Jacques Attali "L'Europe, laboratoire des maux du monde"

Le président de l'organisation internationale spécialiste de la microfinance PlaNet Finance plaide pour la création d'un État fédéral européen. L'urgence : l'union budgétaire et fiscale. Il estime que François Hollande a pris la mesure de ce qu'il faut faire face à la crise. Mais il faut accélérer les réformes.
Ancien conseiller de françois mitterrand et président de la commission pour la libération de la croissance de 2007 à 2008, Jacques attali est à la tête de l'organisation internationale spécialiste de la microfinance PlaNet Finance.

La Tribune - La France est en stagnation, la zone euro en récession. Faut-il se résigner à vivre dans un monde occidental sans croissance forte ?
Jacques Attali - Si la définition de la crise est le chômage, il mettra du temps à redescendre. Pourtant, si on regarde bien les fondamentaux, tous les ingrédients de la croissance sont là. L'Occident dispose d'une épargne gigantesque, d'une main-d'?uvre qualifiée et de progrès techniques spectaculaires avec les nouvelles technologies de l'information, les nanotechnologies et les énergies d'avenir. Nous ne devrions donc pas connaître de crise. Si la croissance n'est pas là, cela vient avant tout d'une mauvaise gouvernance du monde. Nous manquons d'un État de droit mondial qui coordonne les grandes zones et corrige les déséquilibres. Nous avons construit une économie de marché mondiale, mais sans régulation mondiale. La théorie économique montre que cela ne peut aboutir qu'à un équilibre de sous-emploi des facteurs. Faute de gouvernance mondiale, ce que l'on voit, c'est la montée spectaculaire de l'économie criminelle, mafieuse. Nous assistons à une « somalisation » de la planète depuis trente ans, qui conduit à une morcellisation au profit des plus riches et au détriment des plus pauvres. On le voit partout. Aux États-Unis, il n'y a plus de système social uni. La Chine a le plus grand mal à tenir son unité nationale. On le voit enfin en Europe, qui risque l'implosion. L'Europe, au travers de la crise de sa monnaie, est devenue le laboratoire des maux qui frappent le monde et c'est pour cela que notre situation inquiète et intéresse tant.

Quand verra-t-on le bout du tunnel dans la crise de l'eurozone ?
L'Europe ne peut se maintenir comme un espace ouvert que si ses peuples créent un État de droit fédéral. Nous avons fait une partie du chemin avec la BCE, qui fait magnifiquement son travail depuis l'arrivée de Mario Draghi. Mais il faut maintenant réaliser de toute urgence l'union budgétaire et fiscale. Tant que ce ne sera pas le cas, il y aura un danger d'explosion. Une monnaie ne peut pas tenir dans la durée sans État : regardez l'URSS, ou l'ex-Yougoslavie. C'est donc pour l'Europe le moment de vérité. Ce que fait la BCE en tentant de réunifier les taux d'intérêt est un tournant majeur. Reste à savoir si les gouvernements seront aussi audacieux. Avec l'OMT, c'est-à-dire son programme de rachat de dettes illimité, la BCE donne du temps au politique. Mais celui-ci ne doit pas en profiter pour renoncer aux efforts. Tout signe d'un abandon du sérieux budgétaire par un pays serait immédiatement sanctionné. Il y a deux risques symétriques : la sortie de la Grèce, mais aussi celle de la Finlande.

La France est-elle en train de changer de modèle de croissance ?
Il lui faut trouver de nouveaux moteurs. Il y a deux atouts français : l'innovation et les services. Sur l'emploi, il y a une réforme urgente, celle de la formation professionnelle. Toute personne qui se forme exerce un métier. Au nom de quoi on n'est pas considéré comme chômeur quand on se soigne et on l'est lorsque l'on se forme ? Il faut sortir les gens du chômage en créant la sécurisation des parcours professionnels, que nous avions appelée le contrat d'évolution, dans la commission que j'ai présidé.

François Hollande est-il assez audacieux ?
Le rendez-vous est le budget 2013, qui dira ce qu'il en est de l'audace du gouvernement sur la réforme de l'État, les économies dans les dépenses et la réforme fiscale en faveur du risque et contre les rentes de toute sorte. Je pense que l'exécutif a bien pris la mesure de ce qu'il faut faire. Mais il doit prendre le temps de forger un consensus sur les réformes sociales car un pays qui se bloque est un pays qui n'avance plus. Il faut maintenir l'objectif de réduire le déficit à 3 % du PIB en 2013, car c'est un levier. Mais s'il faut in fine prendre un peu plus de temps parce que des dépenses nouvelles sont nécessaires et utiles, par exemple pour activer les politiques d'emploi, ce ne me semble pas un obstacle, si la réduction du déficit demeure inscrite dans la durée.

Quelle est votre influence auprès du nouveau pouvoir ?
Je m'exprime librement en raison de la commission bipartisane que j'ai présidée sur la libération de la croissance et dont nombre de rapporteurs ont irrigué les cabinets ministériels. Ce rapport reste d'une totale actualité dans l'ensemble de ses propositions non encore adoptées. Ce qui m'inquiète le plus, ce n'est pas la détermination de François Hollande à réformer le pays, mais l'influence trop grande des élus locaux qui peuvent freiner la baisse de la dépense publique avec d'autant plus de force que l'on approchera des élections locales de 2014. C'est pourquoi il faut agir maintenant. Ce qui se passe sur la Banque publique d'investissement est emblématique des résistances au changement. Si c'est pour rétablir 22 sociétés de développement régional (SDR), elle ne servira à rien.

PlaNet Finance organise au Havre le premier Forum de l'économie positive. Quelle en est l'ambition ?
Entre l'économie capitaliste pure et les ONG se développe un tiers secteur d'entreprises pour lesquelles le profit n'est pas tout. Les ONG ont besoin d'équilibrer leurs comptes et les entreprises se cherchent une âme. Le forum LH a l'ambition de réunir chaque année ces acteurs dans une sorte de Davos de l'économie sociale et solidaire pour montrer cette réalité nouvelle. Le Havre a remporté l'appel à candidature pour accueillir le forum. Le premier port français a vocation à bénéficier de la position de la France deuxième façade maritime du monde. Le Havre, c'est le débouché du Grand Paris.
L'économie positive rassemble tous ceux pour qui l'économie suppose plus que le profit. Du profit, pour être financièrement durable. Et plus que le profit, pour être socialement et écologiquement durable. C'est un concept que j'avais écrit pour Antoine Riboud en 1972, il y a quarante ans, dans un discours prononcé devant le CNPF à Marseille, et qui avait déjà eu un fort impact à l'époque.

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Il est comme ça !

iPhone ou Samsung ? BlackBerry.
Tablette ou smartphone ? Un Galaxy II comme iPod pour préparer mes concerts.
Lève-tôt ou couche-tard ? Les deux.
Travail le week-end ou détente ? Je n'ai jamais pensé que travailler était autre chose qu'une détente.
Note de synthèse ou rapport fouillé ? Churchill disait : « Cette note est suffisamment longue pour mériter de ne pas être lue. »
Votre plus grand regret professionnel ? Aucun, tout est devant.

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Commentaires 36
à écrit le 30/03/2013 à 18:42
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M ATTALI A RAISON la france et leurope a beaucoup d aout rien qu en france ils y a des cartons plein de nouvelles invention qui ne demande qu a etre fabrique si les banques et l etat veux bien investir CAR LE MAL FRANCAIS VIENS DU FAIT QUE LES IND...

à écrit le 30/03/2013 à 12:14
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Sur les 13 membres du Conseil d'Administration de la BPI, 1 seule chef d'entreprise, le reste ce sont des fonctionnaires qui vont se prendre pour des investisseurs avec comme patrons les politiques qui nous gouvernent. Bon courage la France.

à écrit le 30/03/2013 à 3:58
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Jacque Attali c'est qui ? A oui c'est le porte parole de la classe politique qui nous gouverne.

à écrit le 22/09/2012 à 22:50
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Saoulant Attali a rabacher toujours les memes trucs. Si le chomage en France va grimper de 600.000 d'ici le mois de Juin, si on a au moins -1% de recession, c'est parce que Hollande essaye de se mettre dans la trajectoire du pacte budgetaire (-1% d...

à écrit le 22/09/2012 à 19:47
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la france est le pays où on intellectualise les problèmes simples et on passe à coté des solutions évidentes. le problème tel que signalé par "lecontext" est qu'on a réussi à voter des budgets en déficit depuis 30 ans, créé une dette de 1700 milliard...

à écrit le 22/09/2012 à 19:44
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La position d'une vision fédéraliste qui semblait être un concept idéologique (par ailleurs écarté par les hommes politiques, jusqu'à présent) , apparaît aujourd'hui comme la seule alternative réaliste, capable, non seulement de relancer l'Europe de ...

à écrit le 22/09/2012 à 16:53
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la France est en stagnation, l'Europe en récession et l'on donne encore du crédit à M. Attali qui a conseillé le pouvoir depuis 30 ans pour nous conduire dans la situation certainement la plus terrible (le plus dur est devant) que nous ayons rencontr...

à écrit le 22/09/2012 à 13:48
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Les critiques sont tout aussi simpliste que la proposition est pertinente.

à écrit le 21/09/2012 à 16:06
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Atali est un PSEUDO EXPERT ! il fait valoir son image pour vendre des livres RIEN DE PLUS ! Cela fait longtemps qu il dit des CONN......RIES ! Et en suite il se retranche derriere des excuses bidons ! Voir le rapport sur la liberation de la croissanc...

à écrit le 21/09/2012 à 14:20
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Il est temps de rendre l'anglais seule langue officielle et obligatoire dans toute l'Union Européenne, du moins la zone euro, pour fusionner les administrations publiques de chaque Etat et permettre une vraie mobilité. Pourquoi l'anglais malgré que l...

le 21/09/2012 à 16:03
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+10000

le 30/03/2013 à 3:55
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Pourquoi pas le chinois ?

le 08/07/2013 à 16:01
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Pourquoi faire ce cadeau aux Américains et Anglais ? Mieux vaudrait l'espagnol voire l'Esperanto.

à écrit le 21/09/2012 à 14:14
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L'Inde, le Brésil, les USA, la Chine, la Russie ( CEI), l'Indonésie, l'Australie,des unions d''états ont un point commun, il existe une langue officielle apprise et obligatoire pour permettre la communication et la mobilité des citoyens à travers ces...

le 21/09/2012 à 16:03
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+10000

à écrit le 21/09/2012 à 13:47
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Deux remarques : Premièrement, n'oublions pas qu?aujourd?hui de nombreux projets européens ne sont plus traduits en français... Bonjour la délégation de souveraineté, pour, ensuite découvrir que la majorité des documents européens les documents en ...

à écrit le 21/09/2012 à 13:38
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Jacques Attali: la France, laboratoire de ses idées sur le monde...

le 21/09/2012 à 15:09
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+100000

à écrit le 21/09/2012 à 11:53
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Attali qui etait conseiller de Mitterand,a qui on doit la regle absurde des 3% de deficits max,qui ne repose sur rien,aucune analyse economique,que dalle.Ils ont balance ce chiffre comme ca et maintenant tout tourne autour de ces 3% quand dans les mo...

le 22/09/2012 à 19:55
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dans les moments de crise, laisser filer le déficit ???? ha bon ? si votre voisin est surendetté, ne boucle plus les fins de mois, la solution est qu'il emprunte encore plus plutôt que baisser ses dépenses !!! si c'est votre logique, pretez lui votre...

le 30/03/2013 à 9:04
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le commentaire de Marion est pertinent et celui de RB assez débile car la question est: A qui emprunter quand on est fauché? Dans quelques temps quand les preteurs vont découvrir que nous ne faisons aucun efforts mis a part des rodomontades d'Enarque...

à écrit le 21/09/2012 à 11:42
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Marrant ce dechainement, l'analyse est simple et plutot pertinente, surtout concernant le potentiel europeen et le manque d'activite economique... L'Europe n'a jamais eu beaucoup de grand hommes politiques, du moins pas depuis longtemps..

le 22/09/2012 à 2:22
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Attali est quelqu'un qui confond les causes et les conséquences. Il affirme que des résultats économiques sont des causes alors qu'elles sont des conséquences de cultures et d'attitudes qu'il faut probablement faire évoluer. C'est trop simple de rest...

le 22/09/2012 à 22:20
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100% d'accord, le monde politico-administratif est en totale roue libre et personne pour relever le défi, aucun home ou femme politique pour prendre la hauteur, le bon sens et le courage qui remettrait la france sur les rails. un énome potentiel, un ...

à écrit le 21/09/2012 à 11:33
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Aller vers plus de fédéralisme est indispensable quand on partage une monnaie commune. sur se point Attali a raison d'insister a mon humble avis. Les USA plus fédérés s'en tirent mieux que nous dans cette crise avec une dette globale plus élevée (et ...

le 21/09/2012 à 12:19
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Attali n'est pas ici pour nous vendre le fédéralisme comme vous l'entendait, mais pour un nouvel ordre mondial aux ordres de l'oligarchie qui nous a foutu dans la m...e. Et vu la gouvernance actuelle de l'Europe, on peut craindre le pire (en ce qui c...

le 21/09/2012 à 15:15
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@ aka: les Etats-Unis sont une nation, pas l'Europe. Le modèle est intransposable et le sera toujours. Le fédéralisme reste une lune d'eurobéats.

le 30/03/2013 à 16:23
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Les Etats-Unis et l'Europe ne sont pas comparables Peut-on encore dire que les Etats-Unis sont une nation ? Il y a longtemps qu'ils sont passés du stade nationaliste au stade impérialiste.

à écrit le 21/09/2012 à 11:28
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Mais on ne se rend pas compte on dirait que créer une Europe fédérale aurait pu être accepté au moment du traité de Maastricht, mais plus maintenant. Les peuples ont vu que la classe politique qui les gouverne n?est pas à la hauteur et en tout cas p...

à écrit le 21/09/2012 à 11:10
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C'est un essayiste mais certes pas un economiste.

à écrit le 21/09/2012 à 10:48
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Attali est un pedant dont meme les banquiers ne veulent plus entendre parler depuis son passage a la BERD ! pourtant une planque pour un fumiste combo lui.

à écrit le 21/09/2012 à 10:21
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Attali à la "tête de l'organisation internationale spécialiste de la microfinance PlaNet Finance" : Attali et microfinance, on croit rêver...

à écrit le 21/09/2012 à 8:23
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Attali, cet essayiste généraliste , qui s'est presque systématiquement trompé sur les cycles économiques et les tendances des marchés financiers (il disait de vendre les banques au plus bas de 2009 ...on connait la suite !) est encore interviewé par...

le 21/09/2012 à 9:54
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Entièrement d'accord. Il doit avoir des "fiches" sur toute la classe politique et journalistique pour que l'on fasse encore appelle à lui.

à écrit le 21/09/2012 à 7:58
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IL commence à se faire vieux et à dire les mêmes choses que les petits vieux en home, il serait alors tant de se remiser. IL commence pas à gagater, aheu aheu aheu ?

le 21/09/2012 à 10:19
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il gagate depuis toujours

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