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OpinionsLe futur selon La Tribune

2025 : Une solution diplomatique pour éviter la déflagration financière

Photo de Florence Autret

Florence Autret

Publié le 21 décembre 2015 à 14:27 - Mis à jour le 22 décembre 2015 à 08:54

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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#30ansLaTribune - La Tribune fête ses 30 ans. A cette occasion, sa rédaction imagine les 30 événements qui feront l'actualité jusqu'en 2045. Le 10 février 2025, la conférence des créanciers des Etats-Unis s’ouvre aux abords de la capitale européenne dans un climat de grande tension. Le plan imaginé par l’axe Pékin-Bruxelles pourrait achopper sur la résistance d’un groupe de créanciers coalisés par le Royaume-Uni.

L'Europe sauvera-t-elle le monde d'un « Armageddon financier » ? C'est en tout cas la promesse faite hier soir par Martin Schulz, le président de l'Union européenne.

Il accueillait au château de Laeken, la résidence royale belge, la soixantaine de dirigeants et experts des principaux créanciers des Etats-Unis, en défaut de paiement depuis le 1er janvier. Depuis la déclaration de Shanghai du 25 janvier, où les deux dirigeants chinois et européen appelaient à une solution durable pour « rétablir la prospérité et la stabilité », les négociations se sont intensifiées pour, comme l'indiquait ce texte, entreprendre la « refondation » du système monétaire international et « mettre un terme à des décennies de création monétaire débridée ».

« Le plus grand swap de l'histoire financière »

Hier soir, dans le salon d'honneur du château, le chef de la délégation chinoise Deng Xianhong, qui préside la State Administration of Foreign Exchange, et Jorg Asmussen, le conseiller spécial du gouvernement européen, ont tenu une brève conférence de presse commune. « La Chine remercie l'Union européenne d'accueillir cette conférence et fera tout ce qui est en son pouvoir pour ramener l'ordre et l'harmonie dans le système monétaire international. Nous devons nous atteler ensemble à une véritable refondation », a déclaré le chef de la délégation chinoise Deng Xianhong, le président de la State Administration of Foreign Exchange (SAFE), à son arrivée. « Aucun pays ne peut supporter seul les conséquences de ce défaut ; faisons en l'occasion d'un nouveau Bretton Woods », a déclaré de son côté l'Européen, en référence à la conférence qui avait jeté les bases d'un nouvel ordre monétaire au milieu du XXe siècle.

Les travaux commenceront demain par une session plénière co-présidée par les deux hommes. Selon nos informations, le plan sino-européen élaboré ces dernières semaines consisterait à garantir les avoirs des détenteurs de bons du Trésor américains tout en procédant à une gigantesque opération de « swap » de devises par le truchement d'un « fonds de rédemption ». Celui-ci serait chargé de renégocier les échéances avec les créanciers, tout en leur garantissant une valeur de remboursement légèrement supérieure à celle du marché. Le fonds serait placé sous le contrôle conjoint des deux banques centrales. Les remboursements seraient effectués en dollars, mais immédiatement convertibles en yuans et en euros à un taux garanti par les créanciers. Les négociateurs visent une masse critique de 12 000 milliards d'euros de valeur nominale de bons du Trésor, soit 70 % des titres en circulation fin 2024. « Vue la chute continue du billet vert depuis trois ans, un grand nombre d'investisseurs seront tenter de participer à l'opération. Ce serait le plus grand swap de devis de l'histoire financière », estimait hier une source bancaire.

Londres en faveur de la résurrection du FMI

Mais la messe est loin d'être dite. Le Royaume-Uni souhaiterait placer l'opération sous l'égide du Fonds monétaire international. Moribonde depuis la crise asiatique de 2020 où elle n'avait joué qu'un rôle très marginal, l'institution « offre le cadre idéal pour une négociation équilibrée », jugeait Syed Kamall.

L'ancien chancelier de l'échiquier et député européen et ses alliés brésiliens et arabes aimeraient éviter un swap en monnaie chinoise et européenne qui sonnerait le glas du multilatéralisme. Un « non-paper » qui a circulé ces derniers jours plaide pour la résurrection des « DTS », pour Droits de tirage spéciaux, un projet de monnaie mondiale émise par le FMI et abandonné au XXe siècle. Londres propose de la relancer sous le nom de Markor.

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« Les Britanniques tentent de faire revivre le vieux projet de l'économiste John Maynard Keynes et de faire du FMI une banque centrale mondiale. Ils n'ont pas tiré les leçons de l'histoire », ironisait un diplomate européen. Bruxelles et Pékin ne sont pas prêts à renoncer à tirer avantage des colossaux excédents accumulés ces dernières années et à privilégier une solution multilatérale. Mais le Royaume-Uni, soupçonné de faire le jeu de Washington, aura voix au chapitre : avec ses alliés brésiliens et arabes, il pèse près de 20 % des bons du Trésor en circulation.

La fin du « privilège exorbitant »

Quelle que soit l'option retenue, elle aura des conséquences immédiates sur la composition des réserves de change mondiale et la place du dollar dans le système financier mondial. « L'Europe et la Chine sont en train de racheter à prix d'or le privilège exorbitant du billet vert », a déclaré l'économiste franco-américain Tom Pickett. « Le déclin de la livre sterling a duré un demi-siècle pendant lequel ont eu lieu deux guerres mondiales. Il aura fallu la moitié moins, soit 25 ans depuis le lancement de l'euro, pour avoir raison du billet vert, sans passer par les armes », jugeait, de son côté, l'ancien ministre des finances européen Pierre Moscovici.

C'est tout le pari de la conférence de Laeken : dessiner une solution diplomatique pour éviter la déflagration militaire et financière. « Nous ne pouvons pas nous permettre d'échouer », a déclaré Jorg Asmussen. Si les Européens entrent dans la négociation sans arrière-pensée, le jeu chinois s'avère plus difficile à décrypter. Pékin pourrait tirer argument d'un échec pour arracher par la force ce que la diplomatie ne lui aurait pas permis d'obtenir. Depuis plusieurs semaines, sa flotte patrouille ostensiblement au large des côtes de l'Alaska dont Pékin avait tenté en vain d'obtenir la concession après le précédent défaut américain de 2020.

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Hier les marchés étaient encore nerveux. « Tant que la coalition sino-européenne tient, il y a une chance pour que les investisseurs gardent une stratégie conservatrice », estimait le chef économiste de la Silver Fox Bank. Depuis plusieurs mois, les banques centrales chinoise et européenne coopèrent pour tenter de stabiliser les marchés mondiaux en rachetant massivement des bons du Trésor dont la décote atteint désormais plus de 50 %. Mais les réserves en devises des deux instituts d'émission auraient déjà fondues de 30 % depuis octobre. Autant dire que le temps presse. La seule tendance claire qui se dégageait ces derniers jours sur les marchés était la hausse de l'or, du titane et de l'argent, boostés par la rumeur fantaisiste d'un adossement du Markor à un panier de métaux précieux.

Florence Autret

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