13 novembre 2015 à Paris, ce futur dont on ne veut pas !

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Philippe Mabille, directeur de la rédaction.
Philippe Mabille, directeur de la rédaction. (Crédits : Marie-Amélie Journel)
#30ansLaTribune - La Tribune fête ses 30 ans. A cette occasion, sa rédaction imagine les 30 événements qui feront l'actualité jusqu'en 2045. L'édito de Philippe Mabille, directeur de la rédaction.

De tous les futurs que la rédaction de "La Tribune" a imaginés pour réaliser ce numéro collector « 2015-2045 » réalisé à l'occasion des trente ans de notre journal, qui aurait pu, même dans ses pires cauchemars, penser à celui montrant une France en état d'urgence après une série d'attentats, un vendredi 13 novembre ?

Personne n'aurait pu croire, au début de cet automne 2015, que notre présent de la fin de l'année aurait pour nom la guerre contre Daech en Syrie et contre le terrorisme en France et en Europe.

Ce présent a un visage, celui des innocentes victimes des attentats qui ont ensanglanté Paris, une nuit d'été indien. Il a une réalité, celle d'un pays placé en état d'urgence, forcé de sacrifier une part de sa liberté pour assurer la sécurité de tous et une espérance, celle d'un pays fort et uni, qui sait surmonter sa peur. Pour se redresser. Et vivre. Libre comme avant.

Pourtant, la guerre dans le futur, nous l'avons prise en compte dans nos trente scénarios, mais loin, très loin, quelque part en mer de Chine, théâtre d'un affrontement technologique, à coup de laser et de drones de combat robotisés. Loin, bien loin de la bande de jeunes Français radicalisés de vingt ans qui se sont fait sauter avec des ceintures d'explosifs artisanales au cœur de Paris et ont massacré d'autres jeunes Français de 20 ans qui ne voulaient que s'amuser un vendredi soir ! Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond dans notre présent et que nous devons à tout prix résoudre si nous voulons que notre pays ait un futur.

La plongée que nous vous proposons, dans les pages qui suivent, dessine un avenir plein de promesses. La technologie y occupe une place centrale, parce que nous croyons au progrès. Mais ce qui frappe le plus, c'est l'interrogation sur la place de l'Homme dans les changements accélérés à l'oeuvre. Qu'il s'agisse du monde du travail (« Ci-git le dernier CDI »), de la société de consommation (« Alibaba s'installe au coeur de Versailles »), de l'amour (« J'ai épousé mon robot ») ou de la mort (« Naissance du premier bébé immortel »), nous avons voulu prolonger, jusqu'à l'extrême, les tendances à l'oeuvre aujourd'hui. Pour choquer, pour provoquer, pour faire sourire et pour vous faire réagir.

Pousser le futur dans ses derniers retranchements

Evidemment, le trait est souvent insolent, parfois brutal, poussant le futur dans ses derniers retranchements. C'est, évidemment, tout l'intérêt et tout le sens de cet exercice de style. Nous avons démantelé Google, devenu trop puissant, jusqu'à faire de l'ombre aux Etats. Nous avons fait de AirBnB le seul propriétaire du quartier du Marais. Nous avons instauré la taxe Piketty sur le capital pour faire réfléchir sur le creusement des inégalités.

Et puis nous avons voulu inventer des futurs désirables. Malgré l'échec probable de la COP21 de Paris qui fait de celle de Pékin en 2045 le dernier espoir du climat, tout ne tourne pas mal demain. Mais le monde change : la Chine abandonne le parti unique et fait un grand bond en avant démocratique ; des villes autonomes en énergies renouvelables permettent de rendre la planète plus propre ; on ne meurt plus du cancer, même si hélas de nouvelles maladies apparaissent ; le quartier de La Défense devient un immense champ agricole, ainsi que la Laponie ; l'homme part à la conquête de Mars, prouesse technologique, même s'il ne sait pas très bien qu'en faire...

Ce que nous avons fait, pour fêter nos 30 ans et espérer vous convaincre, lecteurs et lectrices de La Tribune, de continuer pour les 30 prochaines années de partager notre projet éditorial, devenu principalement numérique, d'autres, bien plus illustres que nous l'ont déjà tenté.

Dans un petit opuscule publié en février 1889 dans la revue The Forum, « La Journée d'un journaliste américain en 2889 », Jules Verne (en fait plus probablement son fils Michel) raconte la vie au XXIXe siècle de notre ère... Dans ce chef-d'oeuvre de prospective, il imagine quelques innovations qui nous paraîtront aujourd'hui banales : un « Telephote » qui permet de communiquer par « phototélégrammes » ; chaque matin, au lieu d'être imprimé, le East Herald est parlé et le directeur du journal, Francis Benett amasse les millions... Des tubes pneumatiques permettent de se transporter à 1.500 km/h au travers des océans (on pense à l'hyperloop Elon Musk)... Des publicités sont « projetées dans les nuages ». Il y a des villes de 10 millions d'habitants et l'espérance de vie a doublé.

Dans cette « uchronie julesvernienne », l'homme a appris à dompter et à stocker l'énergie ; il a conquis Mars, Mercure et Vénus. La guerre est devenue impossible avec des moyens modernes aussi terribles que des « obus asphyxiants que l'on envoie à des distances de 100 kilomètres », des « étincelles électriques longues de vingt lieues, qui peuvent anéantir d'un seul coup tout un corps d'armée » et des « projectiles que l'on charge avec les microbes de la peste, du choléra et de la fièvre jaune ».

Quand on voit ce que Jules Verne a imaginé il y a 125 ans, on se dit finalement, en finissant notre ouvrage, que nous avons été bien sages... Bonne découverte !

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