Valoriser le patrimoine historique et culturel africain, un défi pour le secteur privé  !

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Alain Taïeb, président du conseil de surveillance du groupe Mobilitas
Alain Taïeb, président du conseil de surveillance du groupe Mobilitas (Crédits : DR)
À Paris, l'exposition « l'Afrique des routes », actuellement au musée du quai Branly-Jacques Chirac, démontre que les hommes et les idées venus d'Afrique ont toujours été au centre des échanges mondiaux. À n'en pas douter, « l'actuelle dynamique culturelle et économique va s'amplifier » et que « les États, les individus et les entreprises vont produire de plus en plus de patrimoine sous toutes ses formes », estime Alain Taïeb, président du conseil de surveillance de Mobilitas. Il plaide ici pour engager « des actions de sauvegarde du patrimoine historique africain », notamment numériques.

Alors que le continent africain est souvent perçu sous le prisme de ses richesses naturelles, n'oublions pas qu'il possède également un patrimoine culturel autrement plus riche, varié et inestimable. Sa préservation et sa valorisation sont l'un des principaux défis que doit relever le secteur privé africain.

Le patrimoine culturel par exemple trouve, aujourd'hui comme hier, toute sa place, sur le Continent et dans le monde. Le succès d'expositions telles que « Beauté Congo », à la fondation Cartier (Paris), ou de rendez-vous comme la Biennale de l'art africain contemporain (Dak'art) au Sénégal, font (re)découvrir au grand public le talent de peintres, sculpteurs, photographes et vidéastes africains. Dans les métropoles africaines, des milliers d'entreprises et d'institutions se développent et ont des besoins croissants en matière de conservation ou de numérisation de leurs données et archives. Les États et les individus détiennent des trésors anciens qui nécessitent une expertise dans la numérisation de documents patrimoniaux. Plus que dans toute autre région du monde, cette activité spécifique permet de donner une nouvelle vie à des archives africaines précieuses.

Cette dynamique culturelle et économique positive est la clé d'un patrimoine culturel riche et diversifié. Tous les indicateurs montrent qu'elle va s'amplifier grâce à l'amélioration de la situation macroéconomique. En Afrique, les États, les individus et les entreprises vont produire de plus en plus de patrimoine sous toutes ses formes.

Pour une chaîne de valeur structurée dans l'économie de l'art

Rappelons-nous d'abord que le patrimoine historique de nombreux pays africains se trouve mis en danger lorsque les conditions de conservation ne sont pas adéquates. C'est le cas lorsque la situation sécuritaire est fragile. Les différents conflits, notamment dans la bande sahélienne, ont prouvé les risques qu'encourt ce patrimoine inestimable. L'Afrique doit donc développer une expertise dans la numérisation de documents patrimoniaux. Cette activité spécifique permet de donner une nouvelle vie à des archives précieuses. Une fois numérisé, le patrimoine est conservé durablement et en sécurité tout en étant disponible au grand public.

Le savoir-faire d'Arkhênum, une filiale du groupe Mobilitas, s'est montré utile dans le cadre des actions de sauvegarde du patrimoine historique africain. En formant au Mali, plusieurs dizaines de techniciens aux bonnes pratiques de la numérisation et en travaillant sur la préservation de documents historiques de Tombouctou, Arkhênum a participé à la conservation d'un patrimoine mondial.

Ensuite, les professionnels de la culture doivent travailler en étroite collaboration avec des entreprises spécialisées dans la logistique pour transporter les œuvres d'art et les expositions. Trop d'expositions en Afrique souffrent encore de ne pas pouvoir expédier une œuvre d'art du Caire au Cap ou de Kinshasa à Douala. Le transport d'œuvres d'art exige des compétences techniques pointues. Les entreprises logistiques en Afrique doivent s'en doter et les jeunes Africains doivent être formés à cette profession. C'est en développant les métiers techniques que nous parviendrons à construire une chaîne de valeur solide dans les industries culturelles. Au-delà de sa diffusion, les enjeux en matière de conservation du patrimoine africain requièrent des solutions concrètes et durables.

Les techniques de conservation au cœur des enjeux d'efficacité

Depuis les indépendances, les pays africains ont mis en place des conservations du patrimoine grâce aux archives nationales. Or, les archives gérées par les différents États sont souvent conservées dans des conditions qui ne répondent pas aux normes internationales. La conservation et la transmission de la mémoire sont mises en péril.

L'Afrique peinera à se développer de manière stable et inclusive si elle ne parvient pas à gérer son bien le plus précieux : le savoir. Pour gérer et exploiter les infrastructures, pour négocier les meilleurs échanges, pour bâtir les meilleurs systèmes étatiques, le savoir est un pré-requis essentiel. Le développement de l'Afrique passe par une meilleure gestion de la mémoire collective.

La valorisation du patrimoine africain, par sa diffusion et par sa conservation, sera un enjeu crucial du XXIe siècle. C'est en remportant cette bataille que les sociétés africaines se développeront sur des bases solides.

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