Pourquoi le Covid-19 va doper la filière solaire

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OPINION. Le solaire va voir affluer la trésorerie des fonds de pension qui, lorgnant sur la résilience des industriels du secteur, se satisferont de rendements plus faibles. (*) Par François Dauphin, expert international énergie, et Craig Windram, Directeur Europe Afrique pour Voltalia.

Les trois dernières années ont vu s'effondrer le prix de l'électricité solaire sous le quadruple effet: d'une amélioration des rendements des cellules, d'une augmentation des volumes de production, de la baisse du coût des techniques d'intégration et de financements extrêmement compétitifs. L'année 2019 n'a été qu'une longue suite de records à la baisse du Brésil, au Mexique en passant par le Qatar ou le Portugal. Partout le photovoltaïque a battu les prix historiques des marchés. La compétitivité du photovoltaïque ne s'arrête pas aux grandes fermes sol et de nombreuses entreprises ont annoncé, en 2019, la signature de gros contrats d'approvisionnement. Elles l'ont fait autant pour des raisons économiques qu'environnementales.

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La crise du Covid-19 a eu des effets considérables sur tout le secteur de l'énergie y compris celui de l'électricité. Les volumes de consommation ont baissé de 15 à 25% suivant les régions du monde, avec comme conséquence une baisse de près de moitié des prix de gros. En première analyse, le béotien pourrait en conclure que la compétitivité des fournisseurs historiques s'est améliorée. Il n'en est rien et ce pour plusieurs raisons.

Les fournisseurs historiques peu compétitifs

Tout d'abord, si les marchés de gros se sont effondrés, ce n'est que sur le court terme. Il est possible d'acheter de l'électricité pour 2021 mais au prix de 48 euros soit, peu ou prou, les prix avant la crise du Covid-19. A cet horizon de temps, les acteurs anticipent, d'ores et déjà, sur une remontée des consommations. Le bénéfice que les fournisseurs peuvent tirer des conditions actuelles du marché est donc de court terme.

Dans le même temps, les prix des modules photovoltaïques ont continué de fondre de plus de 10% en trois mois. Ceux-ci représentant environ 40% du coût d'un projet solaire, les entreprises proposant de l'électricité solaire peuvent faire des offres en baisse de plus de 4%, et ce, sur la totalité de la période d'amortissement des panneaux, soit plus de 20 ans.

En regard, les fournisseurs historiques peuvent tirer parti d'une baisse, certes supérieure, mais qui ne dépasse pas 6 mois et qui ne correspond qu'au tiers du prix payé par le client final (les deux autres tiers correspondant aux coûts de la distribution et aux taxes). Ils étaient déjà devenus peu compétitifs, ils le seront encore moins dans les mois à venir.

Financement des fonds de pension

Autre point en faveur du secteur du photovoltaïque, celui-ci a déjà traversé des crises dont les conséquences étaient au moins équivalentes, si ce n'est bien plus fortes, que celles du Covid-19. A titre d'exemple, le moratoire imposé par l'Etat français, en décembre 2010, a engendré un blocage complet et immédiat de toute la filière avec comme conséquence la suppression de 30% des emplois directs de cette filière en 12 mois.

A l'époque, aucune mesure d'accompagnent n'a été mise en œuvre mais la filière a réussi à passer le cap. En comparaison, les acteurs historiques d'électricité n'ont jamais été confronté, depuis la dernière guerre, à une crise de cette ampleur. EDF a d'ores et déjà annoncé l'annulation de l'ensemble de ses objectifs financiers pour les années 2020 et 2021 et les rumeurs d'un nouveau renflouement financier enflent.

En regard, les producteurs photovoltaïques disposent de centrales dont le coût de production est quasi nul et ont souvent des tarifs de vente leur garantissant une grande visibilité sur leurs revenus. Les agences de rating n'auront d'autre choix que de dégrader les notations des acteurs historiques ce qui favorisera encore plus les promoteurs du renouvelable. Ceux-ci verront en retour affluer la trésorerie des fonds de pension qui, lorgnant sur la résilience des industriels du solaire, se satisferont de rendements plus faibles.

Des écueils à éviter

La filière solaire a tout de même quelques écueils à éviter pour tirer pleinement profit du Covid-19. Tout d'abord, les perturbations logistiques vont être bien réelles. Même si l'on peut penser qu'elles vont s'estomper en 2021, elles représenteront un défi considérable pour les directions techniques. A moyen terme, la consolidation probable entre les producteurs de panneaux engendrera de nouveaux gains de productivité.

La crise du Covid-19 a aussi mis en avant que la consommation de certains sites industriels peut fluctuer dans de grandes proportions dans un horizon de temps très court. Les contrats photovoltaïques, de type PPA, sont en général signés avec une contrepartie qui s'engage sur un volume de consommation. Les futurs contrats devront prendre en compte le risque de fluctuation drastique de la demande soit en mutualisant ce risque entre plusieurs industriels, soit en prévoyant des reports possibles de consommation d'un site à l'autre, soit en mettant en place des systèmes d'assurance pour couvrir ces cas de figure exceptionnels.

Moyennant ces ajustements, nul doute que la crise du Covid-19 représente pour l'ensemble de la filière solaire une opportunité pour s'affirmer comme une réelle alternative pour la fourniture de solutions d'approvisionnement en électricité fiables, très compétitives, résilientes et peu émettrices de CO2.

Lire aussi : Les énergies renouvelables, un secteur aux contours trop flous

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Commentaires
a écrit le 05/06/2020 à 17:51 :
Le nucléaire est déjà mort

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