Europe : vers l'Union politique ?

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A la veille du conseil européen des 18 et 19 octobre derniers, le président de la République François Hollande a accordé une interview à plusieurs journaux. A défaut d'envolée lyrique, ce discours semble donc indiquer ce que sera la trame de la politique européenne de la France sous ce quinquennat.

Insistant sur ce que fut le créneau de sa campagne, c'est-à-dire une Europe plus solidaire arrimée à la croissance, le Président a écarté le débat « Europe fédérale-Europe des nations » qui a pourtant toujours été sous-jacent à la construction européenne. Il n'a pas pour autant fermé la porte à une réflexion stratégique sur la future architecture de l'Union puisqu'il a utilisé l'expression « union politique ».

Si cette notion est encore à préciser dans l'esprit du chef de l'Etat, il est clair qu'en indiquant la date de 2014, il entend favoriser le dialogue avec les représentants du peuple puisque ce débat pourrait avoir lieu lors des prochaines élections au parlement européen de 2014. Cependant, hélas, l'expérience montre que lors des élections européennes, les débats sont largement nationaux et centrés sur les enjeux politiques nationaux. Nous ne sommes pas persuadés que l'enjeu des élections de 2014 sera l'avenir de l'Union, mais la possibilité d'en débattre lors de cette consultation est positive. Surtout, les prochaines élections permettront aux partis politiques de se positionner par rapport à cette perspective d'union politique et, au-delà de cette dénomination, de lui donner un contenu.

Car le Président de la République a raison : si la construction européenne doit continuer à avancer, encore faut-il que les dirigeants européens possèdent une vision stratégique à long terme ; tel a toujours été le cas au cours des dernières décennies. Encore faut-il que l'on se mettre d'accord sur l'acception de ce terme tant il est vrai que les ambiguïtés en la matière sont nombreuses. Rappelons que lors des débats sur la mise en place du mécanisme de stabilité budgétaire et la gouvernance économique, plusieurs ministres avaient utilisé l'expression « Europe fédérale » ou « fédéralisme économique » alors que le mécanisme européen de stabilité élaboré sous la pression de la crise financière avait finalement donné naissance à un mécanisme classiquement intergouvernemental sous la houlette de Nicolas Sarkozy, peu disposé à concéder quelque pouvoir que ce soit à la commission européenne et au Parlement européen...

Le principal défi de l'Union politique sera de donner un vrai visage à l'Europe afin de disposer, par exemple, d'un seul président de l'Europe ayant rang de chef d'Etat, d'un Parlement doté du pouvoir définitif de nomination du futur président de l'Europe à défaut de pouvoir l'élire au suffrage universel direct. Enfin, il s'agira de coupler cette avancée politique avec des avancées sociales afin de « réenclencher » cette envie d'Europe qui fait si cruellement défaut...

Pour ce faire, le débat doit avoir lieu dès maintenant entre le gouvernement et le Parlement en France, grâce à une structure qui devrait, au-delà de la gestion des affaires européennes au quotidien, formuler des propositions dès l'année prochaine, en même temps, par exemple, que la mise en place finalisée du mécanisme de supervision bancaire par la banque centrale européenne. Cela aurait un sens politique évident.

La mise en place de cette union politique permettrait aussi d'agréger autour du couple franco-allemand d'autres partenaires lesquels éviteraient ainsi l'exclusivité d'une relation tant critiquée, même s'il est évident que l'entente entre ces deux grands pays de l'Union européenne demeure vitale pour les projets à venir, y compris et surtout dans la perspective de l'Union politique. Au final, si le chef de l'Etat a estimé que ce qui menace l'Europe « c'est son absence » et qu'il s'agit aujourd'hui de « donner un sens à ses décisions », enfin « renouer avec l'espérance », la responsabilité des dirigeants européens est évidente. Mais cette ambition ne saurait se construire uniquement lors de négociations diplomatiques dans les couloirs froids du bâtiment du Conseil européen à Bruxelles, mais avec une participation effective des peuples européens. Il y a donc urgence à mettre en place dès maintenant les moyens d'un vrai dialogue avec les peuples, qu'il ne faut pas esquiver, dans la perspective des élections du Parlement européen au mois de juin 2014.


 

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a écrit le 31/10/2013 à 20:43 :
Europe : vers l'Union politique ?
burning fat http://memoto.es/article.php?id=12258
a écrit le 04/11/2012 à 14:31 :
Parler de mettre en place un vrai dialogue avec les peuples tout en excluant l'élection au suffrage universel du futur président européen, c'est très trés fort ! Recherche Démocratie désespérément...
a écrit le 02/11/2012 à 11:05 :
Comme Philippe Seguin, je ne crois pas à un état sans culture partagée. Il n'y a selon moi que peu de valeurs en commun entre les pays hanséatiques (Benelux, Allemagne, Scandinavie) et les pays méditerrannéens..La France a été un pont historique entre "l'oil" et "l'oc" mais si elle se fond dans cet ensemble la fracture réapparaîtra. Quant à UK ce n'est pas une île en Europe, c'est une île au milieu de l'atlantique.
Par contre je souhaite qu'on clarifie ce qui relève du national et ce qui pourrait relever demain du supra-national : je suis hostile à une Europe centralisée comme aujourd'hui dans le domaine économique et social où les règlements de la vie quotidienne venant de l'Europe sont innombrables et je suis encore plus hostile à l'harmonisation fiscale. Par contre je ne suis pas hostile à une zone monétaire supranationale (faire du déficit et de la dette n'est pas selon moi la marque d'une souveraineté éclairée et la BCE n'a pas d'autre mandat que de stabiliser les paramètres intensifs de l'économie : taux, prix...et donc n'a aucun mandat politique) et je veux bien qu'on réfléchisse aussi à la mutualisation du "régalien strict" (partage du bouclier nucléaire qui nous coûte fort cher, représentation internationale, contrôle des frontières de l'Europe).
a écrit le 02/11/2012 à 4:09 :
Les couloirs froids du bâtiment du Conseil européen à Bruxelles: qui a dit qu'ils sont plus froids que ceux du BundesTag, de Matignon ou d'ailleurs ? Imagerie ridicule qui perpétue ce manque d'envie d'Europe. Ce que l'on rencontre dans les couloirs pas froids du tout de Bruxelles, ce sont des gens souriants, qui sont enthousiastes sur le projet européen, et ce du cadre danois ou slovène à la secrétaire souvent belge.
C'est toujours mieux que ce qu'on trouve à Paris: des gens pessimistes et revêches qui ont oublié ce qu'hospitalité ou énergie de vivre signifient, parce qu'ils ne pensent qu'à ce qu'ils risquent de perdre au lieu de regarder ce qu'ils peuvent gagner.
a écrit le 01/11/2012 à 20:06 :
Oui pour une union politique mais il faut aussi plus d'intégration économique européenne.
www.investigations-privees.com
a écrit le 01/11/2012 à 16:18 :
Il faut en finir avec les vieilles lunes Souverainistes, le Traité de Maastricht a été adopter par référendum, Nicolas Sarkozy a été élu sur la promesse de faire voter un nouveau Traité (Lisbonne) par le Parlement (les électeurs ont votés pour lui et donc pour ce programme) et non par référendum, le Parlement Européen est élu au suffrage universel direct et proportionnel, la Commission Européenne est investie par ce même Parlement, il est donc faux et mensonger de prétendre que les gens ne sont pas consultés sur l'Europe. Les Souverainistes sont comme les Bolchéviques, pour la Démocratie, seulement quand ça les arrangent.

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