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Co-Résilience : le nouveau jardin des Hespérides ?

Photo de Abdelmalek Alaoui

Abdelmalek Alaoui

Publié le 27 juillet 2020 à 07:00 - Mis à jour le 27 juillet 2020 à 07:43

Abdelmalek Alaoui, Editorialiste

Abdelmalek Alaoui, Editorialiste

Guepard/LTA

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Selon la mythologie grecque, cueillir les pommes d'or du jardin des Hespérides fut le 11ème des travaux d'Hercule, juste avant la descente aux enfers pour libérer Thésée. Mais Hercule n’effectua pas lui-même le travail, il le délégua au géant Atlas, acceptant de se substituer à lui pour soutenir la voûte céleste. Situé selon certains experts au Maroc, le jardin des Hespérides était le synonyme d'un immense espoir, laissant entrevoir la possibilité d’une rédemption pour Hercule. Comme le symbole d’une coopération nord-sud déjà esquissée par la mythologie, le nouveau jardin des Hespérides...

... tra-t-il enfin aux deux rives de la Méditerranée d’inventer un modèle de prospérité partagée au sortir de la pandémie ?

Au lendemain de l'adoption par l'Europe d'un plan de sauvetage massif, celle-ci ne doit pas négliger d'inclure dans sa stratégie de reprise Post-Covid 19 un partenariat économique rénové et ambitieux avec la rive sud de la Méditerranée au risque de voir une zone d'instabilité sans précèdent s'installer à ses portes. Disons-le sans ambages, mon propos n'est pas ici de réclamer que l'Afrique du nord ou le continent au sens large obtiennent une part du plan de relance européen. Les 750 milliards d'euros doivent servir à relancer la croissance européenne et sont donc légitimement consacrés aux pays qui composent l'Union en priorité. De surcroit, il serait inutile d'ajouter à la pléthore de sémantique bien-pensante réclamant-la larme à l'œil et le cœur sur le portefeuille- que la "riche" Europe partage quelques-uns de ses bienfaits avec la "pauvre" Afrique.  Cette dernière ayant été partie prenante de la formidable prospérité du vieux continent en lui accordant un accès très bon marché a ses matières premières, les partisans d'une augmentation de l'aide, la dépeignant ainsi comme une forme de "compensation" historique. Cet argument, bien qu'en vogue avec l'augmentation exponentielle d'une certaine forme de bien-pensance, a vécu.

Les doctrines traditionnelles d'aide au développement sont caduques

Le débat de demain, et notamment du "monde d'avec" le virus a rendu caduque les doctrines traditionnelles d'aide au développement qui servaient notamment comme plateforme de déculpabilisation des nations occidentales et d'instrument de rente de cohortes de consultants et de fonctionnaires internationaux.  La pandémie a mis à jour la question cruciale de l'interpénétration d'économies disparates mais complémentaires sur le plan régional, suite à la sur-dépendance Européenne envers l'Asie du Sud-Est. Nous ne sommes déjà plus dans le fameux « Trade not Aid » - le commerce au lieu de l'aide- identifié dès 1964 par la CNUCED et popularisé par l'économiste Dambisa Moyo mais dans un schéma ou ce sera l'intégration économique ou l'explosion des économies.  En bref, les deux rives de la Méditerranée sont condamnées à inventer un nouveau modèle économique, plus inclusif, plus complémentaire et plus efficace.

La co-résilience VS la co-production

Ce dernier va bien au-delà des fameuses- et désormais défuntes- co-localisations chères au ministre du redressement productif de François Hollande que fut le vibrionnant Arnaud Montebourg. Il n'est désormais plus questions de co-production mais de co-résilience. En effet, dans un monde où tous les paramètres traditionnels des économies sont remis a zéro, la course effrénée a la croissance est subitement devenue un enjeu de second rang. Comme l'a affirmé dans un raccourci saisissant le milliardaire Indien Ratan Tata récemment : « 2020 est l'année où il nous faudra survivre, pas faire des profits... ». Il aurait pu ajouter que les années qui suivront seront celles où nous devrons apprendre à être agiles et résilients, capables d'encaisser des chocs de magnitude extrême, où l'offre comme la demande sont frappées de plein fouet.

L'heure n'est donc plus à l'optimisation excessive ni à satisfaire les actionnaires et les marchés. En Europe comme en Afrique, l'enjeu est désormais d'accroitre sa capacité de résilience et d'absorption des chocs collectifs, plus que la poursuite des profits. Or, seul un changement paradigmatique dans la manière de concevoir les futures chaines de valeur peu permettre de parvenir à cet objectif. C'est là où se joue la communauté de destins entre les deux rives de la Méditerranée.

Dans tous les domaines, l'avenir de l'Europe et de l'Afrique peuvent en effet converger. L'Union souhaite rapidement mettre en œuvre une Economie décarbonée ? Le sud de la Méditerranée dispose de soleil et de vent pour l'alimenter en énergie propre tout en assurant sa sécurité énergétique. Les pays du sud veulent améliorer l'employabilité des jeunes diplômés et enrayer la fuite des cerveaux ? Un contrat "talents contre investissements" peut permettre aux deux continents de trouver un point d'équilibre. L'Europe veut réduire sa dépendance aux ressources essentielles venant de Chine ? Dans le secteur du médicament, elle peut co-construire avec l'Afrique du nord un « Airbus du médicament » en s'appuyant sur un tissu industriel pharmaceutique déjà très dynamique mais peu innovant en Afrique du nord. A plus long terme, l'Europe souhaite diversifier les débouchés pour sa haute technologie, ses voitures, et autres produits à forte valeur ajoutée ? Là encore, une partie de l'équation se trouve en priorité dans le bassin de consommateurs de 400 millions d'âmes en Afrique du nord et de l'ouest. Un préalable est cependant requis : permettre aux africains d'accroitre leur pouvoir d'achat, et donc œuvrer à ce que le sud se développe beaucoup plus rapidement. Un certain Henry Ford l'avait déjà compris en son temps, augmentant le salaire de ses ouvriers afin que ces derniers puissent acheter...ses voitures.

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Ne pas céder à la tentation du repli

Pour cela, une forte dose de volontarisme politique de part et d'autre de la Méditerranée sera indispensable, et ce, à trois niveaux. D'abord, ne pas céder à la tentation du repli, que les extrémismes de tout bord auront beau jeu d'attiser durant les mois difficiles qui viennent, surtout dans les pays où des échéances électorales se profilent. En second lieu, il faudra être capable de se projeter sur des temps longs pour faire les investissements d'avenir nécessaires afin que les complémentarités économiques puissent porter leurs fruits. Enfin, il est impératif aligner les intérêts des parties sur les questions de stabilité macro-économique et de sécurité humaine, et renforcer à ce titre l'action commune dans des secteurs aussi divers que l'immigration, la Cybersécurité, ou encore l'accès aux financements innovants.

La co-Résilience sera la clé de la future stabilité

Lorsque Atlas revint avec les pommes du Jardin des Hespérides pour les remettre à Hercule, ce dernier usa d'une ruse pour lui rendre le fardeau céleste et lui ravit les pommes avant de poursuivre son chemin. Si l'Europe, située aux confluences de tous les conflits chauds de la planète, veut éviter que le « ciel ne lui tombe sur la tête », il lui faudra, au contraire d'Hercule, accepter de porter sa part du fardeau. La co-résilience sera la clé de la future stabilité de la région.

Abdelmalek Alaoui

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