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Présidentielle : deux France irréconciliables ?

Photo de Robert Jules

Robert Jules

Publié le 20 avril 2017 à 15:42 - Mis à jour le 20 avril 2017 à 17:05

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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La campagne présidentielle 2017 aura remis en cause la traditionnelle division entre la droite et la gauche pour dégager une nouvelle ligne de fracture entre deux visions de la France: celle qui s'inscrit dans le système libéral actuel (Macron, Fillon, Hamon) et propose différentes réformes pour l'améliorer et celle qui le rejette en bloc (Le Pen, Mélenchon, Dupond-Aignan), en critiquant le cadre européen et en redonnant à l'Etat un rôle central volontariste.

A trois jours du premier tour de l'élection présidentielle, l'incertitude demeure. Quatre candidats peuvent prétendre au deuxième tour. C'est ce qui donne à cette présidentielle un caractère si particulier, à l'issue d'une campagne riche en rebondissements, notamment la décision de François Hollande de renoncer à se représenter.

En attendant de connaître le nom du vainqueur, une métamorphose du paysage politique français s'est opérée au fil des jours faisant apparaître l'existence de deux France irréconciliables. A la classique opposition droite/gauche - et leurs extrêmes - qui se partageait les votes, s'est substituée une nouvelle division. Non pas tant celle des progressistes et des conservateurs, comme l'avance Emmanuel Macron, mais plutôt celle des « réalistes » contre les « contestataires », ceux qui acceptent le système et ceux qui le rejettent.

Les premiers aspirent à diriger les affaires du pays à partir du cadre actuel, avec ses vicissitudes et le poids des intérêts divers. Ils proposent des réformes pour corriger les dysfonctionnements.

Les deuxièmes sont convaincus au contraire qu'il faut opérer un changement radical de ce cadre, condition première à toute nouvelle politique.

Quasi équilibre des deux camps

Cette division a toujours existé, mais la nouveauté réside dans le quasi équilibre des deux camps autour des 50%, si l'on excepte les indécis. Dans le premier, on comptera Emmanuel Macron, François Fillon et Benoit Hamon. Dans le second, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon et Nicolas Dupont Aignan ou encore François Asselineau.

Evidemment, une telle ligne de démarcation traduit davantage le même diagnostic posé sur les problèmes que rencontrent les Français qu'une convergence idéologique, les solutions proposées dans chaque camp étant très différentes selon les candidats.

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Les « réalistes », dont le positionnement va du conservatisme à la social-démocratie en passant par un progressisme social, s'inscrivent dans un cadre libéral. Ils acceptent l'Etat de droit et assument leur appartenance à l'Union européenne, l'euro, la mondialisation ou encore l'Otan.

Ils considèrent que la France doit d'abord régler ses propres problèmes, notamment en menant des réformes qui s'adaptent aux exigences d'une économie ouverte dans laquelle les entreprises sont le moteur de la création de richesse et de l'emploi.

Sur le plan diplomatique, ils se situent dans le camp occidental, c'est-à-dire celui des Etats-Unis et des autres pays européens, même si François Fillon a manifesté une ligne plus indépendante, en voulant renouer avec l'héritage gaulliste.

Au service de la société civile

Pour autant, ces réalistes ne pensent pas que les seules forces du marché peuvent résoudre tous les problèmes. Ils assignent un rôle à l'Etat qui doit être au service de la société civile, à travers ses fonctions régaliennes - sécurité des personnes et des biens, défense du territoire, justice -,  mais aussi par une politique de redistribution qui offre des services en matière d'éducation, de santé, de protection sociale, notamment pour les plus défavorisés.

Leur réalisme est de rendre compatible cette redistribution avec la situation financière du pays. Bref, si « l'Etat ne peut pas tout » comme le disait Lionel Jospin, sa bonne gestion contribue à la dynamique de la société civile .

Au contraire, aux yeux des « contestataires », c'est le système actuel qui est la cause de tous les problèmes, en favorisant certaines catégories sociales au détriment d'autres.

Cette critique n'est pas sans fondement. Nombre de Françaises et de Français sont les laissés pour compte de certaines politiques d'aménagement du territoire, de la mondialisation et de l'Europe (qui met en concurrence directe des travailleurs avec des niveaux de salaires différents). Cela alimente un sentiment négatif chez les jeunes qui n'arrivent pas à intégrer le marché du travail si ce n'est sous forme de petits boulots mal payés, chez les travailleurs précaires, chez les étudiants d'universités qui manquent de moyens des universités, chez les chômeurs...

Le nombre des « outsiders » face aux « insiders » augmente

Cette croissance du nombre des « outsiders » face aux « insiders » a été aussi alimentée par les promesses de Nicolas Sarkozy et de François Hollande, alors même que leurs quinquennats n'ont pas fondamentalement changé la situation sur le front de l'emploi.

Si, évidemment, les « contestataires » prônent des solutions radicalement différentes pour régler les problèmes, ils adoptent quelques positions fortes communes.

Ils considèrent que l'Union européenne, du moins telle qu'elle fonctionne aujourd'hui, et son cœur, la zone euro, sont contraires aux intérêts de la France. Ils veulent donc renouer avec la pleine souveraineté nationale, pouvant aller jusqu'au retour au franc, seul gage à leur yeux pour retrouver les moyens de fixer une politique favorable aux intérêts du pays. Depuis que le Royaume Uni a montré la voie avec le Brexit, ce n'est plus une utopie.

Le rôle central de l'Etat

Surtout, cette conviction s'ancre dans la croyance que l'Etat joue le rôle central dans l'organisation de la société. A leurs yeux, il est non seulement l'instrument mais l'acteur qui fixe l'orientation de l'économie et résout les problèmes de la vie des citoyens. Puissant et volontariste, l'Etat affirme l'indépendance du pays dans la dure compétition imposée par la mondialisation.

Aussi, pour les « contestataires », la conquête de l'Etat est la condition vitale pour imposer des mesures comme le relèvement du salaire minimum, une baisse de l'âge de départ à la retraite, un « droit à l'emploi », une relance massive de l'investissement public. Des mesures dont la question du financement - problématique - est d'ailleurs reléguée au deuxième plan.

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Finalement, ce seront plus l'affrontement entre des visions du monde qui aura dominé les débats de la campagne que l'évaluation des solutions concrètes présentées par les candidats.  Et dimanche, si cette logique est respectée, on devrait voir un candidat « réaliste » et un autre « contestataire » s'affronter pour le second tour.

Robert Jules

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