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"Le déficit public italien est bien plus bas que celui de la France"

Propos recueillis par Frank Paul Weber

Publié le 17 novembre 2011 à 08:50 - Mis à jour le 17 novembre 2011 à 08:52

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Giovanni Caracciolo di Vietri, l'ambassadeur d'Italie en France explique dans un entretien à La Tribune ce qu'il faut attendre du gouvernement d'experts formé par Mario Monti, tant au Bel Paese qu'en Europe. Il dément beaucoup de clichés en vogue en France sur la situation économique et financière de son pays.

Votre pays renoue avec un gouvernement " technique", dirigé et composé de personnalités non politiques, d'experts à l'instar du Président du Conseil Mario Monti.

Depuis l'introduction de l'euro, c'est en effet le premier exécutif de ce type, non dirigé par un homme politique. Il est notamment remarquable qu'il ait été constitué, sous le pilotage du président de la république, Giorgio Napolitano, aussi vite. Il faut avoir à l'esprit que malgré plusieurs réformes institutionnelles et même constitutionnelles, l'Italie a un système parlementaire similaire aux troisième et quatrième républiques françaises. Or, en l'espace d'une semaine, après la constatation de l'absence de majorité à la Chambre pour le gouvernement en place, le parlement a voté le budget 2012 incluant une bonne partie des mesures demandées par l'Union européenne (UE). Puis le président de la république a chargé Mario Monti de former un nouveau gouvernement qui a été présenté mercredi et devrait obtenir la confiance ce jeudi ou vendredi. C'est extrêmement rapide.

Ce gouvernement de Mario Monti est-il similaire aux exécutifs " techniques" (Ciampi, Dini) qui, dans les années 1990, avaient qualifié l'Italie à l'euro ?

Comme à cette époque, mais dans un contexte différent, nous sommes dans un moment de crise très aigüe. Cela peut et doit donc être aussi une opportunité extraordinaire pour l'Italie. Ce gouvernement de "mission", à qui des objectifs précis sont assignés, va bénéficier d'une majorité très large, inédite, au Parlement. Les deux grands partis du pays, à gauche et à droite, vont le soutenir. Le nouveau gouvernement devra mettre en ?uvre les mesures déjà approuvées par le Parlement le week-end dernier et lancer le reste de celles décidées en commun avec la Banque centrale européenne (BCE) et la Commission européenne. Mario Monti a bien résumé sa tâche: rigueur budgétaire, diminution de la dette, croissance et équité.

Au-delà du soutien des partis politiques, que faut-il attendre des puissants partenaires sociaux italiens ?

Le président du Conseil Mario Monti a tenu à terminer ses consultations précisément en rencontrant les partenaires sociaux. Le patronat (Confindustria) a donné son feu vert inconditionnel, les syndicats sont plus partagés, notamment la grande centrale CGIL qui réclamait des élections. C'est dans ce domaine que la capacité de conviction et de consensus de Mario Monti devra pleinement s'exercer et sera décisive: pour convaincre du besoin de rigueur , d'austérité, mais aussi de libéralisation du marché du travail qui fait partie des mesures demandées par Bruxelles

Mario Monti n'est pas un homme de parti mais il a pour lui la vaste majorité de l'opinion publique italienne, cela peut-il créer une dynamique ?

En effet l'élan de l'opinion publique pour Mario Monti est authentique et repose sur le fait que l'Europe est dans l'ADN des Italiens. Son rôle, notamment, à la Commission européenne a été très apprécié par les Italiens : je ne suis pas sûr que dans d'autres grands pays européens on ferait un aussi bon accueil à une telle personnalité profondément européenne...

Par ailleurs, il faut avoir à l'esprit que malgré les vastes économies budgétaires récentes adoptées pour un total de 60 à 70 milliards d'euros, le climat social est demeuré relativement calme, surtout si on le compare à d'autres pays comme la Grèce ou le Portugal ou même de grands pays européens quand ils engagent des réformes importantes. Je suis confiant que ce climat social restera favorable en Italie. .

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L'Italie sera-t-elle plus présente sur la scène européenne ?

Un président du Conseil nommé Mario Monti s'engagera pour avancer dans la construction européenne et sûrement pas pour quelque chose qui pourrait la ralentir. Les convictions européennes des Italiens et leur confiance portent inévitablement à un retour plus fort vers notre identité européenne.

La crise n'est pas seulement italienne : c'est une crise de l'Europe et de l'euro. Soit nous résolvons cette crise soit l'euro disparaît et avec lui l'Europe, cette deuxième option est inenvisageable pour moi. L'Italie doit revenir à un rôle d'acteur et non pas seulement de témoin en Europe. L'Italie veut revenir à une participation active dans le débat européen. Nous n'avons jamais été ni jaloux du couple franco-allemand ni opposés à une plus forte entente de pays voulant aller de l'avant avec des solutions intergouvernementales.

La crise de l'euro exige aussi un rôle plus précis et plus actif des institutions européennes. Un contrôle préalable des budgets voire une gouvernance économique européenne plus forte sont nécessaires : pour l'instant cela ne se concrétise guère dans le dialogue franco-allemand.

Enfin côté politique européenne, nous avons pu être en retrait ces derniers mois, l'Italie a toutefois été très présente sur les volets de politique étrangère et de défense : nous participons à de nombreuses opérations de maintien de la paix, partout dans le monde, à peu près autant que la France. Notre participation a été décisive dans l'intervention en Libye , notamment en mettant à disposition nos bases.

Comment jugez-vous la perception de l'Italie en France ?

C'est peut-être mon plus grand souci en tant qu'ambassadeur d'Italie en France : au-delà de l'intérêt et même de l'admiration pour l'Italie en France il y a une sorte de brume sur la réalité économique et sociale de l'Italie, pays moderne et partenaire de la France dans l'UE. Combien de Français savent que l'Italie est la troisième économie de la zone euro, la deuxième puissance manufacturière en Europe après l'Allemagne et devant la France , et reposant sur un tissu extraordinaire de PME PMI ?

Au moment de l'introduction de l'euro et de l'accélération de la globalisation au début des années 2000 on redoutait la disparition d'une partie de ces PME PMI. Or ces entreprises au nord et au centre de l'Italie se sont complètement reconverties, remportant ce défi sur le plan de la qualité. Nos exportations aussi sont bien reparties. Côté finances publiques, notre dette est certes très élevée mais elle est toutefois détenue à 55% par les familles italiennes, l'attaque spéculative ne concerne donc qu'une partie de cette dette.

Le déficit public italien est bien plus bas que celui de la France, nous maintenons l'objectif d'un retour à l'équilibre budgétaire dès 2013 quand bien même notre croissance devait être révisée à la baisse. Notre solde primaire budgétaire est excédentaire et significatif et devrait augmenter les prochaines années. Ce sont des chiffres encourageants.

Il y a eu quelques inquiétudes en Italie au printemps lors de plusieurs rachats de firmes italiennes par des entreprises françaises (Parmalat par Lactalis, Bulgari par LVMH...)...

Ce sentiment d'une "invasion française" de l'Italie est erroné : en termes de stocks d'investissements d'un pays dans l'autre, les niveaux sont similaires (une trentaine de milliards d'euros respectifs). La différence est que les investissements français en Italie sont beaucoup plus visibles car ils sont souvent le fait de grandes entreprises alors que du côté italien ce sont plutôt des PME PMI qui viennent tenter leur chance en France.

Dans des secteurs comme l'énergie et les chemins de fer, la position française face à la concurrence européenne doit en revanche encore évoluer.

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D'ailleurs dans le contexte des libéralisations lancées avec la loi de stabilité notamment pour la privatisation d'actifs de régies municipales, le nouveau gouvernement veillera sans aucun doute à ce qu'elles se fassent avec un souci de parité, d'égalité.

Propos recueillis par Frank Paul Weber

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