Le moment Barnier
Bruno Jeudy

Bruno Jeudy, directeur délégué de la rédaction
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Bruno Jeudy

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Un ange passe. En ce dimanche de Saint-Michel, il est difficile de ne pas songer à Michel Barnier, guère à la fête depuis sa nomination. En e et, la laborieuse formation du gouvernement a constitué une première épreuve qu'ont illustrée la polémique sur le choix de ministres estampillés « Manif pour tous » et la nomination avec retard d'une ministre chargée des Personnes en situation de handicap. Sans parler du recadrage musclé d'Antoine Armand après la controverse déclenchée avec le RN.
À peine ces difficultés surmontées, le nouveau locataire de Matignon voit déjà le spectre d'une motion de censure agitée par la gauche, qui lui fait un récurrent procès en illégitimité démocratique et en conservatisme. Il n'est pas épargné davantage par ceux qui sont censés le soutenir, en particulier Gabriel Attal, qui trace de manière comminatoire des lignes à ne pas franchir en matière de politiques fiscale et sociétale. Mais la principale menace réside dans la bienveillante ou plutôt suspecte neutralité de Marine Le Pen qui, tel un arbitre récemment promu, caresse avec gourmandise les cartons jaunes et rouges qu'elle pourrait brandir à tout moment.
L'actualité ne lui facilite pas non plus la tâche avec la disparition tragique de la jeune Philippine, victime d'un meurtre dont le suspect est un Marocain, récidiviste et sous le coup d'une obligation de quitter le territoire français. Les errements et les couacs du système judiciaire ont commencé à générer des tensions entre le ministre de l'Intérieur et le garde des Sceaux. Se profile aussi une levée de fourches dans le monde agricole, où viticulteurs, céréaliers et éleveurs sont confrontés à une crise aiguë. De quoi renforcer les inquiétudes et exacerber les colères avant la rentrée parlementaire.
Mardi, le discours de politique générale du Premier ministre est très attendu. Un 1er octobre chargé de symboles : c'est ce même jour de 1791 qu'eut lieu la première réunion de l'Assemblée nationale législative. Au regard de la gravité de la situation financière du pays et de la fragilité de sa position, Michel Barnier joue gros. Son demi-siècle d'expérience politique, son pragmatisme et son sens de la mesure ne seront pas de trop pour faire entendre un langage de vérité.
Attaqué par les extrêmes, par la gauche et même par le centre, ce Michel-là aura bien besoin d'une armure et d'une épée pour terrasser les dragons du scepticisme et de la contestation. À défaut de pouvoir compter sur le soutien d'une majorité de députés, il devra trouver dans l'opinion une adhésion à une politique fondée sur la « fermeté » et la « rigueur », quoi qu'il en coûte en critiques ! Les sombres perspectives et l'annonce douloureuse de contributions « extraordinaires et temporaires » pour enrayer les déficits semblent ranger Michel Barnier dans la catégorie des héros maudits comme Sisyphe ou Cassandre. Cependant, s'il réussit à persuader les Français de sa détermination et de sa crédibilité, il pourrait devenir celui qui aura réalisé les douze travaux d'Hercule. De quoi bousculer les jeunes ambitieux de son camp, et jusqu'au Jupiter de l'Élysée.
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