La finance n'est plus son ennemie ! (bis)

Et soudain, devant les banquiers de la place, Pierre Moscovici sonna le glas de la taxe Tobin... Mais face à la bronca des partisans de la TTF, le ministre a fait un petit pas en arrière vendredi soir...

5 mn

Copyright Reuters
Copyright Reuters (Crédits : A.Caen)

Et soudain, Pierre Moscovici sonna le glas de la taxe Tobin. La scène se passe au Bois de Boulogne, au très chic Pavillon d'Armenonville, un ancien pavillon de chasse devenu au Second Empire l'un des haut lieu des fêtes de la bourgeoisie parisienne. Au terme d'un long et assez laborieux discours destiné à convaincre la communauté financière de renoncer au « French Bashing », sa nouvelle expression fétiche, et la convaincre que la politique économique du gouvernement ne fait pas de zig-zag (comme l'en a accusé Pierre-André de Chalendar, le patron de Saint Gobain, samedi dernier aux Rencontres Economiques d'Aix-en-Provence), le ministre des finances lance une petite bombe... La proposition de taxe sur les transactions financières avancée par la commission européenne est « excessive ». Il faut « être pragmatique et réaliste », ose donc avancer Moscovici, promettant aux banquiers ravis d'agir pour « améliorer » le projet de Bruxelles, « afin de mettre en ?uvre une taxe qui ne nuise pas au financement de l'économie »...
Applaudissement nourris dans la salle, soulagée. Cela faisait plusieurs mois que l'Association Paris Europlace, puissance invitante du déjeuner d'Armenonville ce jeudi 11 juillet, dénonce un projet aux « risques dévastateurs » pour la place de Paris, selon Gérard Mestrallet. Ou enfin ce qu'il en reste après vingt ans d'errements stratégiques et politiques des gouvernements de droite comme de gauche...
L'amusant, avec cette déclaration de Moscovici, c'est qu'elle prend l'exact contrepied avec l'affirmation faite par François Hollande pendant sa campagne, et répétée pas plus tard qu'un certain 14 juillet 2012 : « Madame Merkel et moi-même, nous avons convenu d'instaurer une taxe sur les transactions financières d'ici la fin de l'année »... Nouveau couac ? En affirmant ainsi son absence de solidarité avec la ligne élyséenne, Pierre Moscovici va-t-il connaître le sort funeste de Delphine Batho ? Non. Si le ministre des finances a pris le risque d'une telle annonce, certes avec prudence (la taxe sur les transaction financière n'est pas officiellement abandonnée), on ne peut pas imaginer qu'il n'ait pas assuré ses arrières auprès du président. S'il cède ainsi au lobbying de la finance, hier vilipendée comme l'ennemi sans visage qui peut faire échouer la gauche par le candidat à la présidence de la République François Hollande, c'est donc qu'il a de bonnes raisons...
C'est un fait, le projet de la commission européenne d'instituer une taxe de 0,1% sur les transactions sur actions et obligations et de 0,01% sur les produits dérivés ne fait pas l'unanimité en Europe. David Cameron et toute la City de Londres en a fait un cassus belli et un des motifs qui pourrait conduire le Royaume-Uni à quitter l'Union européenne. Or, dans un monde aussi concurrentiel que la finance de marché, une taxe sur les transactions financières ne peut être efficace que si elle est adoptée en même temps dans tous les pays. La mettre en place de façon unilatérale dans seulement les onze pays d'Europe continentale qui s'y sont, pour l'instant engagés, est donc une forme de suicide collectif assuré pour l'industrie financière. Elle serait « destructrice de richesse », comme l'a écrit dans une note récente la banque Goldman Sachs. James Tobin lui-même reconnaissait que son projet de taxe, qui ne concernait à l'époque que le marché des changes, n'avait de sens que si elle était imposée dans tous les pays. Pierre Moscovici a donc raison de mettre le pied sur le frein, quitte à susciter la colère des partisans acharnés de la taxe Tobin, notamment l'association Attac.
Il ne reste plus à François Hollande qu'à dire dimanche lors de son interview télévisée du 14 juillet que la finance, qui permet à la France de placer les 200 milliards d'euros de dette émis chaque année par le Trésor, n'est plus l'ennemi à abattre, et le débat politique français aura peut-être un peu progressé dans un sens moins démagogique.
Bien au contraire, Pierre Moscovici s'est attaché hier à démontrer à quel point la finance était utile et indispensable au financement de l'économie. Il a même appelé les banquiers de la place de Paris à passer à la caisse pour participer à la création d'un actionnariat stable pour la bourse Euronext, que l'Amérique s'apprête à nous revendre après en avoir pris le contrôle au nez et à la barbe des mêmes banquiers.
Pour finir sur la taxe sur les transactions financières, rappelons pour le plaisir ce qu'en avait dit l'ancien ministre des finances et directeur général du FMI Dominique Strauss-Kahn, lors de sa récente audition devant le Sénat : « une vaste illusion qui ne va nulle part à la grande satisfaction de ceux craignent que l'on s'attaque aux vrais problème ». DSK avait ajouté, dans une forme de Hollande-bashing qu'« incriminer la finance dans le désastre économique que nous vivons en Europe en général et en particulier dans notre pays a pour moi à peu près la même pertinence qu'incriminer l'industrie automobile quand on parle des morts sur la route ». En d'autres termes, ce n'est pas l'arme qui tue, mais celui qui en fait mauvais usage...

NOTA BENE

Dans un communiqué alambiqué vendredi soir, le ministère de l'Economie et des Finances, visiblement embêté par la bronca des partisans de la taxe Tobin, a fait une mise au point pour "préciser" les propos du ministre :

Selon Bercy, donc, "Pierre Moscovici a réaffirmé la volonté ferme de la France que soit mise en place en Europe une taxe sur les transactions financières. Il a indiqué très clairement que c?était un projet qui devait être porté jusqu?à son terme. Il a également indiqué que pour y parvenir il fallait lever certains obstacles qui tiennent notamment à des difficultés techniques dans la proposition de la Commission européenne. Les réserves de la France sur ces points sont connues et ont été exprimées depuis longtemps auprès de la Commission notamment. Le commissaire Semeta a d'ailleurs reconnu récemment, lors d'un débat au Parlement européen, que certains points de la proposition devraient être modifiés. Ce que la France souhaite, comme Pierre Moscovici l?a rappelé, c?est que l?on puisse véritablement voir la concrétisation d'une TTF se mettre en place dans les 11 Etats de la coopération renforcée et au-delà - une telle taxe étant d?autant plus efficace qu?elle s?applique largement. Il faut prendre garde à ce que nous ne parvenions pas jusqu?au bout de notre démarche, faute de régler les difficultés identifiées..."I

5 mn

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaires 29
à écrit le 13/07/2013 à 17:09
Signaler
Ca fait belle lurette que la finance ne finance plus l'économie réelle et que le maintien de taux d'intérêts très bas ne fait qu'alimenter la spéculation et l'émergence de bulles qui finissent toujours par éclater et laisser de (nouveaux) pauvres hèr...

à écrit le 12/07/2013 à 17:33
Signaler
Trop d'électeurs font l'amalgame entre besoin de réguler et intérêt de taxer, les politiques s'engouffrent dans ce malentendu, mais au final, ces mêmes électeurs payeront l'addition. Tout de même désolant de constater que ne soit pas unanimement comp...

à écrit le 12/07/2013 à 17:04
Signaler
Bonjour, Bof,qu?il s?agisse de la gauche caviar et démagogue ou de la droite oligarque et despotique ce sont tous des ultra libéraux qui défendent leurs propres intérêts et ceux de leurs amis,la finance et le dumping social. Ils sont incapables ou ...

à écrit le 12/07/2013 à 14:43
Signaler
"Bien au contraire, Pierre Moscovici s'est attaché hier à démontrer à quel point la finance était utile et indispensable au financement de l'économie." : ben voilà, une fois de plus, les politiques baissent leur froc devant la Finance ! On a la preuv...

le 12/07/2013 à 16:17
Signaler
vous n'avez jamais eu besoin d'emprunter ou placer de l'argent, ne serait-ce qu'à la caisse d'épargne, pour détester à ce point la finance ?

à écrit le 12/07/2013 à 11:43
Signaler
"Or, dans un monde aussi concurrentiel que la finance de marché, une taxe sur les transactions financières ne peut être efficace que si elle est adoptée en même temps dans tous les pays. La mettre en place de façon unilatérale dans seulement les onze...

à écrit le 12/07/2013 à 10:58
Signaler
UNE NOUVELLE INEPTIE : LA TAXE TOBIN ! « Le montant annuel des transactions financières dans le monde représente 60 fois la richesse mondiale. Cela montre bien que l?essentiel des richesses aujourd?hui sont des richesses financières, réparties de ma...

à écrit le 12/07/2013 à 10:43
Signaler
Le niveau intellectuel des remarques de notre actuel président se situe au même niveau, si on disait que l'eau est l'ennemie principal de l'humanité, l'eau non-potable porteur de la choléra qui est sur cette planète la 1ere cause des décès des enfant...

le 12/07/2013 à 12:49
Signaler
j'aime bcp ce type de commentaires qui postulent que les gens qui ne sont pas d'accord sont des abrutis. On est toujours l'extrême d'un autre, parait-il. Quand à la finance, les arguments techniques sur la soi-disant contre-productivité d'encadremen...

le 12/07/2013 à 14:36
Signaler
Exprimez vous plus clairement: Vous n'aimez -pas- les commentaires qui insultent des gens. Je partage votre avis. Par contre, il est difficile d'accepter des gens qui prennent des positions extrêmes, populaires ou absurdes sur des sujets complexes.Mr...

le 12/07/2013 à 15:48
Signaler
la pirouette de DSK, si on parle bien de la même, sur l'industrie auto était très démagogue et très peu défendable. Contrairement à l'industrie auto, l'industrie bancaire, ou plutôt financière, régit toutes les autres, parce que son objet est l'outil...

le 12/07/2013 à 16:45
Signaler
Vous relativisez. Donc, nous avanceons. La finance n'est pas malhonnête. Ce sont les hommes si vous le voulez ainsi. Le microcrédit ,les banques écolo, la banque PSA, Fannie mac, les banques de dépôts, les banques centrales, le FMI, les bourses, les ...

le 12/07/2013 à 17:21
Signaler
Je ne relativise pas, c'est vous qui avez commencé à balancer sur Hollande -pour lequel vous avez d'ailleurs voté, parce qu'il est malhonnête... passons-. Cet homme est un pantin qui est la copie conforme de sarko, sauf qu'il tape encore plus sur les...

à écrit le 12/07/2013 à 9:34
Signaler
HOLLANDE N'EST PLUS CREDIBLE DU TOUT, SUR RIEN? AVEC çA IL TRANSFORME LE PAYS EN UNE FABRIQUE A COLLECTER L'IMPÔT TOUT AZIMUT, çA VA PAS ARRANGER LA FRANCE PUISQUE PLUS PERSONNE N'A PLUS CONFIANCE NI DANS LES DECIDEURS OU RESPONSABLES POLITIQUES OU M...

à écrit le 12/07/2013 à 8:40
Signaler
La finance, la réserve parlementaire, tous les jours nous sommes volés dépouillés par quelques-uns qui se sont accaparés toutes les richesses qu'ils ne produisent pas. Il n'y a plus de chef d'état puisqu'il n'y a plus d'état et de plus la déflation n...

le 12/07/2013 à 9:33
Signaler
+1

à écrit le 12/07/2013 à 0:33
Signaler
Destructeur de richesse!! On croit rêver la finance crée de la fausse monnaie. c'est une gigantesque chaine de Ponzi. Les riches français se sont enrichis de 25% en un an. Est-ce que la production de biens de consommation français/européenne/mondiale...

le 12/07/2013 à 9:05
Signaler
Croire à un retour en arrière du chômage en Europe et particulièrement en France est simplement utopique. Non le système devra changer pour par exemple créer une croissance sur d'autres horizons (une étude très sérieuse démontre les répercussions po...

le 12/07/2013 à 14:13
Signaler
Alternatives économiques n'est pas l'alpha et l'oméga de la pensée économique. De plus très ou trop orienté à gauche. Très keynésien, ce journal.

le 12/07/2013 à 16:03
Signaler
ce qui a le mérite de changer un peu du catéchisme habituel hein :)

à écrit le 11/07/2013 à 22:51
Signaler
J'espère qu'il existe encore des journalistes intègres dans ce pays. A ceux-ci je demande de ne plus répondre aux injonctions des nos "représentants" nommés ou élus. Que ceux-ci, lorsqu'ils auront le besoin de cracher un mensonge de plus au visage de...

à écrit le 11/07/2013 à 22:47
Signaler
Une bonne chose de faite, mais qui a pris trop de temps..une partie du mal est faite. Paris et Frankfort jouent en deuxième division. Saluons tout de même le courage de ceux qui savent reconnaitre leurs erreurs. Il reste à mettre fin à cette insuppor...

le 12/07/2013 à 9:10
Signaler
des associations qui ne représentent rien du tout, mais qui sont subventionnées par notre Etat très généreux.

le 12/07/2013 à 9:31
Signaler
il me semble que si François Hollande a été élu c'est en grande partie parce que les Français voyait en lui une alternative face aux excès (le mot est faible) de la finance, non?

le 12/07/2013 à 11:14
Signaler
à Lutèce: c'est vrai que des excès dans la finance ont été manifestes. certaines banques continuent à devoir "purger" leurs bilans de produits bien trop "exotiques". Mais que penser d'états qui empruntent 200 milliards par an, soit près de 10% du PIB...

le 12/07/2013 à 12:56
Signaler
concernant l'endettement des Etats, je suis tombé sur cet extrait récemment qui m'a donné matière à réfléchir. (Notez-bien que je ne suis pas sympathisant du communisme, même si je trouve l'analyse marxiste éclairante sur certains sujets.) La lutte...

le 12/07/2013 à 13:16
Signaler
NB: les ... sont devenus des ?

le 12/07/2013 à 15:23
Signaler
L'histoire est certes très intéressante, mais la situation au XIX, ou la rente avait toute son importance sociale, et les rentiers légions, n'est plus. Qui veut encore acheter des obligations d'état pour gagner moins de 2% une fois les impôts payés, ...

le 12/07/2013 à 16:19
Signaler
vous avez raison, ce n'est plus l'eldorado les obligations d'Etats. Vous conviendrez tout de même que si les rendement sont faibles les banques se sont financées pour 1% à hauteur de 1000 mds sur le marché primaire.. Vous conviendrez aussi que le ta...

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.