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Trump, ce symbole d'un vieux monde qui tarde à mourir

Photo de Philippe Mabille

Philippe Mabille, directeur de la rédaction

Publié le 02 juin 2017 à 19:19 - Mis à jour le 02 juin 2017 à 19:29

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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La sortie des Etats-Unis de l'accord de Paris sur le climat réveille les consciences mondiales qui s'étaient assoupies depuis la COP21. Alors que la transition énergétique s'accélère, la décision de Donald Trump, plus politique qu'économique, pose la redoutable question de l'arbitrage entre le présent et l'avenir.

C'est Arnold Schwarzenegger, ancien gouverneur de Californie (2003-2011) et acteur vedette de Terminator qui a le mieux résumé l'état d'esprit dans lequel la décision de Donald Trump de quitter l'accord de Paris sur le climat a plongé la Silicon Valley, et, avec elle, une bonne partie de l'Amérique y compris celle du business :

« Monsieur Trump, on ne peut pas retourner dans le passé, il n'y a que moi qui puisse faire ça. »

Un retour en arrière, certes, mais aussi un affront fait à la planète entière, alors que l'esprit de la COP21 avait soufflé en 2016 sur le monde, offrant un rare moment de consensus, bien sûr non dénué d'arrière-pensées. Trump, ce n'est pas "Terminator", quoique... mais c'est plutôt "Retour vers le futur". Trump, c'est surtout la démonstration politique faite homme d'une préférence pour le présent contre l'évidence que sa décision menace l'avenir, alors que le réchauffement climatique a déjà commencé de produire ses effets. Y compris aux Etats-Unis d'ailleurs, qui selon certaines prédictions météo, ne vont pas tarder à le mesurer avec l'arrivée d'une « Hurricane season » que les meilleurs experts annoncent comme particulièrement virulente.

Réveil des consciences et rappel de l'insuffisance de l'accord de Paris

Pour autant, en tournant ainsi le dos à la planète entière, le président américain a probablement et involontairement rendu service à la cause climatique. Non seulement parce qu'il s'est attiré une contre-offensive diplomatique générale, de la part des 194 autres pays signataires de l'accord de Paris, et s'est vu contesté dans son propre pays par des entreprises, et non des moindres, des villes et des Etats qui, comme la Californie, ont immédiatement répliqué que, pour leur part, cette décision unilatérale sera un non-événement. En clair, qu'ils continueront à appliquer les engagements contenus dans l'accord, voire accéléreront la marche vers la transition énergétique.

Bien sûr, il eut été préférable que ce « wake-up call » se soit produit sans que le premier pollueur (avec la Chine) de la planète ne rompe avec les engagements pris par Barack Obama. Mais ce réveil des consciences est sans doute salutaire alors que le soufflé de la COP21 tendait à retomber dans le train-train des conférences climatiques soporifiques. Non, le coup bas de Trump permet de resituer les urgences et force les gouvernements et tous les acteurs économiques à se rappeler que l'accord de Paris lui-même ne suffira pas, selon toutes probabilités, à tenir l'objectif de limiter à moins de 2°C le réchauffement pour éviter que la planète ne bout avant la fin du siècle et ne s'engage dans un processus inéluctable conduisant à des conséquences réellement catastrophiques pour l'homme sur Terre.

Au jour où Thomas Pesquet -qui, depuis la Station spatiale internationale, a publié sur Twitter chaque jour des photos de la Terre vue d'en haut, toutes belles et spectaculaires- revient sur notre petite planète bleue, ce rappel à l'ordre n'est pas inutile. Le réchauffement climatique, c'est comme la lutte contre les inégalités femmes-hommes et toutes les autres discriminations, c'est un combat de tous les instants où tout assoupissement fait risquer une régression.

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La politique de l'autruche sous la pression des lobbys du carbone

Dans un pays, les Etats-Unis, où règnent les fake news, où le candidat à la fonction suprême fait campagne en affirmant que le réchauffement climatique est un complot chinois pour détruire l'industrie américaine, où certains conducteurs de 4x4 se comportent comme des abrutis et s'amusent à brûler du pétrole pour salir d'une noire fumée les voitures hybrides dont ils font la chasse sur les routes, il est aussi heureux de constater que la sortie des Etats-Unis de la signature de la COP21 n'est pas celle des Américains. D'autant que, concrètement, l'accord de Paris n'entrera réellement en vigueur qu'en novembre 2020, après donc l'élection, éventuelle, d'un autre président que celui qui règne actuellement à coups de tweets rageurs et parfois incompréhensibles (l'un des derniers en date, qui se termine par un mystérieux "covfefe" laisse pantois).

L'argument principal utilisé par Donald Trump pour justifier son retrait de l'accord de Paris laisse tout aussi pantois. Le président américain dit qu'il veut ainsi protéger les emplois américains menacés dans les secteurs des mines et de l'énergie traditionnelle. Cela ne tient pas : avec 770.000 emplois, les énergies renouvelables pèsent dix fois plus que le secteur du charbon et créent plus d'emplois que le reste de l'économie. Donald Trump, à vouloir défendre à tout prix les emplois du passé, agit contre les intérêts des travailleurs américains, en faisant la politique de l'autruche sous la pression des lobbys du carbone. Même les rois de la finance, comme le patron de Goldman Sachs, ont dénoncé sa décision, alors qu'il est évident que la finance verte, finançant des énergies décarbonées, est un secteur d'avenir.

Coup d'arrêt pour le TTIP ?

Même si elle n'aura donc pas de conséquences immédiates, autres que financières sur la dotation du fameux fonds verts censé aider les pays en développement à engager leur transition énergétique, la décision de Trump pose toutefois un réel problème à l'économie mondiale. Elle confirme la posture « America First » dont il a fait le mantra de son mandat, et elle va, nécessairement, poser un vrai problème de distorsions de concurrence entre les entreprises américaines et les autres, européennes notamment, si les Etats-Unis s'exonéraient de toutes normes environnementales - Trump a promis de démanteler toutes celles mises en place par Obama.

On voit bien la vision qu'a Trump du « free and fair trade » : c'est "free and fair" pour les entreprises américaines, d'abord. Et tant pis pour elles si les entreprises des pays ayant décidé de respecter l'accord de Paris seront pénalisées. Avec les Etats-Unis en dehors de l'accord de Paris, à quoi bon négocier des traités commerciaux, qu'ils soient bilatéraux ou bien multilatéraux ? Cette décision marque le coup d'arrêt du TTIP, l'accord de libre-échange transatlantique.

C'est bien évidemment une autre forme de protectionnisme commercial qu'assène Donald Trump en prenant cette décision au nom de l'emploi américain, sans se préoccuper une seconde des conséquences que cela aura à long terme : zones et villes côtières immergées, réfugiés climatiques, famines et guerres de l'eau. Ce sera lundi 5 juin jour de la Pentecôte la journée mondiale de l'environnement. Visiblement, ce jour ne figure pas dans l'agenda du président des Etats-Unis.

Un crime contre l'humanité, et d'abord contre nos propres enfants

Reste que, malgré cela, le message adressé par Trump au monde peut avoir pour nous, européens, des effets bénéfiques. Emmanuel Macron ne s'y est pas trompé en réitérant son appel aux chercheurs américains abasourdis par l'obscurantisme de leur président de venir travailler en Europe et si possible en France. Il porte ainsi une conviction forte chez lui, et rares chez de nombreux dirigeants politiques, que nous devons être à l'écoute des scientifiques, et avoir foi dans la science qui, en la matière, est notre seule planche de salut. Car au rythme où vont les choses, seules des avancées spectaculaires de la science, seules des innovations de rupture dans la façon dont nous humains, produisons, consommons ou -demain- stockeront l'énergie permettra non seulement de lutter efficacement contre le réchauffement climatique, mais aussi de donner un nouvel élan à une croissance responsable, durable et pourvoyeuse d'emplois qualifiés. Dire le contraire en s'attachant à défendre un vieux monde qui n'existe plus, mais tarde visiblement à mourir, est faire plus qu'un contresens : une faute voire, à terme, un crime contre l'humanité, et d'abord contre nos propres enfants.

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Merci Donald J. Trump donc : You are not going to make America Great Again, mais vous êtes en train de nous convaincre à nouveau, nous Européens, que nos destins sont liés et que nous devons prendre désormais notre avenir en main et nouer de nouvelles alliances, avec les nouveaux géants que sont la Chine, qui, elle, accélère dans sa transition énergétique, l'Inde, et surtout, l'Afrique. Covfefement vôtre.

Philippe Mabille, directeur de la rédaction

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