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Quel libéralisme pour 2017?

Photo de Philippe Mabille

Philippe Mabille

Publié le 29 novembre 2016 à 13:40 - Mis à jour le 29 novembre 2016 à 14:10

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La victoire de François Fillon ouvre un boulevard à Emmanuel Macron, qui veut rassembler les « progressistes »: ceux qui sont plus libéraux que François Fillon sur les sujets de société, et ceux qui sont plus libéraux que la gauche « classique » sur l'économique et le social.

Le libéralisme ferait donc son grand retour en France avec la victoire de François Fillon à la primaire de la droite et du centre. Deux électeurs sur trois, parmi les quelque 4,3 millions qui se sont déplacés dimanche 27 octobre, ont donné quitus au programme affiché par l'ancien Premier ministre qui est sans aucun doute celui qui a proposé le corpus le plus abouti et le plus cohérent parmi tous les candidats.

Libéral, François Fillon l'est assurément, en matière économique et sociale au moins, autant qu'il s'assume conservateur sur les sujets de société. Sur l'air de « il faut arrêter de réformer à moitié », Fillon a fait bouger les lignes à droite et déplacé le curseur vers un programme assez radical, certains disent « thatchérien », à l'échelle de la France, un pays dont la dépense publique dépasse les 56 % du PIB.

Inverser la courbe du socialisme

François Fillon a le mérite d'afficher clairement la couleur : il veut inverser la courbe du socialisme qui régit la politique française depuis que Jacques Chirac a vaincu Édouard Balladur en 1995, sur le thème de la fracture sociale. Déjà à l'époque, deux droites s'affrontaient. Traumatisée par sa défaite en 1988 face à un François Mitterrand qui s'était fait le champion de la préservation du modèle social français, la droite avait alors fait son deuil du libéralisme et choisi la voie de la réforme à petits pas. En économie, le nouveau champion de la droite est un authentique libéral. Celui qui a libéralisé les télécoms et réformé à deux reprises les retraites veut désormais s'attaquer à deux citadelles bien gardées. En fixant un objectif très ambitieux de 500.000 postes en moins dans les trois fonctions publiques, il veut mettre l'État sous tension, pour profiter de la vague importante des départs en retraite et forcer l'administration à se moderniser.

Le défi n'est pas insurmontable sur cinq ans

Le hic, c'est de faire en sorte que cette restructuration ne conduise pas à une diminution des moyens des services publics sur le terrain, qu'il s'agisse des enseignants ou du régalien : police, justice et armée. Le défi n'est pas insurmontable s'il est mené sur cinq ans, mais il se heurtera à de fortes résistances.

Le nouveau héros de la droite veut aussi revoir en profondeur l'organisation de l'assurance-maladie en réduisant le remboursement des « petits risques » pour concentrer les moyens publics sur les maladies les plus graves. Face à des Français très attachés à la Sécu, ce projet risque de susciter même à droite beaucoup moins d'adhésion, surtout si cette réforme conduit à une hausse du coût des mutuelles complémentaires, collectives comme individuelles. Fillon a promis que cela ne changera rien pour les salariés modestes, mais cela reste à démontrer. La droite a majoritairement voté en conscience pour un programme socialement douloureux qui inclut aussi une hausse de 2 points de la TVA et la suppression de l'ISF.

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La France ne travaille pas assez

François Fillon a deux convictions fortement ancrées dans le monde patronal : la France ne travaille pas assez et elle dépense trop au regard de ses moyens. Agir sur ces deux leviers suffira, espère-t-il, à provoquer un choc de confiance. Mais il est hélas à craindre que Fillon ne fanfaronne un peu, car il est surtout certain qu'un tel programme aura, au moins dans un premier temps, un effet récessif. Rien dans son projet ne tient compte du nouveau consensus mondial sur la nécessité de relancer l'investissement public pour ranimer la croissance. Lorsqu'il a fait ses réformes en Allemagne, le chancelier Gerhard Schröder - auquel Fillon a été comparé par le président du Medef - bénéficiait d'une croissance mondiale forte, de l'ordre de 5 %. Elle sera en 2017 au mieux de 3 %, dans un contexte d'incertitudes accentuées par le Brexit et la remontée des taux d'intérêt.

Un espace pour un autre libéralisme plus social

Une chose est sûre : la clarification idéologique opérée à droite rouvre un espace politique pour un autre libéralisme, moins caricatural et plus social. Car, s'il paraît acquis que la gauche va, quel que soit son champion, tenter de refaire le coup de Mitterrand 1988 au son de « au secours la droite revient ! », avec Jean-Luc Mélenchon d'un côté, François Hollande ou Manuel Valls de l'autre, ce discours risque de se fracasser sur l'iceberg de l'inefficacité dont ce quinquennat a été la démonstration.

C'est ce qu'a bien compris Emmanuel Macron qui veut rassembler les forces « progressistes », c'est-à-dire tous ceux qui sont plus libéraux que François Fillon sur les sujets de société, et plus libéraux que la gauche « classique » sur l'économique et le social. Cette synthèse jusqu'à présent impossible se voit ouvrir un boulevard avec la victoire de François Fillon, qui risque de faire figure d'épouvantail pour bien des électeurs.

L'échiquier politique va devoir se recomposer

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Dans un pays dont le centre de gravité s'est déplacé sur sa droite, sur les questions de sécurité, d'identité et sur l'économie, tout l'échiquier politique va devoir se recomposer. Au parti socialiste de le comprendre et d'inventer sa propre recomposition politique autour d'un candidat légitime et d'un projet crédible. C'est à cette seule condition qu'il peut espérer sortir du piège dans lequel il s'est lui-même enfermé et éviter l'humiliation d'une disqualification dès le premier tour de la présidentielle, laissant ses électeurs et les Français face au dilemme d'un duel annoncé entre François Fillon et Marine Le Pen. Or, l'histoire récente a montré que les électeurs n'aiment pas les scénarios joués d'avance.

Philippe Mabille

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