Et si Macron lançait un Green Bond pour sauver le Grand Paris Express ?

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(Crédits : SGP)
La finance "verte" sera à l'honneur en début de semaine au Climate Finance Day à Bercy et lors du One Planet Summit organisé par Emmanuel Macron pour relancer la lutte contre le réchauffement climatique deux ans après l'Accord de Paris. Mais derrière les mots, et si la France, qui revendique le leadership sur le marché des Green Bonds, par exemple en s'en servant pour financer le super métro Grand Paris Express, projet écolo s'il en est... Hypothèse folle à l'heure où tous les élus de la région tirent la sonnette d'alarme.

Climate Finance Day au ministère des Finances à Bercy, One Planet Summit à la Seine Musicale à Boulogne... Lundi 11 et mardi 12 décembre, Paris va se peindre à nouveau en vert pour célébrer les deux ans de l'accord de Paris sur le climat. Avec, cette fois, Emmanuel Macron en maître des cérémonies, une centaine de pays signataires et une cinquantaine de chefs d'État et de gouvernement vont redire, une énième fois, que la bataille des 2°C est loin d'être gagnée et qu'il est temps d'accélérer pour répondre à l'urgence, comme l'ont réaffirmé 15 .000 scientifiques à la veille de la COP23, à Bonn.

La séquence de l'année 2017 suffit à lancer l'alerte : alors que Donald Trump a annoncé le 1er juin le retrait des États-Unis de l'accord signé par Barack Obama, les émissions de CO2 repartent à la hausse avec la reprise économique. Autoproclamé leader de la contre-attaque contre les climatosceptiques, le président français a fait un bon coup de communication avec son slogan « Make our planet great again ». Mais derrière les mots, dans un monde où les catastrophes naturelles se multiplient et frappent durement les pays les plus vulnérables, comment passer la vitesse supérieure ?

Frapper la finance au portefeuille

La finance est au carrefour des remèdes. Au-delà même du fonds vert de 100 milliards de dollars promis pour aider la transition des pays émergents, qui n'est toujours pas opérationnel, les regards se tournent vers la finance privée et le gigantesque gisement d'épargne des pays riches : il faut réorienter massivement la finance mondiale vers des investissements « verts » et sortir des portefeuilles les actifs liés au carbone. Ce mouvement que les Anglo-Saxons nomment shifting the trillions [« transférer les milliards », ndlr] est lancé, un peu partout, mais il ne va pas assez vite. Surtout, lorsque des assureurs, des fonds de pension, vendent des actifs liés au charbon, il se trouve toujours d'autres investisseurs prêts à les acheter. Le seul moyen de les en dissuader serait de donner un prix « désincitatif », donc suffisamment élevé, au carbone. On en est loin. Pour changer la finance, il suffit de lui parler au portefeuille, elle comprend tout de suite beaucoup mieux. Le Canadien Mark Carney, gouverneur de la Banque d'Angleterre, et président du Conseil de stabilité financière a prévenu : la perspective de la fin du carbone signifie que les actifs des entreprises qui y sont liées ne vaudront plus rien lorsque la transition sera achevée.

Valérie Pécresse sonne l'alarme !

Parmi les bonnes nouvelles, en particulier pour la place de Paris qui compte bien jouer dans ce domaine un rôle majeur, la finance verte gagne donc peu à peu du terrain. Les émissions de green bonds, les obligations « vertes », devraient dépasser les 120 milliards de dollars en fin d'année. Cette nouvelle classe d'actifs reste cependant un marché de niche réservé à quelques émetteurs désireux de montrer l'exemple. Il faudrait généraliser ce type d'emprunts et les adosser à des projets concrets et visibles pour les citoyens.

De sorte que, s'il est permis de faire une suggestion à Emmanuel Macron, la France pourrait en ce domaine prendre un véritable leadership en lançant un grand emprunt vert pour financer ce qui est sans doute son plus grand projet écologique des prochaines années : le Grand Paris Express, le plus grand métro automatique du monde qui doit d'ici à la fin de la prochaine décennie relier 68 nouvelles gares et presque autant de nouveaux écoquartiers. Un grand projet menacé par les arbitrages budgétaires de Bercy, au point que l'on parle de l'abandon des lignes 17 (Roissy-Charles-de-Gaulle) et 18 (plateau de Saclay) et que la 16 ne doit son possible maintien qu'à sa dimension politique (elle reliera Clichy Montfermeil dont sont parties, entre autres, les émeutes des banlieues parisiennes en 2005). Ce mercredi, lors de la présentation du budget de la Région Ile-de-France, sa présidente Valérie Pécresse a tiré la sonnette d'alarme, faisant part de sa "grande inquiétude" et réclamant que toutes les lignes soient réalisées.

Emmanuel Macron, qui n'a cessé de retarder ses arbitrages sur le Grand Paris, doit garantir la pérennité de ce grand projet de mobilité urbaine, dont l'impact sur la réduction du trafic automobile, donc la pollution, et sur le développement durable de la plus riche région économique d'Europe, sera crucial. Un green bond de la Société du Grand Paris garanti par l'État ? Voilà un projet mobilisateur pour l'épargne des 7 millions d'habitants du Grand Paris, qui donnera sûrement de l'urticaire à Bruxelles et à la direction du Trésor, mais pourrait donner plus de corps aux beaux discours compassés sur le réchauffement du climat.

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Commentaires
a écrit le 10/12/2017 à 20:36 :
les financements y compris verts vont-ils servir à aider les élus à distribuer aux bonnes œuvres quelques subsides comme d'habitude ?
certaines études (coûteuses) à propos de solutions (coûteuses) sont-elles faites pour financer les inutilités de la république ?
a écrit le 07/12/2017 à 17:39 :
Encore une opération spéculative en perspective sur les dos de l’environnement et de l’écologie.
La plupart du temps, ces obligations alimentent des faux projets écologiques.
Comme il fallait s’y attendre, les financiers se sont emparés du système, et ont trouvé le moyen de titriser d’abord les droits à polluer, puis petit a petit tout ce qui touche à l’écologie, et la nature.
Conséquence, au lieu de responsabiliser les acteurs du marché, cette décision n’a fait que stimuler « les mécanismes de transmission de la profitabilité » ; création de produits dérivés, multiplications des intermédiaires… et déresponsabilisation des acteurs politiques ! Paradoxe ultime: les entreprises coupables de pollution, celles qui auraient dû se serrer la ceinture, sont désormais celles qui spéculent et bénéficient financièrement de l’émission de crédits carbone. Une nouvelle preuve de l’impuissance des régulateurs à exiger quoique ce soit des entreprises. Voir l’ouvrage d’Aurélien Bernier, « Le climat otage de la finance ».
a écrit le 07/12/2017 à 15:33 :
Savez-vous seulement que le GPE va doubler la consommation d'électricité du réseau francilien ? Un tel réseau est en décalage total avec les enjeux qui sont devant nous.
a écrit le 07/12/2017 à 13:52 :
Le grand Paris est un non sens imaginé par les énarques qui ne veulent pas quitter Paris de peur d'être oubliés en province. A l'heure du numérique en temps réel, tous les ministères , grandes écoles et administrations devraient être délocalisées en province pour faire de l'aménagement du territoire !
a écrit le 07/12/2017 à 13:50 :
Changer la couleur pour un même résultat n'améliore pas la situation!
a écrit le 07/12/2017 à 13:04 :
Ne-serais-pas plutôt à l’IDF de lancer une obligation verte (plusieurs régions l’ont déjà fait : http://www.euractiv.fr/section/climat/news/les-regions-s-emparent-des-obligations-vertes/).
Concernant le financement du Grand Paris Express, il semble (/wiki/Grand_Paris_Express), qu’un protocole d’accord avait été signé en 2011 entre l’Etat et la région IDF ? et une partie du projet devait être financée par « la mise en place de contrats de développement territorial » c'est quoi ???
Certes le projet est utile et il vient compléter les projets d’amélioration des transports collectifs (https://www.iledefrance.fr/sites/default/files/conference_presse_a4_maq_v4_sr_bd.pdf), mais on ne sait plus qui fait quoi et si c’est le même projet.

On peut aussi se demander si c’est au privé de financer de telles infrastructures, il est vrai que les caisses des l’Etat sont vides et pour la région IDF le transport représente déjà la plus grande part du budget de la région (26 % et cela devrait passer à 35,6 % pour 2017). https://www.iledefrance.fr/fil-presidence/projet-budget-2017-tous-chiffres-cles-infographie-animee
Rappel en ce qui concerne les transports franciliens, sur les 10 Milliards de coûts de fonctionnement annuel les entreprises en payent 72 %, les usagers 28 % avec Navigo.
Les green-bonds sont à la mode, mais à trop les solliciter…
Il y a aussi les PPP, mais j’ai l’impression que ces contrats tournent surtout au profit des opérateurs privés.

Peut être faut il lier les projets transports à d’autres :
Les appels à projets pour la transition écologique en IDF ou on pourrait lier des projets de géothermie profonde SRCAE (http://www.srcae-idf.fr/IMG/pdf/Rapport_BRGM-RP60615FR_cle03f761.pdf) Je ne sais pas si la production d’électricité a été envisagée dans ces projets ? et vérifier qu’il n’y ait pas de problèmes dus à la fracturation.
Les JO de 2024 pourraient tout autant mobiliser les foules et les sponsors.
a écrit le 07/12/2017 à 11:48 :
Il y a une autre solution, qui est de transférer la moitié des habitants de l'Ile France vers la Province
Utopique ? Pas plus que de vouloir d'immenses citées ingérables, polluées, elles le seront toujours, et de plus en plus dangereuses.
Réponse de le 07/12/2017 à 15:37 :
Provincial, je n'ai guère envie de voir affluer des hordes d'Ile de France, qui viendront en pays conquis avec tous leurs problèmes. Nos régions ont déjà elles aussi fort à faire
a écrit le 07/12/2017 à 9:51 :
Je rêve !!! Le plus grand projet de bétonnage des 30 dernières années avec les terres fertiles du plateau de Saclay grignotées pour coller des grandes écoles les unes à coté des autres à l'heure des technologies de l'information ...
a écrit le 07/12/2017 à 8:54 :
Ca fait 10 ans que le projet est lancé......nos elites,sont fortement defaillantes.....quand je dis elites!....tant politiques que économiques.....
On en est a parler de sauver le projet ......
a écrit le 07/12/2017 à 7:43 :
Il n'y a qu'une seule solution, c'est d'appliquer la note n°6 du CAE. Mais qui le comprendra? Que dit cette note?

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