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OpinionsGénération deuxième gauche

Macron: "Merci mon général!"

Photo de Pierre Yves Cossé

Pierre Yves Cossé

Publié le 08 mai 2017 à 13:24 - Mis à jour le 08 mai 2017 à 13:36

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Sans l'élection présidentielle au suffrage universel, voulue par de Gaulle, Emmanuel Macron ne serait évidemment jamais parvenu à l'Elysée. Par Pierre-Yves Cossé

A la fin des années 50, plusieurs constitutionnalistes, dont Maurice Duverger dans le Monde, avaient lancé une campagne en faveur d'un régime semi-présidentiel, fondé sur l'élection du président au suffrage universel. La réforme permettrait de renforcer l'exécutif, de mettre fin à l'instabilité gouvernementale et de contourner l'obstacle du parti communiste, « ce parti qui ne sert à rien » selon la formule de Michel Rocard. La gauche« non communiste »- comme on disait à l'époque- était trop faible pour accéder seule au pouvoir par la voie parlementaire et une alliance électorale et gouvernementale avec le parti communiste eut été suicidaire.

Seul un président tirant son autorité du suffrage universel serait en mesure de rééquilibrer la gauche et l'on imaginait déjà un second tour opposant les deux leaders jugés les plus populaires à l'époque, Antoine Pinay pour la droite et Pierre-Mendès France pour la gauche. A priori, ce projet n'avait aucune chance, les partis politiques s'accrochant à leurs pouvoirs. Seule une crise politique grave pourrait changer la donne. En 1958, la guerre d'Algérie fut le déclencheur de la crise.

En 1962, le président de la République, Charles de Gaulle, proposa aux Français d'élire directement leur président en ouvrant largement les possibilités de présenter une candidature. Toute la classe politique fit front contre ce projet et se rassembla dans « un cartel des non ». Elle ne manquait pas d'arguments ; la procédure choisie ne respectait pas la lettre de la constitution -le président du Sénat parla même de forfaiture- et les risques d'une personnalisation accrue du pouvoir étaient accrus. A gauche, PMF dénonça l'américanisation inévitable de notre vie politique et le dépérissement du débat et des assemblées au profit de slogans et de campagnes publicitaires. Les risques étaient réels, mais les électeurs, satisfaits du nouveau pouvoir qui leur était accordé et reconnaissants à l'égard d'un président qui venait de mettre fin à la guerre d'Algérie, dirent oui à une large majorité.

Depuis, les Français, tout en critiquant, n'ont jamais mis en cause cette réforme majeure. C'est lors des élections présidentielles qu'ils s'intéressent le plus à la politique et que le taux d'abstention est le plus bas. Outre une stabilité retrouvée des gouvernements, ce mode d'élection a une vertu, celle de contourner des appareils politiques divisés et ankylosés, de faire apparaître des personnalités nouvelles et d'accélérer le changement.

L'écologie s'est fait connaître des citoyens dès 1974 avec la candidature de René Dumont. Valéry Giscard d'Estaing est venu à bout des appareils classiques de la droite et a apporté, durant les premières années de son septennat, une bouffée de jeunesse dans la société française et notre vie politique (majorité à dix huit ans, IVG, extension des pouvoirs du Conseil Constitutionnel...)

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En 1981, l'élection au suffrage universel a rendu possible l'alternance avec l'élection de François Mitterrand et a accéléré le déclin du parti communiste. La démonstration était faite que ce mode d'élection n'était pas au service d'un homme ou d'un camp.

Le changement précipité

Celle de 2017 a précipité le changement, qu'il s'agisse des thèmes et des hommes. Benoit Hamon a ouvert un débat, appelé à se poursuivre, sur les incidences à long terme des changements technologiques et d'une croissance ralentie. Jean-Luc Mélenchon a renouvelé l'extrême gauche, rendant inaudible ce qui restait du parti communiste.

En un an, un jeune outsider est parvenu à se faire entendre des électeurs et à obtenir un appui suffisant pour se faire élire. Cette jeunesse et ce dynamisme renvoient à la Révolution française et à l'Empire, lorsque des élites nouvelles et dynamiques sont apparues et que les « Grandes Ecoles » formidables accélérateurs de carrière ont été crées. Est-ce un hasard, si les deux plus jeunes présidents de la cinquième République en sont les produits, Valery et Emmanuel ?

Une aventure positive

Dans une société vieillissante, où s'incrustent les élites en place, une aventure à la Macron est positive. Bien sûr le débordement est possible et la réussite n'est pas assurée. La garantie principale est la constitution de 1958, à condition qu'elle soit respectée et notamment son article 20 qui stipule que « le gouvernement conduit et détermine la politique de la nation »

C'est dire le rôle que jouera le Premier Ministre qui sera désigné dans quelques jours. Loin d'être un « collaborateur » du Président, il devra être l'animateur d'une nouvelle majorité, dont les contours ne sont pas encore clairement définis.

Hommage soit rendu non seulement au général de Gaulle de 1962, le père de l'élection du président de la République par tous les Français, mais aussi au constituant de 1958. Le retour à la lettre de la constitution devrait inclure le respect de la distinction entre la loi et le règlement, afin de mettre fin à la prolifération de textes législatifs longs et filandreux, source de complexité et de paralysie, au détriment de la fonction de contrôle.

Espérons que le nouvel élu s'endorme en murmurant "Merci, Mon Général. Je n'oublierai ni 1962 ni 1958"

Pierre-Yves Cossé

8 Mai 2017

Pierre Yves Cossé

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