Le nouveau consensus de Davos
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Détesté par les uns, parce ce qu'il incarne l'ancien monde et l'égoïsme des milliardaires, ignoré superbement par les autres, qui ne savent rien de ce mystérieux sommet qui enferme chaque année durant quatre jours le nec plus ultra des dirigeants du monde dans une petite station suisse des Grisons, au pied de la montagne magique de Thomas Mann, Davos est pourtant à un tournant de son histoire. Une longue histoire engagée il y a cinquante ans par son fondateur, un professeur de management, Klaus Schwab, qui, dès les années 1970, alors que régnait la guerre froide, que la Chine ne s'était pas encore éveillée, avait eu l'intuition que le capitalisme ne pourrait surmonter ses contradictions qu'en s'ouvrant à ses « parties prenantes » : salariés, clients, fournisseurs et société civile.
Ce capitalisme partenarial, longtemps éclipsé par le capitalisme actionnarial cher à Milton Friedman - le seul but de l'entreprise est le profit et la satisfaction des actionnaires -, est en train de revenir à la mode, par la grande porte, à l'orée des années 2020, à la faveur des changements tectoniques observés depuis le début du XXIe siècle. Pour sa 50e édition, le World Economic Forum a choisi pour thème « Parties prenantes pour un monde cohésif et soutenable », ce qui démontre une volonté de coller au nouvel air du temps.
En offrant aux 2. 800 participants une ouverture en forme de confrontation, à distance, entre l'ancien et le nouveau monde, entre Donald Trump, le président américain perclus de certitudes, venu à Davos parler essentiellement à ses électeurs de novembre prochain, et Greta Thunberg, l'égérie verte ultraradicalisée, pour qui « rien n'a été fait » en faveur du climat, on se dit qu'il doit bien y avoir un juste milieu à trouver entre « la prophète de l'apocalypse » et « l'apôtre de la démondialisation ».