Les Français ont bien envie « d'emmerder » Emmanuel Macron
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Juste retour à l'envoyeur ? Comme par un effet boomerang, les Français, après l'avoir réélu en avril, dans un vote « républicain » de barrage à l'entrée à l'Elysée de la candidate de l'extrême droite (pour la troisième fois après 2002 et 2017), s'apprêteraient à ne pas donner, pour la première fois depuis Mitterrand en 1988, de majorité absolue au président réélu. Coup de grisou de l'histoire avec un grand «H », 61% des électeurs rêveraient que cela se concrétise ce dimanche, selon un sondage IPSOS-Sopra Steria pour plusieurs médias. Ce n'est pas encore certain, la majorité présidentielle Ensemble peut encore obtenir plus de 289 sièges ; mais cela reste une forte probabilité au vu des résultats du premier tour et cela provoque une panique certaine en macronie où aucun scénario n'est écarté. Même celui d'une victoire sur le fil de l'opposition, avec la Nupes et Mélenchon à Matignon.
La peur a gagné jusqu'au président lui-même qui sur le tarmac d'Orly, puis après sa visite surprise à Kiev qui a fait polémique à trois jours du second tour, a sonné cette semaine l'hallali contre le danger « anti-républicain » et « anti-européen » que représenterait une victoire de la Nupes. Outre qu'il est un peu troublant de voir le camp du centre au pouvoir s'arroger le monopole de la République, on peut voir dans l'inquiétude de l'exécutif un refus tout aussi troublant de la culture du compromis qui est l'apanage des grandes démocraties. En ce 18 juin où le président Macron célèbre le 82e anniversaire de l'appel du Général, la perspective de voir le fonctionnement de la Ve République être bousculé dans son train-train n'est pourtant pas forcément une si mauvaise nouvelle.
Rappelons qu'en 1988, alors que Jacques Chirac avait mis fin à la dose de proportionnelle imposée en 1986 par Mitterrand pour atténuer la défaite de la gauche, le président socialiste réélu avait échoué à obtenir la majorité absolue à l'Assemblée nationale. Ce qui n'avait pas empêché Rocard de rétablir l'ISF, de faire voter la création de la CSG certes avec le recours fréquent au vote bloqué (ce qui n'est plus possible aujourd'hui, l'article 49.3 ne pouvant être utilisé qu'une seule fois par session en dehors des textes budgétaires). Si Macron se retrouve dimanche soir dans la même situation en dépit d'un scrutin majoritaire uninominal à deux tours qui favorise normalement la cohérence entre l'élection du président de la République et celle des députés deux mois plus tard, ce serait quand même un sérieux désaveu. Et rendrait d'autant plus urgent et nécessaire l'apprentissage par le pouvoir exécutif d'une autre façon de gouverner.