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ÉconomieUnion européenne

Europe : l'Allemagne impose son calendrier

Romaric Godin

Publié le 19 octobre 2012 à 14:08 - Mis à jour le 19 octobre 2012 à 14:24

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Le calendrier de l'union bancaire est calqué sur le calendrier électoral allemand. Angela Merkel donne le tempo du chantier européen. Décryptage de sa stratégie.

Ce sommet européen n?aura pas été si vain qu?il y paraît. Non pas sans doute par les raisons qu?en donnent les observateurs et les chefs d?Etat participants: une avancée sur une union bancaire qui est passée simplement, comme le soulignait Mariano Rajoy, de l?état d?idée à celui de possibilité. Mais bien plutôt parce qu?il a clarifié la situation.

Un calendrier électoral qui s?impose à l?Europe

Aussi sait-on désormais ce qui déterminera l?ordre du jour européen au cours de ces prochains mois: l?élection fédérale allemande, et accessoirement l?élection régionale bavaroise, toutes deux prévues en septembre prochain. Le calendrier ?ou plutôt l?esquisse de calendrier? sur l?union bancaire en apporte une preuve éclatante. Les modalités techniques de cette union devront être discutées «durant l?année 2013» et l?aide directe du MES aux banques ne pourra devenir réalité qu?après le bouclage de la supervision commune. Autant dire que ce que les Européens ont offert à Angela Merkel ce jeudi 18 octobre n?a pas de prix, c?est la tranquillité jusqu?aux élections fédérales.

Dans un an, le bonheur...

Cette tranquillité est double pour Berlin: il n?y aura aucun besoin de faire appel au MES avant le scrutin et le sujet sensible de la supervision des caisses d?épargne et des banques mutualistes pourra être utilisée comme «bouclier» pour faire traîner au moins jusqu?en septembre les négociations sur la concrétisation de l?union bancaire. Dans l?idée d?Angela Merkel, tout se jouera donc après septembre. C?est également le sens de la déclaration le 12 octobre de Wolfgang Schäuble à Singapour: dans un an, «les incertitudes qui pèsent sur la zone euro seront levées. »

Stratégie de concession et d?attente

Depuis le mois d?août dernier et ses vacances au Tyrol du sud en Italie, la chancelière a établi une stratégie: calmer à tout prix le feu de la zone euro. Non par européanisme convaincu comme l?ont trop souvent cru de nombreux observateurs bruxellois, mais parce qu?un effondrement de la zone euro après deux ans de gestion franco-allemande de la crise aurait été une catastrophe pour la campagne de la chancelière. Forte de sa position dominante au sein de la droite allemande, Angela Merkel a donc accepté d?importantes concessions: intervention de la BCE et assouplissement des contraintes grecques. Mais elle a attendu, en retour, qu?on la laissât en paix, et notamment que le Bundestag n?eût pas, à nouveau, à accorder un nouveau chèque pour le MES. C?est aussi pour cela que Berlin répugne à reprendre l?héritage des banques espagnoles. Si l?on dépasse les 500 milliards d?euros autorisés sur le MES, il faudra en effet en repasser par le Bundestag, comme l?a décidé Karlsruhe en septembre.

Madrid contre Berlin

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Angela Merkel veut axer sa campagne sur la défense des intérêts allemands en Europe. Elle ne peut le faire en réclamant un nouvel effort potentiel des contribuables. On le conçoit donc: dans ce cadre, l?intérêt de l?Europe et celui des Etats membres passent au second plan. Le projet d?union budgétaire porté par Wolfgang Schäuble, puis par Angela Merkel, était ainsi un moyen de bloquer le budget fédéral proposé par la commission. Là encore, c?était un moyen de ne rien décider et de ne pas avancer avant les élections. Pourtant, la stratégie de la chancelière est hautement risquée. Elle s?appuie sur la certitude que les deux concessions déjà citées suffiront à calmer pendant un an les marchés. Les investisseurs, persuadés que toute attaque contre l?Espagne sera contrée par la BCE, ne s?y frotteront pas. Et Angela Merkel aura le loisir de mener à bien sa campagne. Mais encore faut-il que Madrid joue le jeu, fasse une demande d?aide classique au MES (dans ce cas, le Bundestag n?a pas à se prononcer en séance plénière) pour pouvoir bénéficier du soutien de la BCE. Mais Mariano Rajoy, qui lui aussi à ses problèmes internes, tergiverse et, in fine, met en péril la stratégie de Berlin. On le voit, plus que jamais, l?Europe est, de plus en plus, une addition d?intérêts particuliers souvent contradictoires.

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