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"Les résultats dans le domaine de l'innovation ne sont pas à la hauteur des efforts consentis"

Loïc Liétar, président du pôle de compétitivité Minalogic

Publié le 17 décembre 2012 à 09:46 - Mis à jour le 17 décembre 2012 à 09:56

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Dans ce texte, Loïc Liétar propose une refondation de la politique publique de soutien à l'innovation afin que celle-ci soit plus efficace.

Parce que l'innovation est un extraordinaire moteur de croissance, tous les pays ont une politique de soutien à l'innovation. La France n'est pas en reste, au contraire, sans pour autant que les résultats soient à la hauteur de l'effort consenti.
Aujourd'hui, dans les secteurs les plus dynamiques de l'économie, connectée et mondiale, le modèle français traditionnel centralisé est bien souvent inadapté. Les marchés ne se décrètent plus et la technologie ne peut plus leur être imposée. La France s'est adaptée, avec les projets collaboratifs financés, les pôles de compétitivité, OSEO, le crédit impôt recherche et la défiscalisation de l'investissement.

Trois objectifs clairs

Le soutien à l'innovation doit avoir trois objectifs. Favoriser la localisation en France de la R&D des entreprises multinationales pour assurer une masse critique de R&D privée dans le pays. Toutes choses égales parailleurs, il s'agit de coût et le crédit d'impôt recherche est un bon outil. Et pour l'industrie, la réglementation européenne devrait aussi permettre de soutenir l'installation de lignes de production pilote avancées.
Vivifier les écosystèmes, dont le rôle dans l'innovation est clé mais qui ne s'animent pas spontanément en France. C'est la mission des pôles de compétitivité, qui doivent continuer à être soutenus par l'état. Le projet collaboratif, principal moteur des pôles, est un modèle unique appliqué à un grand nombre de pôles et donc de marchés de nature et de dynamique différentes. Chaque pôle devrait pouvoir définir et gérer les outils les plus appropriés à son écosystème, en partenariat avec l'État et dans la mesure des moyens que celui-ci y alloue. L'emploi innovant devrait aussi être plus flexible pour faciliter la mobilité au sein des écosystèmes.
Créer les conditions pour qu'un certain nombre de nos start-up croissent vraiment. Les entrepreneurs français n'ont pas moins le goût du risque ni moins d'ambition que leurs homologues américains. Mais leur contexte est très différent. Une start-up française est en général capitalisée 5 à 10 fois moins que sa concurrente américaine. Elle sous-investit donc commercialement et progresse lentement. L'argent public doit être canalisé massivement sur celles qui sont crédibles, et qui veulent puis réussissent à croître. Seul le venture capital peut s'en charger. Mais c'est une industrie dont la rentabilité moyenne est nulle ou presque, partout dans le monde, et dans laquelle l'investissement est risqué, non liquide et long. Afin de la soutenir, l'État investit déjà dans une grande partie des fonds de venture capital français, qui ne sont pas assez nombreux, qui sont pour la plupart insuffisamment dotés et qui délaissent largement les start-ups technologiques.

Les start-up doivent avoir les moyens de leurs ambitions

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Il faut donc rééquilibrer massivement le soutien à l'innovation, du financement des projets de R&D vers l'investissement public dans des fonds de venture capital puissants et sectoriels. Cela permettrait aux start-up crédibles d'avoir les moyens de leur ambition, non seulement en R&D mais, encore plus important, commercialement, pouraller vite et loin.
Afin d'attirer l'investissement privé, nécessaire et souhaitable, sur ces fonds, ils devront dépasser les handicaps du venture capital. Pour cela, les entreprises qui bénéficient largement du crédit d'impôt recherche devraient y contribuer, investissant ainsi dans leurs propres écosystèmes. L'État pourrait privilégier la rentabilité des investisseurs privés par rapport à la sienne, jusqu'à un niveau raisonnable. Les risques pourraient être mutualisés sur un ensemble de fonds, qui pourraient aussi être à terme introduits en bourse pour les rendre liquides. Et ces fonds devront être gérés par des équipes plus industrielles que financières, aussi dans leur rémunération.
Avec la force de sa recherche publique, la compétence de ses chercheurs et ingénieurs et l'ambition de ses entrepreneurs, avec son large consensus sur l'importance de l'innovation technologique et les ressources publiques qui lui sont dédiées, la France a une opportunité exceptionnelle à saisir pour largement bénéficier de la croissance forte des industries innovantes.

Loïc Liétar, président du pôle de compétitivité Minalogic

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