Les retombées terrestres de l'Europe spatiale

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La Commission européenne estime d'ores et déjà que 6% du PIB de l'Union européenne dépend directement des technologies utilisées dans l'industrie spatiale. Et cette part devrait atteindre 30% d'ici à 2030, selon Jean-Yves Le Gall, le patron du CNES. La commissaire européenne à l'Industrie Elzbieta Bienkowska estimait que 1 euro investi dans l'espace rapportait 7 euros à l'économie. (Crédit photo: Photothèque du CNES)
La Commission européenne estime d'ores et déjà que 6% du PIB de l'Union européenne dépend directement des technologies utilisées dans l'industrie spatiale. Et cette part devrait atteindre 30% d'ici à 2030, selon Jean-Yves Le Gall, le patron du CNES. La commissaire européenne à l'Industrie Elzbieta Bienkowska estimait que 1 euro investi dans l'espace rapportait 7 euros à l'économie. (Crédit photo: Photothèque du CNES) (Crédits : CNES)
Ce jeudi, Ariane 5 a décollé avec succès pour placer en orbite quatre satellites Galileo, le système de positionnement rival du GPS américain. L'Europe spatiale est un enjeu majeur pour l'économie du continent.

L'Union européenne est souvent vilipendée ces derniers temps. Commode bouc-émissaire de nos faiblesses nationales, elle n'en obtient pas moins de réelles réussites. Ainsi en va-t-il de l'Europe spatiale, pour qui ce jeudi est une date importante. D'une part, la fusée Ariane 5 décollait de Kourou (Guyane) pour mettre en orbite pour la première fois 4 nouveaux satellites de la constellation Galileo, le système de positionnement rival du GPS américain. Le décollage a été un succès, Ariane 5 battant au passage le record de vols consécutifs d'Ariane 4. Quelques heures après, la délicate mise en orbite des satellites était également parfaitement réussie. D'autre part, à plusieurs milliers de kilomètres de Kourou, sur le pas de tir de Baïkonour, au Kazakhstan, le spationaute français Thomas Pesquet s'apprêtait à embarquer à bord du lanceur Soyouz pour se rendre à la station spatiale internationale (ISS).

L'opération Galileo doit être saluée à plusieurs titres. Il y a d'abord le lanceur Ariane 5. Depuis 2014, les 14 premiers satellites Galileo avaient été mis en position par la fusée russe Soyouz pour des raisons économiques. Mais une défaillance en 2014 du lanceur russe avait remis en question la poursuite de la coopération. En attendant Ariane 6, il a fallu adapter Ariane 5 à la particularité des satellites Galileo qui, contrairement à un satellite de télécommunication équipé d'un moteur à propulsion, doivent être directement placés sur leur orbite technique. Cette solution 100% européenne prévaudra pour les prochains lancements: 4 à la mi-2017 et 4 au début de 2018. Au total, ce seront 26 satellites Galileo qui scruteront la terre.

Indépendance européenne et meilleure précision technique

Il y a ensuite le système, lui-même. Avec Galileo, l'Europe dispose de son propre système de localisation, une indépendance cruciale tant sur le plan commercial que militaire pour peser face au GPS américain, au Beidou chinois et au Glonass russe. Par ailleurs, il est techniquement plus précis pour la localisation et la datation que le GPS américain, respectivement au mètre près et à quelques milliardièmes de seconde.

Ces qualités techniques ont des avantages que le citoyen européen ne perçoit pas directement. Elles pourraient être décisives dans le développement prometteur du marché des objets connectés. Que ce soit les smartphones et la navigation aérienne aujourd'hui, ou les voitures autonomes demain. La  précision de la data recueillie améliorera la compréhension du changement climatique, les rendements dans l'agriculture, l'efficacité des opérations de sauvetage, ou l'anticipation des catastrophes naturelles... Les applications sont innombrables. Dans cette compétition, le service de positionnement Galileo devrait pouvoir s'imposer. Et l'enjeu économique est majeur.

La Commission européenne estime d'ores et déjà que 6% du PIB de l'Union européenne dépend directement des technologies utilisées dans l'industrie spatiale. Et cette part devrait atteindre 30% d'ici à 2030, selon Jean-Yves Le Gall, le patron du CNES.

Malgré les vicissitudes économiques, l'Union européenne consacre un montant de 12 milliards d'euros à l'Europe spatiale sur la période 2014-2020, même si le programme a pris plus de temps et d'argent qu'initialement prévu. Mais l'investissement a du sens. Récemment, la commissaire européenne à l'Industrie Elzbieta Bienkowska estimait que 1 euro investi dans l'espace rapportait 7 euros à l'économie.

Car ce soutien public à l'industrie spatiale est un investissement pour l'avenir. La prouesse technologique qu'est le système Galileo fournira demain la précieuse data qui donnera un avantage comparatif aux entreprises du Vieux continent face à la concurrence internationale, c'est-à-dire la croissance économique et la création d'emplois.

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