Réformer la PAC : enfumage ou vision d'avenir ?

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Les tractations sur une réforme de la Politique agricole commune (PAC) ont démarré entre les Européens, et elles s'annoncent houleuses. Mobilisant plus de 40% du budget de l'Union européenne, la PAC pourrait être rabotée sur l'insistance de Londres désormais rejoint par Berlin, mais contre l'avis de Paris. Dans cette tribune, Jean-Marc Boussard estime que la question de la PAC dépasse le débat conjoncturel actuel puisqu'il s'agit de déterminer une politique agricole de long terme. D'après lui, en privant les agriculteurs de leur capacité d'investissement, les Européens risquent de subir des crises alimentaires à répétition...

Le débat sur la PAC, la Politique Agricole Commune européenne, fait rage aujourd'hui à Bruxelles. Le jeu en vaut-il la chandelle? Car il n'y a jamais que deux PAC: La première, celle des années 1960, puis celle de 1992. Le reste est du détail.

Augmenter les rendements à tout prix...

La PAC de 1960 était inspirée par les expériences des USA dans les années 1930. En garantissant des prix administrés, il s'agissait d'empêcher les effondrements périodiques qui ruinaient les producteurs et leurs banquiers. Elle n'était pas une originalité européenne: après la guerre, ce principe avait été mis en ?uvre dans presque tous les grands pays non communistes. Les résultats en furent spectaculaires: les «paysans» furent remplacés par des entrepreneurs «high tech». Les rendements furent quadruplés. Et les prix garantis, que les gains de productivité permettaient d'abaisser légèrement chaque année, furent divisés par deux de 1950 à 1990 en monnaie constante, à l'avantage des consommateurs.

...avant de les faire baisser

Cette médaille avait un revers: la production dépassa bientôt les besoins solvables, même lorsque des subventions à l'exportation permirent de livrer de «l'alimentation à bon marché» aux pays en développement (qui apprécièrent peu ce cadeau empoisonné, ruineux pour leurs propres producteurs). A partir des années 1980, il fallu donc trouver un moyen de réduire la production. On utilisa pour cela des «jachères» obligatoires, et des «quotas» alloués à chaque producteur. Ces solutions, cependant, ne satisfaisaient pas les esprits libéraux, qui voyaient les soviets partout. Ils réussirent à persuader l'opinion de revenir à la «loi du marché», seul moyen à leurs yeux d'assurer l'égalité de l'offre et de la demande au meilleur coût. C'est ce qui fut décidé en 1992, et constitua le c?ur de la seconde version de la PAC, celle d'aujourd'hui. Elle non plus n'est pas une originalité, car ce mouvement fut mondial (sauf peut être aux USA!).

En Europe, il fallait pourtant passer en douceur d'un système à l'autre, en particulier offrir aux producteurs une compensation pour les pertes de revenus associés à la baisse attendue des prix. L'idée fut de leur attribuer des subventions forfaitaires. Elles devaient être «découplées», c'est-à-dire ne pas altérer les messages du marché. Leur mise en place fut progressive: D'abord basées sur les productions passées, elles furent progressivement transformées en un «impôt foncier négatif», assis sur les surfaces cultivées.

La mode de l'écologie

Mais il fallait aussi justifier ces subventions aux yeux du public non agricole. Ici, la mode de «l'écologie» facilita beaucoup les choses. L'agriculture touche à la nature, qui est ouverte à tout le monde. Ceci empêche de récompenser par une vente les efforts déployés pour l'améliorer. C'est ce qui justifie les subventions, censées remplacer un marché absent. Est-on, avec cela, sur la voie d'atteindre les objectifs fixés: assurer aux Européens un minimum de sécurité alimentaire sans coût excessif, et en améliorant l'environnement? Il est permis d'en douter.

Une première difficulté est que les «objectifs verts» sont multiples et souvent contradictoires, cependant que chaque état membre exige de recevoir en subvention plus qu'il ne donne en contribution. De plus, pour être vraiment «vertes», les subventions devraient souvent contredire les messages du marché (ainsi, le marché conseille-t-il de produire du lait en plaine, où c'est moins cher, tandis que les subventions voudraient orner les alpages avec des vaches pour la joie des touristes). Tout ceci, quoique au fond assez secondaire, explique les blocages observés.

Subventionner les plus riches

Un autre point relativement secondaire, mais choquant, est que, sur la base des surfaces, les plus grosses subventions sont accordées aux agriculteurs les plus riches. De ce point de vue, il est étrange d'avoir pris la terre comme assiette des subventions, alors que n'importe quel autre facteur de production -par exemple le travail- aurait pu faire l'affaire. Tout aussi choquant est le fait que, au nom du découplage, les subventions sont versées quelle que soit la conjoncture. Par exemple cette année, on a continué à les payer à des gens qui avaient reçu des prix élevés et n'en avaient pas réellement besoin. Mais ce n'est pas l'essentiel.

L'essentiel, c'est que les progrès évoqués plus haut comme conséquences de la première PAC ont été possibles parce que, avec des prix stables, les agriculteurs pouvaient investir et pratiquer des techniques avancées. Ce n'est plus le cas maintenant. Avec des prix aussi volatils que ceux que nous connaissons, les faillites sont récurrentes. Par là, le marché transmet un message de prudence tant aux producteurs qu'à leurs banquiers. Il en résultera des décapitalisations, et donc des baisses de production dans les années à venir. Et comme cette situation est celle de presque tous les agriculteurs du monde, il faut s'attendre à des prix mondiaux à la fois fluctuants et élevés en moyenne, bien plus élevés que ceux que les critiques de l'ancienne PAC estimaient trop haut pour les consommateurs, ce qui justifiait son abandon...

Une question plus globale que bruxelloise

Le vrai problème de la PAC dépasse donc largement les querelles de boutiquiers qui se déroulent actuellement à Bruxelles. La vraie question serait de savoir si l'on peut compter sur le marché pour assurer la couverture des besoins alimentaires en protégeant l'environnement. Cela fait longtemps qu'on en discute: au moins depuis le débat lancé par les «physiocrates» au 18e siècle. Depuis ce temps, on a souvent essayé de libéraliser l'agriculture. Chaque fois, il a fallu revenir précipitamment en arrière lorsque la crainte de la famine favorisait les révolutions (dont celle du 14 juillet 1789). La différence, aujourd'hui, est que la révolution pourrait bien être mondiale... Est-ce bien le résultat souhaité?

 

par Jean-Marc Boussard, membre de l'Académie d'agriculture, co-auteur de l'ouvrage Libéraliser l'agriculture ? Théories, modèles et réalités aux éditions Quae.

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Commentaires
a écrit le 10/02/2013 à 12:01 :
qui ponctionnent aux contribuables français l'argent qui sera distribué à des agriculteurs nantis qui n'en a pas besoin : ils roulent tous en 4x4 dernier cri, achètent des résidences secondaires, touchent des 60000, 100000, 150000 euros annuels, supérieurs aux revenus d'un cadre de haut niveau d'une grande entreprise, en plus de leurs revenus !
Les cours du blé ont augmenté, les primes doivent être supprimées !
a écrit le 16/12/2012 à 20:53 :
La PAC n?est pas seulement un aide à l?agriculture, c?est aussi une aide au pouvoir d?achat des consommateurs et d?aides indirectes au secteurs industriels (qui peut ainsi modérer les hausses de salaires et rester compétitif).
En fin de compte, la PAC c?est aussi des aides semi-directes à Neslté et Carrefour... (l'agroalimentaire représente 400 000 emplois en France) et indirectes a Airbus, Renault...

Le découplage des soutien a eu lieu en prévision des futures négociations avec l'OMC sur la libéralisation des marchés (dont les produits agricoles), il faut savoir accepter la contrepartie des vêtements chinois bon marché.

Les produits agricoles ont la particularité d?être périssable, et que leur demande est inélastique aux prix : quelque soit le prix, les gens n?arrêterons pas de manger (dans les pays du nord du moins). les industriels et la distribution le savent et ne se privent pas lors des crises. Mais vous le savez bien, les prix ne redescendent jamais aussi vite qu'ils montent pour les consommateurs.
a écrit le 16/12/2012 à 19:02 :
Les primes aux agriculteurs nous coûtent cher.
Ils disent qu'ils ne gagnent pas d'argent, regardez donc leur train de vie ( maison au bord de mer ainsi qu'à la montagne etc...)
De qui se moque t'on ?... On se demande si ce n'ont pas des assistés ?...Des fonctionnaires sans doute
a écrit le 14/12/2012 à 19:55 :
Selon: https://www3.telepac.agriculture.gouv.fr/telepac/tbp/feader/afficher.action

Les plusgros bénéficiaires de la PAC en 2011 sont:
-Doux: 54 925 194,58?
-COMITE REGIONAL POUR LA RECONVERSION QUALITATIVE DIFFEREE DU VIGNOBLE: 32 413 750,28?
-SAS SUCRIERE DE LA REUNION: 31 103 263,18?
-FEDERATION FRANCAISE BANQUES ALIMENTAIRE: 29 913 633,77?
-FRANCE LUZERNE UCAD (FRALUZ): 23 278 509,34?
-SECOURS POPULAIRE FRANCAIS: 21 566 928,26?
-LES RESTAURANTS DU COEUR: 20 843 656,04?
-TILLY SABCO: 19 320 835,04?
-S.A GARDEL SA: 13 628 419,92?
-SAS SUCRERIE DE BOIS ROUGE: 13 478 199,43?
-ETS PUB AD DEPARTEMENT DE LA REUNION: 13 123 683,45?
-COPFEL - ASS. ORG. PRODUCTEURS RECONNUS BRETAGNE FRUITS LEGUMES: 8 886 570,45?
-SYND GEN VIGNERONS REUNIS COTE RHONE: 8 654 731,71?
-ARIBEV: 7 731 823,97?
-COOP URCOOPA: 6 170 622,25?
-AMIV: 5 278 213,14?

Voilà pour les plus de 5 millions d'aide.
Comme vous le voyez, c'est fou le nombre d'agriculteurs dans ce top.
Notez aussi que pour les association type restos du coeur, une baisse des aides de la PAC devra être compensée par une aide directe de l'Etat français pour qu'ils s'en sortent.

Nous pouvons constater que l'industrie sucrière s'effondrerait dans le cas d'une forte coupe dans les aides de la PAC.

Je serais curieux de connaitre le nombre d'emplois qui pourraient être perdus en France dans le cas d'une forte diminution de la PAC. ça doit être assez impressionnant.
a écrit le 14/12/2012 à 19:20 :
"La mode de l'écologie"...Ah là là.........que dire.
https://www.youtube.com/watch?v=sBRhONla-1s
a écrit le 14/12/2012 à 17:02 :
Que d'argent déversé sur un secteur datant du néolithique au détriment de l'économie de demain !
Réponse de le 14/12/2012 à 17:27 :
c est ton ordinateur qui te feras a manger
Réponse de le 15/12/2012 à 18:09 :
A "cochon de payant": les anglais étaient aussi convaincu de pouvoir se nourrir à bas prix en important, ils ont commencé à changer et ce n'est pas fini.
Contrairement à ce que tu penses, les exploitations moyennes sont bien plus efficaces et également très intéressante pour le maillage du territoire et l'emploi.
Pour ce qui est des vêtements, ça ne marche que parce que des chinois sont prêts à travailler dans des conditions impensables pour les français et très certainement pour toi ! Quelle belle idée de l'humanité; c'est tout simplement l'esclavage mais avec une bonne distance entre l'esclave et le bénéficiaire.
Pour ce qui est des matières premières, nous ferions mieux de les estimer autant que les chinois et les indiens qui investissent dans les terres, les mines... au maximum.
Réponse de le 16/12/2012 à 13:29 :
j'habite le milieu rural, c'est une honte,laes paysans n'ont pas besoin de travailler,on les paye à ne rien faire.ils disent representer la nature,rien ne bouge ,le massif central est sâle,c'est grace à eux.on encaisse est on est fénéant de pere en fils. on attend l'a paye de la P A C . pourquoi le jeune fils d'agriculteur le plus débile prend la ferme du vieux,oui parce que les deux paysans y gagnent le pactol ,ils sont les meilleurs fonctionnaires français
Réponse de le 16/12/2012 à 20:09 :
je suis d accord avec l auvergnat!! j habite aussi une region rurale et je peux constater la meme chose, ils ont des revenus a faire palir plus d une profession pour un travail plutot tranquille et non content de ca ils se plaignent regulierement dans les medias( la bouche plus que pleine!!). l argent du contribuable francais et europeen devrait etre mieux repartit, car il est certain que d autres industries sont vraiment en danger...
Réponse de le 16/12/2012 à 23:33 :
moi je connais pas mal d'agriculteurs. Et plus de la moitié sont eligibles au RSA!!!!!!
Alors, en matière de profession lucrative, vous repasserez!!!!!!!

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