"Nous sommes prêts à modifier les traités pour des règles plus strictes"

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Le Premier ministre de Finlande déclare son pays prêt à modifier les traités pour renforcer la gouvernance de l'UE.

Pensez-vous que les changements de gouvernement en Grèce et en Italie puissent stabiliser la situation en Europe ?

Le prochain gouvernement grec devra poursuivre une politique d'ajustement. La Grèce a perdu la confiance des marchés et personne d'autre qu'elle-même ne peut regagner cette confiance. Concernant l'Italie, ce qui importe le plus est qu'elle réalise un programme d'ajustement pleinement transparent et selon un calendrier le plus clair possible. Lorsque vous êtes dans une situation où le marché ne vous fait pas confiance, vous devez regagner votre crédibilité. Vous ne pouvez pas promettre plus que ce que vous ne pouvez réellement faire. On ne peut s'en tenir à des discours, il faut aussi montrer que l'on est capable de prendre des décisions difficiles. Il existe quelques exemples de stabilisation réussie dans l'histoire récente. Regardez ce qui s'est passé en Irlande ou en Lettonie. Les gouvernements ont dit en toute transparence ce qu'ils allaient faire et ils ont regagné de la crédibilité. C'est donc possible. Mais cela signifie que l'on doit se montrer prêt à faire des sacrifices. Nous avons eu nous aussi dans les années 1990 dans les pays nordiques une crise difficile et nous avons pris des mesures d'austérité. C'était une période très éprouvante. Certains disent que l'on ne peut pas comparer les pays nordiques ou baltes avec ceux qui sont aujourd'hui touchés par la crise. Je ne sais pas pourquoi ils seraient si différents. Nos économies sont similaires. Il faut simplement faire ce que l'on doit faire. Et l'Union européenne ne peut pas remplacer les gouvernements nationaux pour regagner la crédibilité perdue.

Quel type de nouvelle gouvernance souhaitez-vous pour la zone euro ?

Nous avons besoin d'une gouvernance plus forte. Le "Six Pack" (le train de six mesures destinées à rendre la gouvernance économique plus rigoureuse dans l'UE, ndlr) est une très bonne initiative et je crois qu'on ne se rend pas encore compte à quel point il est important. Mais il faut plus d'automaticité dans les sanctions contre ceux qui ne respectent pas le pacte de stabilité et de croissance. Il faut des commissaires européens plus indépendants qui puissent contrôler plus étroitement le strict respect des règles. Nous avons connu jusqu'à présent une situation malsaine où il était possible de négocier lorsque l'on avait enfreint les règles. Nous ne pouvons plus nous permettre un tel comportement. C'est pourquoi nous sommes prêts à réfléchir à une modification des traités pour obtenir des règles plus strictes. Tout ce qui peut renforcer la discipline économique et financière est positif.

Un petit pays comme la Finlande souffre-t-il de la domination du couple franco-allemand dans les décisions qui ont été prises durant cette crise ?

Il est difficile d'imaginer que l'Union européenne puisse décider quoi que ce soit qui ne soit pas approuvé par la France et l'Allemagne. Par ailleurs, l'influence des petits pays vient de leur propre comportement. Si vous avez agi correctement, vous êtes mieux entendu. Et parfois, Français et Allemands peuvent changer leurs accords au cours des discussions avec les autres pays. Enfin, nous sommes en faveur d'une commission forte. Voici quelques années, la France et l'Allemagne n'ont pas respecté le pacte de stabilité et de croissance. Cela a été un très mauvais exemple. C'est pourquoi nous sommes en faveur d'une commission qui puisse faire respecter les règles communes. Mais je dois dire que j'ai vraiment apprécié le leadership de Nicolas Sarkozy et d'Angela Merkel. Tous les deux sont de fortes personnalités et traversent une période difficile en politique intérieure, mais ils ont fait ce qui était nécessaire. L'Europe a besoin d'une direction forte. C'est pourquoi nous sommes pragmatiques. Bien sûr, nous voulons avoir de l'influence, nous voulons que notre voix soit entendue. Mais je ne pense pas qu'il soit toujours nécessaire de rendre compte aux petits pays si l'on a des dirigeants européens suffisamment forts. Cela pourrait au contraire conduire à les affaiblir.

Votre demande de "collatéral" comme condition à la participation finlandaise au plan d'aide à la Grèce a été perçue par certains en Europe comme une position "égoïste" ou le signe d'une volonté de s'éloigner de la zone euro. Que répondez-vous à ces critiques ?

Je peux comprendre que certains de nos partenaires n'aient pas apprécié cette demande. Mais après les élections en Finlande, c'était le prix pour faire accepter l'aide au Portugal, l'augmentation des ressources du FESF et la mise en place de son successeur. Mon gouvernement est un gouvernement pro-européen et c'est la raison pour laquelle le parti "Les Vrais Finlandais" ne sont pas dans la coalition. Mais être pro-européen ne signifie pas nier les problèmes quand ils se présentent. Les Finlandais sont si fortement en faveur d'une union basée sur les traités que nous pensons que l'on n'est pas vraiment un bon européen lorsque l'on ne respecte pas les règles communes. Ce serait la leçon que je veux tirer de cette crise : il faut en finir avec la tentation de créer des interprétations des règles communes.

Craignez-vous une récession pour la Finlande ?


Les banques en Finlande sont très solides et les derniers tests de résistance, où elles ont obtenu d'excellents résultats, l'ont prouvé. Mais évidemment, si le marché interbancaire est bloqué, cela aura également des conséquences sur notre économie. C'est ce qui est arrivé en 2008 après la faillite de Lehman Brothers. Finlande est une économie qui dépend à 50 % des exportations. Nous sommes dépendants du marché européen, du marché russe et de l'économie mondiale en général. Et s'il y a une récession, nous souffrirons, bien sûr. Notre dette publique cependant n'est pas élevée en ce moment, même si elle est en augmentation. Cela nous donne des marges de manœuvre pour prendre des mesures pour conserver le contrôle de la situation.

Fukushima et la sortie annoncée de l'Allemagne du nucléaire sont-ils des événements qui vont modifier la politique nucléaire de votre pays ?


La décision allemande n'a pas d'influence sur notre politique énergétique. Fukushima nous invite à renforcer encore notre sécurité nucléaire qui est déjà une des plus sûres au monde. Mais ces événements n'ont pas modifié notre politique énergétique. Nous voulons rester aussi indépendants que possible. Nous avons donc besoin pour cela de l'énergie nucléaire. Nous avons déjà nommé une commission pour construire deux nouveaux réacteurs. Durant cette législature, nous ne donnerons pas de licences supplémentaires pour construire des réacteurs supplémentaires. Mais moi et mon parti sommes favorables à une autorisation supplémentaire. J'espère que le prochain gouvernement pourra l'accorder.
 

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Commentaires
a écrit le 18/11/2011 à 12:19 :
En fait, il oublie de référer, voire de tempérer, les afirmations politiquement incorrectes faites par son ministre des affaires étrangères, Alexander Stubb, à l'agence Reuteurs, à savoir, en gros : «Pour moi l'euro est un système darwiniste, c'est la survie du plus fort! Les marchés peuvent s'en charger et je pense que c'est la meilleur solution!»...En somme, plus irresponsable et nihiliste que moi... tu meurs...
a écrit le 18/11/2011 à 11:44 :
Une attitude pragmatique et saine.
a écrit le 18/11/2011 à 8:49 :
Il ne dit pas grand chose au bout du compte. La vérité est que les peuples n'ont pas grand chose à dire. Ils ne sont quasiment pas consultés. Et le parlement européen, de par son mode de désignation du moins en France, est une véritable caricature de démocratie. C'est plutôt la chambre des pairs de la Monarchie de Juillet.

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