Automobile : le rebond est possible, mais pas à n'importe quel prix

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Baisse des commandes, plans sociaux, délocalisations... les constructeurs automobiles français peinent à faire face à la crise depuis de la bulle d'air de la prime à la casse mise en place par l'ancien gouvernement Sarkozy. Pour Flavien Neuvy, responsable de l'Observatoire Cetelem, un rebond du secteur est possible, mais sous réserve que les constructeurs fassent des efforts côté prix.

Le marché automobile français est en pleine tourmente en cette fin d'année 2012 avec un repli attendu d'environ 15%, ce qui le ramènerait 15 ans en arrière. Les raisons de cette dégradation sont parfaitement connues. D'abord, le contexte économique dégradé pénalise fortement le secteur. Avec une croissance quasi-nulle, un taux de chômage orienté à la hausse et des perspectives moroses pour les entreprises, ce sont les deux principaux canaux de vente qui sont à l'arrêt : les immatriculations aux particuliers s'effondrent d'environ 20% et celles aux sociétés reculent de plus de 5%.

Pour autant, expliquer les difficultés actuelles par le seul climat économique serait une erreur car d'autres éléments plus structurels entrent en ligne de compte. En effet, nous observons depuis plusieurs années des tendances qui pénalisent le renouvellement du parc. Parmi celles-ci, citons la moindre utilisation de la voiture pour les déplacements quotidiens, au profit des transports en commun. Le kilométrage moyen parcouru par une automobile en France baisse chaque année et, du coup, au bout de 5 ans, une voiture a en moyenne environ 60.000 kilomètres au compteur. Autant dire que l'automobiliste qui possède cette voiture peut la garder encore longtemps. C'est d'ailleurs ce qui explique pourquoi l'âge du parc automobile ne cesse de progresser.

Une restriction des budgets consacrés à l'achat automobile

Un autre élément structurel impacte négativement les ventes de voitures neuves: les marges de man?uvre financières des ménages se réduisent au fil du temps. Avec des dépenses contraintes orientées à la hausse (essentiellement sous le poids de l'augmentation des dépenses liées au logement), avec des dépenses de communication qui pèsent lourd dans leur budget, les ménages français sont financièrement contraints et procèdent à des arbitrages dans leurs dépenses, souvent au détriment de l'achat automobile.

De plus, le pouvoir d'achat des ménages stagne et, en parallèle, les coûts d'utilisation de la voiture (entretien, réparation, carburant, assurance...) sont orientés à la hausse depuis de nombreuses années. Ces éléments accélèrent la restriction des budgets consacrés à l'achat automobile. Pour les prochaines années, les prévisions de L'Observatoire Cetelem de l'Automobile sont claires et indiquent que ces tendances vont se poursuivre et que le poids de la contrainte économique qui pèse sur les ménages va s'accroître.

Le prix, un critère phare

Du coup, pour les constructeurs automobiles, la question du prix de vente des voitures se pose avec acuité. 81% des Français indiquent que le prix des voitures fait partie des trois critères les plus importants dans le choix d'un véhicule neuf. Rien de surprenant quand on sait que le salaire médian est d'environ 1.600 euros par mois et que certaines citadines affichent des prix catalogues pouvant aller jusqu'à 20 000 euros... Ce décalage entre une offre à des prix difficilement accessibles et une demande disposant de moyens financiers limités a des conséquences concrètes: les automobilistes se tournent massivement vers le marché de l'occasion. En 2012, il se sera vendu en France pratiquement trois véhicules d'occasion pour un véhicule neuf. Ce ratio est l'un des plus élevés d'Europe, ce qui prouve que cette situation n'est pas une fatalité.

Si l'industrie automobile mondiale se porte bien (en 2012, le marché va battre son record en nombre de voitures neuves vendues dans le monde), l'Europe reste à la traîne. La France est l'un des pays qui chute le plus lourdement. Pour autant, le rebond est possible. Pour y parvenir, les constructeurs devront impérativement prendre en compte les contraintes financières des ménages qui n'ont plus les moyens ou, tout simplement, plus envie de mettre autant d'argent dans l'achat d'une voiture. Le rebond est possible mais pas à n'importe quel prix.

 

par Flavien Neuvy, responsable de l'Observatoire Cetelem

 

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Commentaires
a écrit le 07/12/2012 à 19:07 :
c'est pour quand la voiture en carton à 1000 euros
a écrit le 07/12/2012 à 18:07 :
le bal des pleureuses continue ... z'en avez pas marre les filles ?
a écrit le 07/12/2012 à 17:14 :
En tous cas pour moi c'est fini la voiture. J'ai euau moins quinze BMW et j'ai fini par comprendre : a) qu'on nous prenait pour des vaches a lait, b) que le vrai luxe c'est de pouvoir s'acheter une Porsche en 10 minutes et ne pas le faire.Je plains sincèrement tous ceux qui doivent avoir une voiture par obligation et les autres je les remercie de payer des impôts insupportables
a écrit le 07/12/2012 à 15:05 :
Une étude parue ces derniers mois faisait mention d'une baisse de 800? du prix de vente moyen d'une voiture neuve constatée ces les dernières années ..

Des organismes de crédit comme Cetelem sont de fins observateurs des habitudes de consommation des ménages de par leur activité de financement et leurs analyses sont de ce fait trés crédibles .
a écrit le 07/12/2012 à 14:12 :
encore une conséquence de cette bulle entretenue par l'état, les lobbys du secteur et les boomers....les ménages sont tous collés pendant très très longtemps par un crédit immo au taquet et ne peuvent tout simplement plus consommer....game over pour cette génération et pour sa capacité à consommer, à avoir une épargne capable d'etre orientée vers nos entreprises qui en ont tant besoin...bref, 20/30 ans de désolation...quand on a un credit au taquet, on a des pretentions salariales au taquet...comment s etonner de notre absence de compétitivité après ? ! ? vive les 68 ards et les rentiers fossoyeurs de notre économie.
Réponse de le 07/12/2012 à 15:00 :
"Merci la bulle" pourquoi en reporter la faute sur la génération 68 ? Que dit entre autre l'article ,augmentation du budget communication ,désolé mais ce qui plombe les budgets entre autre ce sont les forfaits portables d'une famille ,disont les parents et 2 enfants c'est facile 150 ?/mois qui ne vont plus à la bagnole !!! Quant au crédit immo il était à 11% dans les années 80 et 3,38 % aujourd'hui !!!!
Réponse de le 07/12/2012 à 16:25 :
@ pnv: dans les années 70-80, le crédit immobilier était à 10/12% avec une inflation importante et des salaires indexés. Les emprunteurs étaient gagnants par rapport aux épargnants. Il faut regarder l'augmentation des prix de l'immobilier par rapport à celle des salaires et des revenus nets sur une période de 15 ans. En RFA, le prix de l'immobilier est beaucoup moins élevé, ainsi que les prix de l'alimentaire, ce qui peut expliquer le meilleur état du marché automobile allemand.
a écrit le 07/12/2012 à 11:56 :
J'ai la nette impression que la prime à la casse n'a fait que repousser le problème. Ça a aidé un temps les ventes en France, mais le parc automobile aujourd'hui doit être sacrément peu âgé (car en plus de vendre des voitures neuves, on a détruit les anciennes qui roulaient). En dehors de tout contexte économique plutôt morose, quel est l'intérêt de changer un véhicule acheté fin 2008 (début de la prime) ?
Evidemment, on rajoute les mesures autophobes (radars = nouvel impôt, CT = racket organisé et ils parlent de le passer à 1/an!, plan de circulation des villes, etc...), le développement des transports alternatifs (qui sont quand même une bonne chose ) et la morosité ambiante...
a écrit le 07/12/2012 à 11:38 :
Merci de ne pas oublier le climat autophobe qui règne en France depuis des années, passant par le harcèlement que les conducteurs subissent avec les radars, l'absence de places de parkings dans les villes et à leur périphérie, les écolos qui fustigent les voitures comme source principale de pollution (alors qu'il s'agit du chauffage des habitations, les camions qui en sont la principale source),

A tout cela s'ajoute le diktat de la vitesse comme source principale des décès sur les routes. Ce qui est à nouveau un mensonge comme toujours, puisque c'est l'alcool, le cannabis, la fatigue qui sont les principales causes des accidents mortels. Si on y ajoute la persistance de points accidentogènes et le niveau de sécurité active et passive des voitures (lié à l'âge moyen du parc, la boucle est bouclée).

Faire plaisir à des 'partenaires" politiques comme les écologistes à un coût, donc politique mais aussi économique et les groupes français en sont les principales victimes.
Réponse de le 07/12/2012 à 13:18 :
bonjour, les camions consomment beaucoup moins que les voitures si l'on ramène à la Tonne transportée par Kilomètre.
Réponse de le 07/12/2012 à 17:33 :
Merci de penser aux chauffeurs qui roulent en marcel dans la cabine de leur 44T !

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