L'écosystème européen des startups du spatial en une carte

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L'intensité technologique moyenne des startups du newspace est particulièrement élevée. Des transferts de technologie conséquents ont été réalisés depuis des structures telles que l'Imec, le CNRS, l'Onera, l'École Polytechnique, le CNES via des licences exclusives sur des portefeuilles de brevets dont ont bénéficié quasiment l'ensemble de ces startups.
L'intensité technologique moyenne des startups du "newspace" est particulièrement élevée. Des transferts de technologie conséquents ont été réalisés depuis des structures telles que l'Imec, le CNRS, l'Onera, l'École Polytechnique, le CNES via des licences exclusives sur des portefeuilles de brevets dont ont bénéficié quasiment l'ensemble de ces startups. (Crédits : XAnge)
OPINION. Le fonds de capital-risque XAnge dévoile, en exclusivité pour La Tribune, la première carte de l'écosystème des startups dans le domaine du spatial en Europe. L'objectif : révéler le bouillonnement de l'innovation dans ce secteur traditionnel et illustrer les ambitions de l'Europe dans ce domaine. Par Guilhem de Vregille et Léa Philippot, partners chez XAnge.

L'Europe contre-attaque-t-elle ? Depuis une dizaine d'années, le spatial - historiquement une industrie très traditionnelle - est pris dans un raz-de-marée dont Elon Musk et Space X sont les fers de lance. Neuf milliards de dollars ont été investis depuis 2009 dans le "newspace", capturant 60% des dépenses d'investissement du secteur. Le désormais "oldspace" a vécu trop longtemps sur le mantra de la prise de risque minimum. Les lanceurs de satellites se vantaient de leur taux de succès proche de 100%. Mais pour obtenir cela, comme toute l'industrie du spatial, ils ont bridé leur innovation : «Surtout, on ne change rien ! ». Et ont ainsi sabordé leur avenir. Maintenant que Space X et Blue Origin ont prouvé leur capacité à disrupter profondément le marché des lanceurs, l'écart est probablement trop grand. Comment changer trente ans de culture d'entreprise basée sur la suppression maximale du risque et donc de l'innovation ?

L'Europe rattrape progressivement son retard sur les Etats-Unis

La vague est venue des Etats-Unis, comme souvent. Partant des lanceurs, elle s'est étendue à l'ensemble du secteur. On peut en particulier souligner l'important nombre de constellations de satellites qui viennent révolutionner l'observation de la Terre, souvent à des fins duales entre le militaire et le civil. Avec, en tête de proue, Planet Labs et BlackSky, toutes deux valorisées autour des 2,2 milliards de dollars. Mais aussi les constellations télécoms permettant de connecter l'ensemble de la planète comme Oneweb ou Space X. L'industrie s'est progressivement ensuite structurée avec des fabricants de sous-composants (propulseurs, antennes, capteurs...) et l'immense marché de l'analyse des données captées par ces satellites. Le secteur a aussi connu ses premiers échecs avec le futuriste Planetary Resources - visant le minage d'astéroïdes - rappelant le caractère risqué de ce type de projet et la faisabilité technique pas toujours réelle avec les technologies d'aujourd'hui.

L'Europe du newspace arrive plus tardivement sur le marché, portée par le protectionnisme du secteur de la défense et des projets publics qui sont souvent les premiers clients de ces startups. On peut noter les constellations d'observation haute résolution d'Aerospace Lab - aussi positionnée sur l'analyse de données - et d'IcEye en Finlande sur la technologie SAR (radar à synthèse d'ouverture) ; les fournisseurs de briques technologiques comme ThrustMe et Exotrail - tous deux positionnés sur les propulseurs de petits satellites ; et les startups positionnées sur l'analyse de données comme Earthcube dans le renseignement militaire, Kayrros sur le marché de l'énergie ou encore Descartes dans les assurances.

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Mapping newspace startups

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Les Français bien positionnés pour créer de futurs géants

Ce mapping permet plusieurs constats :

  • Le nombre de startups sur le secteur reste encore relativement restreint. En effet, on dénombre 66 startups dans ce mapping, dont une bonne moitié n'est plus toute jeune... Nous sommes donc sur un rythme de création d'environ 5 startups par an sur la thématique en Europe.
  • La répartition géographique du newspace est assez atypique ! On observe un nombre élevé de startups françaises et anglaises conforme à la place de la France et du Royaume-Uni dans le spatial et dans le capital-risque, une très faible présence de startups allemandes, mais surtout, une densité anormalement élevée de celles-ci dans des pays tels que la Belgique, la Suisse et l'Espagne, qui sont pourtant des pays dans lesquels le spatial n'est pas beaucoup représenté ni même le capital-risque. Une des raisons réside dans le système de répartition des ressources de l'ESA moins concurrentiel dans ces pays puisque les budgets ne sont pas préemptés par les grands groupes industriels et donc favorisent l'émergence de start-ups via l'accès à un financement important.
  • L'intensité technologique moyenne des startups du newspace est particulièrement élevée. Des transferts de technologie conséquents ont été réalisé depuis des structures telles que l'Imec, le CNRS, l'ONERA, l'École Polytechnique, le CNES via des licences exclusives sur des portefeuilles de brevets dont ont bénéficié quasiment l'ensemble de ces startups. Cette assise technologique n'a généralement rien à envier à nos collègues américains.
  • Les levées de fonds restent encore difficiles et peu nombreuses. On peut mettre en avant celle de 21 millions d'euros de Kayrros, celle de 34 millions d'euros cumulés de IcEye, et celle de 11 millions d'euros d'AerospaceLab
  • Une qualité des CEO de ces startups en forte hausse. Ils sont de plus en plus jeunes, de plus en plus ambitieux, formés dès leur sortie d'école d'ingénieur ou de laboratoire au concept d'une startup en hyper-croissance.

Certes, l'Europe du newspace, par son volume, reste encore loin de la vague visible sur le secteur aux Etats-Unis. Néanmoins, la qualité est belle et bien présente. Alors, concentrons nos efforts, afin de voir émerger parmi celles-ci les futurs leaders européens du spatial.

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Commentaires
a écrit le 25/04/2019 à 22:18 :
Rien n'a été épargné à PR (Planetary Resources) ceci explique cela !
a écrit le 25/04/2019 à 21:24 :
De nouveau les propos de La Tribune sont approximatifs. Un petit pays comme la Suisse dispose d’ores et déjà d’une industrie spatiale développée au regard de sa taille. Les coiffes de toutes les fusées Ariane sont construites par une entreprise suisse. Bon nombre de programmes spatiaux européens et internationaux possèdent des instruments spatiaux fabriqués en Suisse (caméras, spectromètre, sonde ou horloges atomiques) Un satellite de recherche d’exoplanètes fabriqué en suisse sera mis en orbite cette année. Le spectrographe Espresso de l’ESO a été fabriqué à Genève. Renseignez-vous un minimum au lieu de balancer des inepties.

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