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François Hollande, un "mai 1981 à l'envers"

Philippe Mabille, directeur adjoint de la rédaction

Publié le 14 novembre 2012 à 09:40

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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La conférence de presse du Président Hollande du 13 novembre 2012 restera dans les mémoires comme celle d'un chef d'État qui "assume" désormais devant les Français la dure réalité de la crise économique et sociale que traverse le pays. "Il n'y a ni tournant, ni je ne sais quel virage", s'est-il défendu devant les 400 journalistes présents pour ce premier exercice semestriel du quinquennat. Mais le "constat implacable" d'une France affaiblie par la dette, le chômage, une croissance à l'arrêt depuis deux ans et une perte de compétitivité. "Une alternance change le pouvoir, elle ne change pas la réalité", voilà ce que le candidat du "changement, c'est maintenant" est venu expliquer aux Français qui peinent à trouver une cohérence à son action, après son va-et-vient sur la TVA sociale.

Tous ceux qui avaient voté pour François Hollande en pensant qu'il allait ré-enchanter le rêve français, relancer les salaires, les embauches de fonctionnaires et les dépenses publiques seront probablement déçus en ce jour où la France, comme toute l'Europe, va connaître de nouvelles manifestations contre l'austérité. Tous ceux qui l'ont fait en espérant qu'un social-libéral lucide et apaisé sortirait des urnes le 6 mai seront satisfaits d'entendre enfin parler le langage de la vérité. "La seule question qui vaille n'est pas l'état de l'opinion aujourd'hui, mais l'état de la France dans cinq ans". En quelques mots simples, François Hollande l'a dit. Ce seront les "résultats" qui permettront de juger son action. Qu'on le laisse donc libre du choix des moyens et du chemin pour y parvenir. C'est, comme il l'a indiqué, sa responsabilité.

Si, pour Francois Hollande, ce n'est pas un tournant, pour les Français, c'est le tournis. Dans le premier temps du quinquennat, entre la retraite à 60 ans et quelques cadeaux de campagne, les Français ont pu croire un instant au père Noël Hollande. Le collectif budgétaire de juillet, suite à un audit de la Cour des comptes alarmiste sur les finances publiques, et surtout le projet de loi de finances 2013, ont sonné le glas des rêves. Le "pacte de compétitivité et de croissance" décidé le lendemain même de la présentation du rapport Gallois a enterré les recettes de la "vieille" gauche. Hollande s'est révélé pour ce qu'il est profondément : un social-démocrate européen qui, s'il n'hésite pas à taxer les plus riches, se situe clairement à la droite du PS en matière de politique économique et sociale. Il l'a clairement exprimé en rappelant qu'il y avait deux "conceptions dans le socialisme", l'une plus productive qu'il a appelé "socialisme de l'offre" et l'autre plus redistributive, le "socialisme de la demande". En d'autres termes, Hollande assume enfin... le hollandisme : un socialisme de la production qui cherche à protéger la demande. Faut-il pour autant en faire un libéral ou dire qu'il mène une politique de droite ? Le raccourci que n'a pas hésité à faire le Front de Gauche est à l'évidence excessif et caricatural.

Si l'on devait résumer par une formule le sens de la "révolution copernicienne" dont Hollande a fait l'apologie, on parlerait plus volontiers d'un "mai 1981 à l'envers". Francois Hollande connaît bien cette période pour y avoir usé ses fonds de culottes de jeune fonctionnaire aux côtés de Jacques Attali, alors conseiller spécial de François Mitterrand. La Gauche avait choisi le cap de la relance solitaire, pour sortir de la crise du deuxième choc pétrolier. Deux ans et quelques dévaluations plus tard, c'est une France exsangue qui se vit imposer le tournant de la rigueur, avec Jacques Delors, dont Hollande se dit un des héritiers, au ministère des finances. Il faut se souvenir qu'en 1983, la France ne pouvait plus emprunter...

La situation trouvée par Francois Hollande lors de son élection ne lui laissait guère de choix. La dévaluation étant une voie exclue par l'euro, le tournant de la rigueur et de la compétitivité que le Président a assumé hier s'est imposé de lui-même. Les exégètes du programme présidentiel reconnaîtront même qu'il figurait noir sur blanc dans le livre du candidat ("Changer de destin", Robert Laffont)... Celui-ci annonçait la couleur. D'abord, le "redressement national", des comptes publics et des comptes extérieurs, puis, dans un deuxième temps du quinquennat, la redistribution des fruits de la croissance. Pierre Moscovici a théorisé ce changement de priorité politique en parlant récemment de politique de "désendettement compétitif", par analogie avec la "désinflation compétitive" menée par Pierre Bérégovoy dans les années 80. L'objectif de ce désendettement compétitif est clair : donner les meilleures conditions de financement possible à l'investissement des entreprises, mais aussi des ménages, en préservant le bas niveau des taux d'intérêt.

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Si ce mai 1981 à l'envers n'est pas une surprise pour Hollande, il l'est pour une grande partie des Français qui n'avaient sans doute pas pris la mesure de la gravité de la crise, ni que les réponses seraient à ce point différentes de ce qu'ils attendaient. En cela, le Président de la République a été ce mardi dans son rôle, celui d'un passeur. "Nous vivons bien plus qu'une crise, nous vivons un changement du monde" a-t-il lancé. La même phrase mot pour mot avait été prononcée par son prédécesseur pendant la campagne présidentielle !

Cette situation oblige à agir "sans perdre de temps, car nous ne l'avons plus", affirme François Hollande. Même si elle est encore créditée de taux d'intérêt historiquement bas (2,10% à dix ans), la France reste dans le collimateur des marchés financiers qui n'attendent qu'une occasion pour mettre le pays sous pression. On attend d'ailleurs avec fébrilité à Bercy le verdict des agences de notation. Après les récentes prévisions économiques du FMI et de la commission européenne, le maintien du Triple A encore accordé par deux des grandes agences sur trois est en jeu. C'est la raison pour laquelle la France reste engagée dans une course de vitesse pour conforter sa crédibilité et aussi la cause de l'énervement de l'Allemagne qui ne veut pas se retrouver comme le dernier pays Triple A d'Europe et donc la seule à pouvoir garantir la solidité du mécanisme européen de stabilité (MES).

Virage ou continuité, la politique menée par la France ne diffère en rien de celle menée dans tous les pays frappés par la crise. En Grèce, en Italie, en Espagne ou au Portugal, les gouvernements élus mènent tous une politique de désendettement à marche forcée au risque de l'explosion sociale. Pour la France, cela signifie un effort de baisse de la dépense publique sans précèdent de 60 milliards d'euros y compris les 10 milliards destinés au financement de l'allégement de charges sociales. Et là encore, François Hollande a assumé ses choix. Dans l'Etat, la protection sociale et les collectivités locales, "il y a toujours des économies à chercher et à trouver" a soutenu le Président, sans toutefois se montrer très précis dans le détail quant à savoir où se feront les économies. Mais le discours est volontariste et assez inattendu pour un Président de gauche : rappelant que les dépenses publiques léguées par la droite étaient au niveau record de 57% du PIB, contre 52% il y a cinq ans, il a pris les Français à témoin. "Est-ce que l'on vit mieux et est-ce que l'Etat est plus efficace ? Non !"

"Derrière le mot compétitivité, il y a tout simplement l'emploi". Là encore, François Hollande a assumé ses choix. L'exercice de pédagogie a donc consisté à transformer la hausse de la TVA annoncée pour financer la baisse des charges en une "restructuration" de cet impôt, modulé à la hausse pour le taux normal et à la baisse pour le taux réduit. Et d'affirmer qu'à 10% le taux dit intermédiaire sera désormais stable et au même niveau pour la restauration que chez la plupart de nos voisins. La TVA "socialiste" de 2014 est donc plus "juste" que la TVA sociale de Nicolas Sarkozy qui ne touchait qu'au taux normal avec application dés cet automne, ce qui, selon l'exécutif, aurait été un choc négatif majeur pour l'économie. CQFD. De même, le "pacte" de compétitivité n'est selon Hollande, pas un cadeau aux entreprises, mais un "levier" dans le cadre d'un "donnant-donnant". Un pacte de confiance qui doit aller avec une accélération de la négociation en cours sur le marché du travail, qu'il considère comme la réforme la plus importante. Mais on attend encore la deuxième partie de l'équation. Le président a donc mis la pression sur les partenaires sociaux et en particulier le patronat dont les syndicats attendent cette semaine la proposition concrète pour sécuriser les salariés. Et là encore, François Hollande assume son virage. Fidèle au devoir d'inventaire à l'égard du Mitterrandisme, il affirme que si tout a été dit, "tout n'a pas été tenté" contre le chômage, qui reste sa principale ligne d'horizon. Il a réitéré son objectif d'une inflexion de la courbe, fin 2013, mais d'ici là, il faut s'attendre à une poursuite de la hausse du nombre de chômeurs pendant un an.

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L'opération séduction de François Hollande auprès des médias, qui ne le ménagent pas, et de l'opinion, intervient à un moment où sa chute de popularité semble se stabiliser, autour de 40 à 41% d'opinions favorables. Mais le président de la République est attendu au tournant. Sur les dépenses publiques, il ne suffit pas de dire que l'on va les baisser, il faut dire lesquelles. Sur le marché du travail, si la négociation n'aboutit pas, il faudra bien que le gouvernement assume sa responsabilité en proposant une réforme qui est sans aucun doute la plus explosive socialement de toutes celles qui lui reste à faire. Enfin, si « mai 81 à l'envers » il y a, les Français attendent désormais le président sur des résultats. Pour eux, le vrai tournant, par effet de miroir inversé avec l'expérience Mitterrand, sera celui du partage des fruits de la croissance retrouvée, promis pour la seconde partie du quinquennat. Mais de croissance, hélas, il n'y en aura guère, et même si une reprise est espérée à partir de la fin de l'année prochaine, elle sera très modeste. A moins de décaler d'un ou deux ans la perspective du retour à l'équilibre des finances publiques, de 2017 à 2019, Hollande ne peut pour l'instant pas compter sur une "cagnotte" à redistribuer.

Philippe Mabille, directeur adjoint de la rédaction

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