Innovation : il faut renforcer tous les maillons de la chaîne !

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La politique d'innovation ferait-elle fausse route, en Europe? Les pôles de recherche sont conçus dans une logique régionale, chaque pays voulant, par exemple, son pôle hig tech. Un équivalent de la Silicon Valley devrait au contraire concentrer en un lieu les compétences de tout le vieux continent. Vincent Champain est économiste

L'innovation est au c?ur des débats en France, et les gouvernements qui se succèdent y allouent temps, discours et postes ministériels. Cependant malgré les résultats obtenus par notre pays, certaines tendances ne s'inversent pas, et notamment:

  • Nous avons une capacité forte d'innovation et des français s'illustrent régulièrement par leur réussite dans bien des domaines. En revanche, nous avons une difficulté certaine à transformer ces jeunes pousses en champions mondiaux. Résultat, alors que la majorité des plus grosses entreprises américaines n'existaient pas il y a 50 ans, pratiquement aucune de nos grandes entreprises du CAC 40 n'est dans cette situation. Et parmi les « champions » dont la réussite est - à juste titre - célébrée, beaucoup ont une échelle essentiellement nationale. A l'inverse, nous constatons régulièrement que des français innovants préfèrent créer ou développer leur activité à l'international en s'installant ailleurs que chez nous.
  • Nous disposons d'un marché intérieur européen large, mais contrairement au Japon ou aux Etats-Unis, nos pôles mondiaux sont construits dans une logique « régionale » à l'échelle de l'Europe. Par exemple, chaque pays veut son pôle de nouvelles technologies et pousse ses champions nationaux, alors qu'un équivalent européen à la Silicon Valley devrait concentrer les compétences de toute l'Europe. Au lieu de celà, nous avons généralement autant de pôles de plus petite taille qu'il existe de pays, et il existe peu de raisons de penser que cette situation changera significativement à court terme.

  • Avec la crise et la nécessité de maîtriser la croissance des dépenses publiques, les dépenses d'investissement et de recherche (à l'origine inférieur en Europe) ont souvent été les premières victimes, alors qu'il aurait fallu faire l'inverse : faire porter l'ajustement sur les dépenses courantes, mais préserver les investissements qui ont à la fois le "multiplicateur" (c'est à dire l'impact sur la croissance d'un milliard de dépenses publiques) le plus élevé, et permettent également d'améliorer le potentiel de croissance. A cet égard, il faut cependant reconnaître au gouvernement d'avoir su protéger le crédit d'impôt recherche, l'une des meilleures décisions en matière de politique d'innovation.


     

L'innovation, une chaîne dont chaque maillon compte

S'agit-il d'une fatalité pour un "vieux" continent condamné à être moins dynamique que ses concurrents émergents ? Rien n'est moins sûr ! Mais nous devons au préalable comprendre que la réussite en matière d'innovation ce n'est pas seulement la recherche publique fondamentale (essentielle, mais où nous sommes plutôt bons), des entrepreneurs (il y a deux fois plus d'entreprises par habitant en France qu'aux Etats-Unis), mais également la capacité à s'ouvrir sur le monde (où nous sommes encore souvent timides, notamment en comparaison de nos voisins Allemands) et à reconnaître la nécessité d'avoir des entreprises qui grandissent, des grandes entreprises qui se développement et des "intrapreneurs" qui y contribuent.

L'innovation est en effet une chaîne dont chaque maillon compte. Il est d'abord nécessaire de passer de la recherche (dont la fonction est, selon un éminent chercheur, de transformer des crédits de recherche et beaucoup de café en idées innovantes) au concept. Ensuite, de premiers marchés doivent être conquis - c'est ce que font les entrepreneurs dans les startups, ou les équipes projets dans les grandes entreprises. Enfin, il faut passer des premiers marchés locaux aux succès mondiaux. Cette fonction relève avant d'avant "d'intrapreneurs", c'est à dire de personnes qui se situent généralement au sein d'entreprise devenues grandes, mais qui ont le goût du risque et l'énergie suffisante pour conquérir de nouveaux territoires.

La relation ambiguë au commerce mondial freine les innovations

Tous ceux qui se sont attelés à cette dernière tâche savent à quelle point elle est difficile, et souvent mal reconnues. Elle est la grande absente des débats, alors même que nous nous lamentons de notre difficulté à faire grandir nos entreprises. Sans négliger le rôle des entrepreneurs et des pigeons, nous gagnerions à nous intéresser davantage aux intrapreneurs : sans eux, nous perdrons l'essentiel des retombées de nos politiques d'innovation...

Par ailleurs, pour engager des projets d'innovation, les entreprises ont besoin de perspectives de débouchés larges. Malheureusement, notre pays a une relation ambiguë au commerce mondial, plus vu comme une menace que comme une opportunité. Pour preuve les débats qui s'engagent sur le projet d'accord économique entre Europe et Etats-Unis : alors que les Allemands y voient des débouchés, on entend surtout en France ceux qui y voient une menace. Et ce, alors que, contrairement à un accord à des pays à bas coûts ou pratiquant le dumping, l'accord avec les Etats-Unis est le meilleur moyen pour l'Europe de doubler la taille du marché accessible à ses entreprises, en l'étendant à un marché ouvert aux innovations et dont la croissance sera durablement supérieure à la nôtre du fait de la démographie. Et sans laquelle il sera moins intéressant de localiser en France ou en Europe un projet mondial d'innovation...

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Commentaires
a écrit le 02/08/2013 à 12:20 :
Oui elle fait fausse route. Parce qu'on s'est focalisé sur le niveau de concurrence EN Europe alors que la vraie concurrence est mondiale. Résultat on a créé une armée de nains qui sera dévorée par les géants chinois ou américains...
a écrit le 02/08/2013 à 3:59 :
Bravo Ursule 34. Vous avez tout compris. J'en rajoute une couche: en droit français, si on communique une idée (même à fort potentiel) à qui que ce soit, elle devient instantanément non-brevetable. Si elle est captée ailleurs (très probable), elle est brevetée ailleurs par quelqu'un d'autre.
En pratique, on fait quoi des idées? on les enterre au fond du jardin, enterrés que nous sommes par notre administration.
a écrit le 01/08/2013 à 22:53 :
Les innovations sont aussi locales. D'accord pour les grandes innovations. Mais il y a aussi les petites.
a écrit le 01/08/2013 à 21:43 :
Comme tous les économiste Vincent Champain nous parle de stratégies du rétrovisuer, encore que je prendrais pas pour diriger une entreprise. Qouique pour faire plaisir aux aveugles qui nous gouverne çà peut marcher.
Au moins avec cette article nous avons un bon constat de ce qui ne devrait absolument ne pas continuer..
L'économie française est donc gangrénée, tous le monde se tient par la barbichette: Du pharmaciens à la moindre petite ou grosse entreprise tous sont inféodés au bon vouloir de l'état, régionale ou central. Tout est bloqué, les subvention par là, les marchés par ci, l'exportation parce que çà et les gros marché par ci. Les français vivent dans une bulle qui va leur péter au nez. Tous nous sommes des assisté d'hier ou bien le seront de demain, c'est impossible ça va péter. messieux les français voyager allez voir ce qui ce passe et arrêter de vous prendre pour des autobus, même avec une paille ça peut faire mal.
Réponse de le 01/08/2013 à 22:51 :
Je ne comprends rien. Vous proposez quoi ?
Réponse de le 02/08/2013 à 7:34 :
Hum... incompréhensible.
Que voulez-vous exprimer, cher "jpdf" ?
a écrit le 01/08/2013 à 20:34 :
J'ai l'impression qu'on France on se focalise sur les bidules et les inaugurations, et qu'on passe bien peu de temps à définir une vraie stratégie (ie, comment valoriser aux mieux nos atouts dans le monde tel qu'il est). C'est dommage car il y a des compétences fortes et nombreuses dans les pôles... Quel gâchi !
a écrit le 01/08/2013 à 18:28 :
c'est à mourir de rire, un "économiste" qui parle d'innovation !! la première chose qu'on vous demande pour une innovation, c'est un business-plan, lu par une foule d'administratifs inutiles et incompétents ( double pléonasme), puis étude de marché etc.. pendant ce temps , on ne travaille pas sur le produit !!
a écrit le 01/08/2013 à 16:14 :
Tellement vrai... On se regarde le nombril ou on jalouse l'Allemagne. Pendant ce temps, les Chinois et les Américains avancent !
a écrit le 01/08/2013 à 15:22 :
La France est un pays exceptionnel. L'exemple du nombre d'entrepreneur est intéressant: Selon l'auteur il y aurait deux fois plus d'entreprises par habitant en France qu'aux Etats-Unis, et prenons l'exemple de l'industrie. Il y a également 2 fois plus d'entreprises dans l'industrie manufacturière en France qu'en Allemagne! Si je partais du principe qu'une entreprise industrielle = 1 entrepreneur; et bien cela voudrait dire qu'un entrepreneur français réalise que 20 % du CA donc 5 fois moins que son homologue allemand (à niveau de salaire/ rémunération semblable? les marges sont basses, dans les entreprises françaises). Dans une entreprise, il pourrait y avoir des intrapreneurs, là je pense que le rapport numérique est inversé dans les entreprises françaises: il pourrait y avoir 3 à 4 voir 5 moins d'intrapreneurs dans une entreprise française qu'ailleurs. Exception culturelle? La recherche d'un statut "patron" (ou par exemple "fonctionnaire") prime sur les projets et débouchés, sur le chemin de la vie qui pouraiit être parcouru? Pourtant, il serait possible de faire la distinction entre "être entrepreneur" et "entreprendre". Mais cette distinction reste exceptionnelle en France! Maintenant on nous parle "d'innovation". C'est le nouveau graal de la réussite (facile, avec une innovation dans la poche!). Mais avant l'innovation, il faudra innover... Bonne chance aux entrepreneurs français, ils en ont besoin, faute d'autre atouts..

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