Le Brexit, en marche arrière ?

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(Crédits : Reuters)
Le Brexit, voté il y a tout juste un an par référendum, a marqué le début de la vague populiste qui a aussi conduit Donald Trump à la Maison-Blanche. L'élection d'un europhile à l'Élysée avec Emmanuel Macron donne un coup d'arrêt à ce mouvement. Mais il est encore bien trop tôt pour espérer que le Royaume-Uni fasse marche arrière, même si l'affaiblissement de Theresa May rend la posture de négociation du pays de plus en plus difficile.

Little big Britain ou Great small Britain. La Grande-Bretagne avait l'habitude d'avoir à l'égard de l'Europe un pied dedans, un pied dehors. Avec le vote du Brexit, il y a très exactement un an, ses partisans ont rêvé d'avoir un pied dehors tout en gardant un pied dedans. Las, les douze derniers mois l'ont montré, l'Europe ne se négocie pas à la petite semaine, comme l'a rappelé Emmanuel Macron dans son long entretien au Figaro et à plusieurs journaux européens (dont le Guardian, journal partisan du Remain...). Et pour Theresa May, qui avait cru son heure venue pour devenir la Dame de Fer d'un « hard Brexit », ou Brexit dur, les dernières élections ont apporté un cruel revers. Affaiblie par son absence de majorité dans le « hung parliament » (parlement pendu), sa position a d'autant plus de mal à tenir que les Européens du continent n'ont pas varié d'un iota face aux espoirs des Brexiters. Non, il n'y aura pas d'Europe à la carte. La Grande-Bretagne est désormais un pays isolé, aux portes d'une Europe qu'une petite moitié de Britanniques ne veut pas quitter, mais une moitié insuffisante pour inverser le cours de l'histoire.

Divisé à l'intérieur, même si pour le moment l'Écosse et l'Irlande du Nord n'ont pas envisagé sérieusement de faire sécession, la première pour rester dans l'UE, la seconde pour ne pas décrocher de l'Irlande du Sud si une frontière devait à nouveau traverser l'île, le Royaume-Uni flotte, tel un bateau ivre. Et certains se prennent à rêver à la pièce de Giraudoux '(La guerre de Troie n'aura pas lieu ») : et si le Brexit n'avait pas lieu. L'espoir d'un nouveau référendum, seul moyen d'annuler le résultat du 23 juin 2016 reste toutefois un simple espoir, très improbable.

Certes, le Royaume-Uni n'a pas encore « Brexité » : le gouvernement, avec l'accord du Parlement, a simplement enclenché la procédure de l'article 50 qui ouvre un countdown de deux ans de négociations avant la sortie. Comme le dit Emmanuel Macron, « une porte est ouverte jusqu'au moment où on la franchit. À partir du moment où les choses s'engagent avec un calendrier et un objectif, il est très difficile de revenir en arrière ». Une position dure, pour celui qui pense que « l'Europe n'est pas un supermarché » et qui exclut toute discussion bilatérale entre le Royaume-Uni et tel ou tel pays contraire aux intérêts de l'UE.

Sauf sur un point, crucial il est vrai alors que Donald Trump place l'Europe au pied du mur pour organiser elle-même sa propre sécurité, sur les questions de défense. Sur le terrorisme et le risque de guerres, « c'est le pragmatisme qui régira nos relations », reconnaît le président français.

Le principal argument de ceux qui pensent que le Brexit est réversible, c'est d'ailleurs l'élection d'un europhile en France en la personne d'Emmanuel Macron, comprise à l'étranger comme le premier coup d'arrêt aux populismes. The Economist titrait la semaine dernière sur « Europe's saviour ? », avec un point d'interrogation bien justifié. Emmanuel Macron himself reconnaît qu'il serait « présomptueux de dire dès à présent que la France exerce un nouveau leadership européen ». Ce que l'on peut espérer, c'est un nouvel équilibre entre les deux « M », Macron et Merkel, pour redonner une dynamique au moteur franco-allemand pour construire une relance de l'Europe sur les principes et les valeurs qui l'ont fondé, qui vont à l'encontre des égoïsmes nationaux.
C'est la raison sans doute pour laquelle l'Europe a accueilli fraichement les propositions de Theresa May au sommet européen posant les bases de la négociation du Brexit. En particulier, l'idée de Theresa May d'offrir un « statut particulier » aux 3 millions d'expatriés qui vivent au Royaume-Uni, en particulier à Londres a été vilipendée au motif qu'elle risque d'aggraver la situation des ressortissants européens au Royaume-Uni après le Brexit. Cette offre risque « de réduire les droits » et « notre rôle est de réduire ce risque » a répondu le président du Conseil européen Donald Tusk à la proposition britannique qualifiée « d'équitable et sérieuse » par Theresa May.

La position de la Première ministre britannique est donc de plus en plus intenable. Elle doit présenter lundi des propositions plus précises, mais face à un front commun des 27 et à un Royaume-Uni divisé, elle est en difficulté politique alors qu'il ne s'agit que du début de longues et sans doute très difficiles négociations sur tous les sujets. C'est quand il s'agira de l'avenir de la City de Londres que l'on verra si le Royaume-Uni est capable d'aller au bout ou bien calera en route avant la date fatidique du 30 mars 2019.

Pour l'instant, il n'y a pas de réel impact économique visible du Brexit. Quoique : la chute de la livre sterling, 15% depuis un an, commence à peser sur l'inflation et donc l'inflation au Royaume-Uni, dont la croissance ralentit, quand celle de l'Europe du continent accélère. Pour les Brexiters, trompés par des élites aveugles et des tabloïds gavés de fake news, l'heure de la retraite a, peut-être, sonné !

| DOSSIER : Brexit, un an après le référendum, où en sommes-nous ?

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Commentaires
a écrit le 25/06/2017 à 20:31 :
ils ont toujours pas pigé, les britons qu'on peut pas sortir de cette taule sauf les pieds devant....
c'est junker, le maton chef qui l'a dit .
a écrit le 24/06/2017 à 11:31 :
Pourquoi faudrait-il garder la GB au sein de l'Europe ?
Ils ne jouent pas le jeu, paient une contribution réduite et sabotent systématiquement, et depuis toujours, tous les projets qui visent à faire avancer les choses.
Les bâtisseurs de l'Europe ont travaillé comme des cochons : travailleurs détachés, veto accordé à chaque pays lors des votes, impossibilité de virer un pays qui ne joue pas le jeu, adhésion de nouveaux pays qui ne remplissent pas les critères ...
Il faut réformer ce merdier et ce sera impossible avec la GB au sein de l'UE.
a écrit le 24/06/2017 à 10:49 :
L'UKIP est désintégrée depuis le brexit mais pour vous cela reste encore une vague "populiste". Au secours.

Vous n'avez pas honte c'est bien mais cela ne reste que de la fabrique à opinion et non de l'information, indigne de la qualité régulière de nombreux article de la tribune.
Réponse de le 25/06/2017 à 5:35 :
Personne nevous oblige a lire la Tribune.
Essayez le Monde, c'est plus consensuel.
Réponse de le 25/06/2017 à 15:48 :
@matins calmes: Le Monde est trop consensuel, il préfère l'Humanité :-)
Réponse de le 25/06/2017 à 16:43 :
L'avantage d'un site économique c'est que l'on ne peut pas raconter tout le temps n'importe quoi, le désavantage d'un journal généraliste qui laisse énormément de place à du grand n'importe quoi du coup voyez dans quel état déplorable se trouve le figaro alors qu'il y a de bonnes plumes ils sont cantonnés à servir uniquement les intérêts des possédants quitte à paraitre bien souvent ridicule.
.

Par ailleurs c'est pour rendre service que je critique, quand on aime quelqu'un on lui parle de ce qui ne va pas on ne fait pas semblant que tout va bien qu'il est formidable tout le temps et partout.

Autre chose ?
Réponse de le 26/06/2017 à 8:36 :
padetrikb: bien entendu votre commentaire étant hors sujet, comme à chaque fois, de l'article et de mon commentaire tout en exprimant comme d'habitude vos ressentiments d'un ennui abyssal, je vous signale.

Merci de me confirmer que vos propos sont sans intérêt et que de ne pas vous lire est un réel gain de temps.
a écrit le 24/06/2017 à 10:19 :
L'inénarable Philippe Mabille presque aussi drole que son cousin Bernard, nous pond encore une fois une papier ecrit a l'eau tiède, plein de fantasmes européistes et qui a n'en pas douter fera plaisir a celui qui lui signe sa feuille de paie. Ah si le RU pouvait revenir sur sa décision, ah si le peuple anglais pouvait changer d'avis (même pas), ah si on pouvait se débarraser du peuple... La vie serait tellement plus simple, n'est-ce pas ?
Réponse de le 24/06/2017 à 10:51 :
"Il n'y a pas d'alternative démocratique aux traités européens". Juncker

Les médias ont déjà validé l'autoritarisme comme mode de fonctionnement normal.

Au secours
a écrit le 24/06/2017 à 9:39 :
Négociation ou pas, elle devra sortir! C'est l'UE, cette zone administrative, qui part en marche arrière parce les peuples ne sentent aucune progression!
a écrit le 24/06/2017 à 8:42 :
La £ devait s'effondrer,la bourse de Londres aussi ,le PIB anglais aussi ,le chomage exploser ext.....Force est de constater qu'il n'en est rien ,et c'est bien ça qui met mal à l'aise les europhiles .Il a été estimé que le brexit pourrait couter entre 0.3 et 0.5 % de PIB à la France alors que on a réalisé 1.2 % de croissance en 2016 !!!!!!La France a bien plus à perdre que l'Angleterre qui vend peu à notre pays !Il faudra voir à quels niveaux se situeront les droits de douanes entre les anglais et l'Europe ,car il est de l'interet bien compris des deux parties prenantes qu'ils soient le plus bas possible, mais chut....faudra pas le dire ,il faut tout faire pour presenter aux opinions publiques européennes l'echec du brexit pour pas donner d'arguments aux europhobes qui ne cessent d'augmenter en Europe .Gageons que May de son coté ferra propagande pour montrer que le brexit est un succés .Si on se rappelle bien la cause unique et essentielle du brexit ,celle çi est majoritaire dans les pays d'Europe .En effet seul le point sur la libre circulation des européens dans les accords de Shengen était en cause .Sans cela les anglais serraient encore dans l'Europe !Chiche qu'en France on fasse un referendum là dessus rien que pour voir la tete des europhiles français ...........
Réponse de le 24/06/2017 à 10:29 :
Le problème est que le Brexit n'est toujours pas rentré en vigueur. Attendez quand les agriculteurs anglais ne recevront plus leurs subventions européennes, quand les produits finis seront taxés quand ils voudront les vendre eu europe, quand les banques et instituts financiers ne pourront plus beneficier des avantages de libre circulation des capitaux dans la zone euro etcc....Là, vous verrez les premiers effets du Brexit.
Réponse de le 24/06/2017 à 13:42 :
Pour l' instant, le pouvoir d'achat des britanniques a baissé, le reste (croissance et autres indices pmi) n'est que de la littérature.
a écrit le 23/06/2017 à 22:35 :
Cet article est affligeant de mauvaise foi. Pourquoi faut-t-il toujours que les européistes, journalistes compris, souhaitent que le Royaume-Uni revienne sur sa décision. On croirait revivre le référendum français de 2005 sur la constitution européenne. Les Britanniques se sont prononcés pour une sortie, le vote a eu lieu et doit être respecté. N'en déplaise aux élites européennes, la démocratie c'est respecter les votes des peuples, point barre.
Réponse de le 24/06/2017 à 4:49 :
La democratie dans votre Europe n'est qu'un mot vide de sens.
Le leitmotiev est l'argent.
Ne vous illusionnez pas.
Le bismuth vous a donne l'exemple.
a écrit le 23/06/2017 à 22:06 :
le ru fera... ce qui est bon pour lui!
may l'a clairement dit... si l'accord n'est pas bon y aura pas de sortie, et ca tombe bien, c'est plutot tres mal engage!
comme par hasard le vote recent n'a pas donne le resultat ' escompte'! ha ben merdeles experts sont ultra surpris!
quelle surprise si le ru, voyant que c'est pas bon, decide apres avoir declenche l'article de demande de sortie ne demande pas a sortir!
y a qu'un continental pour etre aveugle sur ce qui se trame en arriere boutique
a écrit le 23/06/2017 à 21:44 :
Macron fait le job , Barnier est solide , Le Drian est retors donc aucune raison de ne pas y croire .
a écrit le 23/06/2017 à 20:24 :
Pour moi, il suffit d'avancer dans les négociations avec les britanniques, sans rien lâcher ! Parallèlement, il convient de rappeler que , une fois les conditions du Brexit connues, les citoyens britanniques seraient en droit de demander à revoter... la porte leur reste ouverte : pas les conditions !!!
Réponse de le 24/06/2017 à 10:49 :
Bien sur qu'on lachera comme eux le ferront, mais vous n'en serrez rien du tout ;La seule chose qui compte dans ces negociations ce sont les droits de douanes car il faut pas oublier que beaucoup de produits européens surtout français rentrent en Angleterre,et que ces produits là ,l'Angleterre peut aller les chercher ailleurs.D'ailleurs on apprend que la diplomatie anglaise fait feux de tout bois pour multiplier les echanges économies tout azimuts avec les USA ,la Russie ,l'Asie ext ........Il ne faut pas croire que en matiere de vin par exp seule l'Europe existe et si on vend pas les autres sont pas privés mais nous on a nos produits sur les bras !Le brexit couterait 0.3/0.5 % de PIB à la France et qu'en on voit le niveau de notre croissance ça risque de nous faire trés mal ,c'est la raison pour laquelle ,en façade ,on veut etre strict et intransigeant ,mais qu'en réalité ,les droits de douane seront le plus bas possible sans l'ébruiter bien sur .Les anglais auront ce qu'ils voulaient ,'''''pas de libre circulations des européens chez eux '''''!Quand à nous ,les futures vagues d'européens de l'est seront notre nouveau fardeaux .....
a écrit le 23/06/2017 à 20:23 :
L'Ecosse dans la zone euro ?!
a écrit le 23/06/2017 à 19:52 :
"Et si le Brexit n'avait pas lieu? " Amusant car je viens de réagir à un autre article de La Tribune. un "No Brexit" est l'hypothèse qui est exposé dans le lien que j'ai partagé (et que je partage à nouveau). Evidemment, il s'agit d'une hypothèse à un moment "T" mais les arguments sont pertinents. ça ne m'étonnerait pas de la voir se réaliser: https://www.europa-blog.eu/brexit-deviendra-t-il-effectif/
a écrit le 23/06/2017 à 19:45 :
Il faut reconsidérer depuis le début la soumission française à Bruxelles cad à l' Union européenne made in Usa ..

Faire une lecture ou relecture de l' étonnant "qui gouverne la France et l' Europe" du formidable pédagogue qu' est Asselineau demeure un préalable et exprime bien la soumission de cette partie de l' Union protectorat des intérêts atlantistes.
Notamment "comment la France a transféré la majeure partie de ses pouvoirs aux responsables européens et aux lobbies ? Comment une poignée de groupes contrôle les médias ?"

https://www.upr.fr/conferences/qui-gouverne-la-france
a écrit le 23/06/2017 à 19:38 :
Ah qu' est-ce qu' il est embêtant le Ru avec son Brexit, et si les autres venaient à s' échapper de la prison européenne parce qu' il a donné l' exemple....?

Ce n'est pas Barnier qui me contredira car avec son petit salaire à 23 500, il vaut mieux travailler pour Bruxelles que pour la France!

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