Présidentielle  : deux France irréconciliables  ?

La campagne présidentielle 2017 aura remis en cause la traditionnelle division entre la droite et la gauche pour dégager une nouvelle ligne de fracture entre deux visions de la France: celle qui s'inscrit dans le système libéral actuel (Macron, Fillon, Hamon) et propose différentes réformes pour l'améliorer et celle qui le rejette en bloc (Le Pen, Mélenchon, Dupond-Aignan), en critiquant le cadre européen et en redonnant à l'Etat un rôle central volontariste.
Robert Jules

5 mn

(Crédits : Reuters)

A trois jours du premier tour de l'élection présidentielle, l'incertitude demeure. Quatre candidats peuvent prétendre au deuxième tour. C'est ce qui donne à cette présidentielle un caractère si particulier, à l'issue d'une campagne riche en rebondissements, notamment la décision de François Hollande de renoncer à se représenter.

En attendant de connaître le nom du vainqueur, une métamorphose du paysage politique français s'est opérée au fil des jours faisant apparaître l'existence de deux France irréconciliables. A la classique opposition droite/gauche - et leurs extrêmes - qui se partageait les votes, s'est substituée une nouvelle division. Non pas tant celle des progressistes et des conservateurs, comme l'avance Emmanuel Macron, mais plutôt celle des « réalistes » contre les « contestataires », ceux qui acceptent le système et ceux qui le rejettent.

Les premiers aspirent à diriger les affaires du pays à partir du cadre actuel, avec ses vicissitudes et le poids des intérêts divers. Ils proposent des réformes pour corriger les dysfonctionnements.

Les deuxièmes sont convaincus au contraire qu'il faut opérer un changement radical de ce cadre, condition première à toute nouvelle politique.

 Quasi équilibre des deux camps

Cette division a toujours existé, mais la nouveauté réside dans le quasi équilibre des deux camps autour des 50%, si l'on excepte les indécis. Dans le premier, on comptera Emmanuel Macron, François Fillon et Benoit Hamon. Dans le second, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon et Nicolas Dupont Aignan ou encore François Asselineau.

Evidemment, une telle ligne de démarcation traduit davantage le même diagnostic posé sur les problèmes que rencontrent les Français qu'une convergence idéologique, les solutions proposées dans chaque camp étant très différentes selon les candidats.

Les « réalistes », dont le positionnement va du conservatisme à la social-démocratie en passant par un progressisme social, s'inscrivent dans un cadre libéral. Ils acceptent l'Etat de droit et assument leur appartenance à l'Union européenne, l'euro, la mondialisation ou encore l'Otan.

Ils considèrent que la France doit d'abord régler ses propres problèmes, notamment en menant des réformes qui s'adaptent aux exigences d'une économie ouverte dans laquelle les entreprises sont le moteur de la création de richesse et de l'emploi.

Sur le plan diplomatique, ils se situent dans le camp occidental, c'est-à-dire celui des Etats-Unis et des autres pays européens, même si François Fillon a manifesté une ligne plus indépendante, en voulant renouer avec l'héritage gaulliste.

Au service de la société civile

Pour autant, ces réalistes ne pensent pas que les seules forces du marché peuvent résoudre tous les problèmes. Ils assignent un rôle à l'Etat qui doit être au service de la société civile, à travers ses fonctions régaliennes - sécurité des personnes et des biens, défense du territoire, justice -,  mais aussi par une politique de redistribution qui offre des services en matière d'éducation, de santé, de protection sociale, notamment pour les plus défavorisés.

Leur réalisme est de rendre compatible cette redistribution avec la situation financière du pays. Bref, si « l'Etat ne peut pas tout » comme le disait Lionel Jospin, sa bonne gestion contribue à la dynamique de la société civile .

Au contraire, aux yeux des « contestataires », c'est le système actuel qui est la cause de tous les problèmes, en favorisant certaines catégories sociales au détriment d'autres.

Cette critique n'est pas sans fondement. Nombre de Françaises et de Français sont les laissés pour compte de certaines politiques d'aménagement du territoire, de la mondialisation et de l'Europe (qui met en concurrence directe des travailleurs avec des niveaux de salaires différents). Cela alimente un sentiment négatif chez les jeunes qui n'arrivent pas à intégrer le marché du travail si ce n'est sous forme de petits boulots mal payés, chez les travailleurs précaires, chez les étudiants d'universités qui manquent de moyens des universités, chez les chômeurs...

Le nombre des « outsiders » face aux « insiders » augmente

Cette croissance du nombre des « outsiders » face aux « insiders » a été aussi alimentée par les promesses de Nicolas Sarkozy et de François Hollande, alors même que leurs quinquennats n'ont pas fondamentalement changé la situation sur le front de l'emploi.

 Si, évidemment, les « contestataires » prônent des solutions radicalement différentes pour régler les problèmes, ils adoptent quelques positions fortes communes.

Ils considèrent que l'Union européenne, du moins telle qu'elle fonctionne aujourd'hui, et son cœur, la zone euro, sont contraires aux intérêts de la France. Ils veulent donc renouer avec la pleine souveraineté nationale, pouvant aller jusqu'au retour au franc, seul gage à leur yeux pour retrouver les moyens de fixer une politique favorable aux intérêts du pays. Depuis que le Royaume Uni a montré la voie avec le Brexit, ce n'est plus une utopie.

Le rôle central de l'Etat

Surtout, cette conviction s'ancre dans la croyance que l'Etat joue le rôle central dans l'organisation de la société. A leurs yeux, il est non seulement l'instrument mais l'acteur qui fixe l'orientation de l'économie et résout les problèmes de la vie des citoyens. Puissant et volontariste, l'Etat affirme l'indépendance du pays dans la dure compétition imposée par la mondialisation.

Aussi, pour les « contestataires », la conquête de l'Etat est la condition vitale pour imposer des mesures comme le relèvement du salaire minimum, une baisse de l'âge de départ à la retraite, un « droit à l'emploi », une relance massive de l'investissement public. Des mesures dont la question du financement - problématique - est d'ailleurs reléguée au deuxième plan.

Finalement, ce seront plus l'affrontement entre des visions du monde qui aura dominé les débats de la campagne que l'évaluation des solutions concrètes présentées par les candidats.  Et dimanche, si cette logique est respectée, on devrait voir un candidat « réaliste » et un autre « contestataire » s'affronter pour le second tour.

Robert Jules

5 mn

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Commentaires 21
à écrit le 21/04/2017 à 21:36
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Dans ce débat la régionalisation a été occultée par les 11 candidats(le de villiers nous manque, lol!) pourtant c'est le seul levier utilisable, des régions fortes, économiquement totalement indépendantes et c'est fini des crises qui durent depuis 40...

le 22/04/2017 à 9:35
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N'oublions surtout pas la révélation, largement confirmée depuis, de la destruction au sein même du palais de l'Elysée, de biens appartenant au patrimoine national, donc aux Français, en fait des 'éléments de très grande valeur, comme des vases de...

le 22/04/2017 à 9:38
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N'oublions surtout pas la révélation, largement confirmée depuis, de la destruction au sein même du palais de l'Elysée, de biens appartenant au patrimoine national, donc aux Français, en fait des 'éléments de très grande valeur, comme des vases de...

à écrit le 21/04/2017 à 11:12
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Il y a Macron qui veut taxer les salaires et les retraites avec sa hausse de 1.7 % de la CSG ,Fillon qui veut augmenter la TVA , Mélenchon qui veut tout prendre en augmentant les impôts etc... Bref, aucun candidat ne veut lâcher les baskets des ...

à écrit le 21/04/2017 à 10:57
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Article intéressant au sens où il ne nous sert pas le sempiternel clivage droite/gauche qui n'a plus beaucoup de signification. Je nuancerais (peut-être en compliquant un peu) pour distinguer en réalité 2 clivages. Il y a d'abord le clivage souverain...

à écrit le 21/04/2017 à 10:54
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il y en a qu'un qui veut sortir de ce clivage droite gauche c'est macron il n'as pas de casseroles que dis je des marmites comme fillon ,il faut partir avec un jeune pleins d’idées qui veut y mettre des cityoens ,pour la securites entourés de ledri...

le 21/04/2017 à 23:44
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On peut tromper quelqu'un tout le temps, mais on ne peut tromper tout le monde tout le temps. Cependant, Macron réussi bien à se faire passer pour ce qu'il n'est pas et ça prend, car pas grand monde n'a analysé ce qu'il disait avant d'avoir un progra...

le 22/04/2017 à 8:43
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Si votre sentiment est que Mr Macron "a plein d'idées", c'est que vous-même n'en avez pas beaucoup (Le mensonge et la crédulité s'accouplent et engendrent l'opinion (P.Valery)

à écrit le 21/04/2017 à 10:11
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décidément l'apport d'immigration depuis toutes ces années n'aura donc pas suffit pour faire pencher la balance électorale .Selon les débats d'un groupe de réflexion connu

à écrit le 21/04/2017 à 9:39
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Je ne suis pas d'accord a cet article qui veut opposer deux France. Les gens en ont marre des politique et des magouilles d'ou certain vote extreme (droite ou gauche) mais c'est tout. Le Pen, Mélenchon, Dupond-Aignan etc... sont là pour le folklore,...

le 21/04/2017 à 10:46
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Les magouilles ont toujours existés. Chirac et Mitterrand se sont fait elire alors qu ils etaient corrompus et que ca se savait. De meme Balkany ou Tiberi se font elire sans probleme. Pourquoi ca ne passe pas aujourd hui ? en partie parce que ce qui...

à écrit le 21/04/2017 à 9:32
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Comment peut on parler de deux camps opposés puisque le FN est le pur produit du système économique et social qui est imposé aux citoyens depuis le virage néolibéral de 1983!

le 21/04/2017 à 10:48
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le FN est le produit de l immigration et de la délinquance associee, pas du virage du PS. Si les gens voulaient une politique de type gauche 1981, on aurait un NPA a 20 % pas le FN

à écrit le 21/04/2017 à 8:29
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"La campagne présidentielle 2017 aura remis en cause la traditionnelle division entre la droite et la gauche pour dégager une nouvelle ligne de fracture entre deux visions de la France: celle qui s'inscrit dans le système libéral actuel (Macron, Fill...

le 21/04/2017 à 10:38
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l article dit justement que le clivage est plus droite/gauche mais entre ceux qui s inscrivent dans le cade actuel et ceux qui le refusent. ET dans ceux qui le refusent et veulent une france dote d un etat fort et hors de l UE vous trouvez Le Pen et ...

le 21/04/2017 à 13:56
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Vous avez raison je me suis bien planté dans mon interprétation.

le 21/04/2017 à 15:35
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Vous avez raison je me suis bien planté dans ma lecture de cet article merci. (heu... pourquoi il est pas passé ce commentaire ?)

à écrit le 21/04/2017 à 8:25
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Il ne peut y avoir de "droite" ou de "gauche" quand il s'agit de mettre en application les décisions de cette zone administrative qu'est l'UE de Bruxelles, les Grandes Orientations de Politiques Économiques (GOPE) ne sont pas des "recommandations" ma...

à écrit le 21/04/2017 à 7:57
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ceux qui rejettent ce systeme (Europe -libéralisme débridé ) ont certainement une longueur d'avance au niveau analyse !

à écrit le 20/04/2017 à 23:11
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"Puissant et volontariste l'Etat affirme l'indépendance du pays dans la dure compétition imposée par la mondialisation". C'est en effet le slogan affiché. Si c’était aussi simple, mais pourquoi n'y avait on pensé avant ? Tant qu'à raconter n'impo...

à écrit le 20/04/2017 à 19:38
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Ah ça pour sûr mon bon monsieur, le fn et ses zélateurs ne sont pas pour moi des adversaires mais des ennemis.

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