certaines activités, le crédit à la consommation ou l'immobilier, les filiales spécialisées gèrent, pour le compte de la banque, les concours octroyés à ses clients et agissent en tant qu'usine de production. Dans le même temps, elles prospectent des non-clients de la banque. Ce modèle, mis en place depuis plus d'une vingtaine d'années, a véritablement stimulé la production et permis le développement rapide du marché. Aujourd'hui, nos concurrents au Maroc ont suivi, mais la longueur d'avance acquise par le groupe a été préservée puisque sur les activités que vous citiez, nous sommes leader avec des parts de marché dépassant les 30 %.

Le développement de ces activités à l'avenir consiste à reproduire, en l'adaptant, ce modèle qui réussit au Maroc. Dans ce contexte, notre filiale, Wafa Assurance, leader du secteur et cotée à la bourse de Casablanca, est la première à s'expatrier. Elle a déjà un pied en Tunisie et est en passe de s'installer dans plusieurs pays en Afrique de l'Ouest et Afrique centrale. Nos autres filiales suivront, avec des formats remaniés en raison des réglementations ou de l'étroitesse de certains marchés.

Attijariwafa Bank est aussi très engagée dans l'action citoyenne, à travers sa Fondation. Quels en sont les axes stratégiques ?

Les axes stratégiques de la Fondation Attijariwafa Bank répondent aux orientations de l'actionnaire de référence du Groupe , la SNI.

La Fondation Attijariwafa Bank est engagée dans de l'éducation, du préscolaire au supérieur, à travers des partenariats de référence au profit de l'enseignement public. Nous encourageons également l'excellence, l'esprit entrepreneurial et citoyen chez les jeunes.

Plus récemment, la Fondation s'est engagée dans la promotion de débat d'idées à travers l'organisation de conférences périodiques autour de problématiques économiques, sociales, culturelles et sociétales, ainsi que le soutien à l'édition et à la production intellectuelle.

Par ailleurs, notre fondation est un acteur majeur dans le domaine de l'art et la culture, elle œuvre pour la démocratisation de l'accès à la culture et à l'éducation artistique des jeunes. La promotion des artistes et la valorisation des initiatives culturelles régionales ainsi que l'échange interculturel panafricain sont également des axes d'intervention prioritaires.

La dernière action culturelle en date est celle de la campagne « L'Afrique a du génie » qui a permis à trois artistes africains de rayonner davantage et faire connaître leurs œuvres auprès d'un large public. Il ne s'agit pas d'une simple action culturelle isolée, elle s'inscrit dans une démarche plus intégrée : une campagne de communication institutionnelle et une action citoyenne qui s'appuie sur le soutien de différents talents et intelligences dans plusieurs domaines, sciences, technologie, santé, art, recherche universitaire ou autres.

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À lire également

  • Casablanca, capitale de « l'Afrique qui croit en elle-même »
  • La Méditerranée, interface stratégique entre l’Europe et l’Afrique
  • Maroc, le royaume émergent à l’avant-garde de l’EurAfrique

> Retour au sommaire du dossier « Le Maroc, porte d'entrée royale en Afrique », de notre supplément LA TRIBUNE AFRIQUE de LA TRIBUNE Hebdo n°142 du 18-24 septembre 2015.

> Retour au SOMMAIRE EUROMED- AFRIQUE

Alfred Mignot

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