BPI : éviter que le mieux attendu soit l'ennemi du bien existant

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La Banque Publique d'Investissement est l'exemple type de la bonne idée qui peut finir mal si elle reste dans le flou qui demeure sur sa mission.

L'idée de départ de la BPI est bonne : rassembler derrière un guichet unique différents instruments de soutien au financement des entreprises (Fonds stratégique d'investissement, Oséo et CDC Entreprises) puis, à terme, les fonds d'aide à l'exportation (Ubifrance et la Coface) pour promouvoir les filières d'avenir. Ces outils ont déjà un fonctionnement performant. Les regrouper au sein de la Banque Publique d'Investissement (BPI) sous forme de guichet unique peut être facteur d'une meilleure lisibilité pour les entreprises.

L'échelon régional aux manettes ?

Paradoxalement, de zones d'ombre en imprécisions, le projet du gouvernement, lui, manque encore à ce stade de lisibilité. Prenons un exemple, le niveau de prise de décision. Le projet prévoit la mise en place un conseil national d'orientation et de conseils régionaux d'orientation. Ces derniers articuleraient l'action de la banque publique d'investissement avec les schémas régionaux de développement économique. Jean-Marc Ayrault a d'ailleurs précisé, à l'issue du conseil des ministres de mercredi, que les décisions seraient prises à l'échelle régionale pour 90% des projets.

Mais, qui va composer ce conseil régional d'orientation ? Et quel sera son degré de liberté dans la prise de décision ? Un ancrage territorial est indispensable pour mener une action appropriée au tissu économique. Or, ici, il y a deux cas de figure possibles : soit l'échelon régional disposera d'un réel pouvoir de décision et de choix stratégiques ; soit, rigoureusement encadré par des lignes directrices, il deviendra un lieu d'enregistrement des projets et resteradénué de marge de man?uvre dans ses prises de décision. Les territoires sont multiples et leurs tissus économiques variables. La BPI ne peut atteindre ses objectifs que si, à l'image de la loi à venir sur la décentralisation, elle s'inscrit dans une démarche de développement des politiques économiques au niveau régional.

Gare aux doublons !

Autre interrogation : où commence et où s'arrête la mission de la banque ? Si, comme cela semble être le cas, elle offre également des services d'accompagnement des entreprises et de soutien renforcé à l'innovation et à l'export, le risque de doublons est réel, et avec lui, celui de dépenses publiques inutiles et de multiplication des interlocuteurs pour les PME. Le réseau des Chambres de Commerce et d'Industrie (CCI) offre déjà de nombreux services d'accompagnement des entreprises sur les territoires.Il conseille les entreprises au moment de leur création, puis à chaque étape de leur développement mais aussi en cas de difficultés ou en vue d'une cession. Les aspects innovation et export ne sont pas en reste, avec, par exemple dans le Nord-Pas de Calais, CCI international et CCI innovation. Il convient donc de définir avec davantage de précisions ce que seront ces missions d'accompagnement de la BPI et leur articulation avec l'action consulaire.

Je n'ai aucun doute quant au fait que la BPI puisse être un instrument utile pour stimuler l'économie et l'emploi. Reste à savoir quelles seront les articulations concrètes à l'intérieur des grandes lignes dessinées par le gouvernement. La mutualisation d'outils qui fonctionnent bien pour l'instant peut déboucher sur une meilleure efficacité. Ce n'est pas pour autant garanti et c'est pourquoi il faut sortir du flou. Vite.

Philippe Vasseur, ancien ministre, est le président de la Chambre de commerce et d'industrie de la région Nord de France et le président du Crédit Mutuel Nord Europe.
 

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a écrit le 22/10/2012 à 10:02 :
Compte tenu des risques évoqués dans l'article, il faut appliquer le principe de précaution à la BPI.
a écrit le 20/10/2012 à 17:56 :
Ce n'est pas être visionnaire et, ou, pessimiste que de douter de l'efficacité avenir de la BPI. Elle sera aux mains des régions qui sont entièrement aux mains des socialistes, si vous voyez ce que je veux dire. Constituée d'outils déjà performants (OSEO, FSI,CDC), comment voulez vous que la BPI, nouvelle machine administrative apporte de l'efficacité.
Il y de forte chance que les concours bancaires alloués aux candidats seront ceux qui apporteront le mieux disant social plutôt que le mieux disant économique. Je crains que la BPI, soit l'instrument économique de la gauche
a écrit le 20/10/2012 à 16:35 :
OSEO et le FSI étaient efficaces. Pourquoi bâtir une usine à gaz, qui fer difficilement mieux, et très probablement nettement plus mal ?
Réponse de le 20/10/2012 à 18:09 :
Ah, bon ? Efficaces pour qui ?
Réponse de le 21/10/2012 à 11:16 :
CDC entreprise est présente dans 50% des opérations de capital investissement en PME...Le problème, reste que les interventions de cet type rets ultra sélectives, et ne touchent "que" 2000 entreprises /an environ"..La garantie oseo permet souvent d?obtenir l?acceptation d'un prêt bancaire. donc c?est efficace pour les entreprise dont le projet est jugé " a potentiel " (avec tout les risques d'erreur d?appréciation que cela comporte) . pas pour les autres, c?est vrai...
a écrit le 20/10/2012 à 14:27 :
La BPI utilise notre argent, de l'argent volé. La BPI est déjà coupable de recel. Ceux qui choisiront de collaborer avec la BPI ou de toucher des subventions provenant de la BPI, s'ils ont un minimum d'éthique personnelle, devraient réfléchir à la provenance illégitime des capitaux avant de les accepter.
Réponse de le 20/10/2012 à 18:13 :
Le problème c'est que BPI n'apporte aucun argent ! Il avalise les engagements précédants, compte embarquer des prêteurs individuels et pour le reste donne uniquement mais c'est beaucoup, la garantie de l'état. A l'exemple de ce que font anormalement les allemands. Certains auront la garantie de l'état et d'autres pas... Vous voyez quel sort et quelle note leurs seront réservés.

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