La vente de médicaments à l’unité ? Une thérapie constestable

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Céline Soulas, professeur associée en Economie de la Santé au Groupe ESC Dijon-Bourgogne, juge que la politique du médicament en France est constituée de mesures souvent contradictoires | DR
Céline Soulas, professeur associée en Economie de la Santé au Groupe ESC Dijon-Bourgogne, juge que la politique du médicament en France est constituée de mesures souvent contradictoires | DR (Crédits : DR)
Éviter le gaspillage de médicaments et réduire ainsi le déficit de la Sécurité Sociale : ce serait l'objectif de la vente de médicaments à l'unité. Mais Céline Soulas, professeur associée en Economie de la Santé au Groupe ESC Dijon-Bourgogne, n'y croit pas vraiment...

La vente de médicaments à l'unité« pour lutter contre le gaspillage et l'automédication »est l'une des mesures phares du nouveau Projet de Loi de Financement de la Sécurité Sociale (PLFSS). Annoncée jeudi 26 septembre par la Ministre de la santé, cette mesure-test reçoit un accueil mitigé de la part des professionnels du secteur.

 A l'heure actuelle, il n'y a pas d'études scientifiques démontrant le lien de causalité entre conditionnement des médicaments et surconsommation pharmaceutique. Bien que les faits démontrent que « chaque français dispose d'1,5 kg de médicaments dans son armoire à pharmacie », le raccourci est un peu rapide.

La vente en vrac ne garantit pas la maîtrise de la consommation

D'autres facteurs, démontrés ceux-là, existent pour expliquer ce gaspillage dans nos armoires, parmi lesquels la mauvaise observance des traitements, l'inadaptation et l'excès des prescriptions. Combien d'entre nous ont arrêté un traitement en cours de route car ils se sentaient mieux ? Combien d'entre nous considèrent qu'une consultation médicale doit forcément se solder par une prescription médicamenteuse ?

Dans les pays où la « vente en vrac » est autorisée (États-Unis et Canada par exemple), il n'y a pas non-plus de démonstrations prouvant une meilleure maîtrise de la consommation de médicaments.

La pertinence de la mesure resterait donc à prouver, et si certains médicaments ont à l'évidence des conditionnements peu adaptés à leur utilisation, la stigmatisation de ces pratiques « de volumes » n'apparaît pas comme une réponse opportune.

 Le conditionnement protège la santé publique

 Le conditionnement n'est pas seulement le contenant immédiat du produit (conditionnement primaire). Il englobe la boîte en carton renfermant un flacon ou une plaquette, un dispositif de préparation et une notice (conditionnement secondaire).

 Le conditionnement fait partie des critères d'Autorisation de Mise sur le Marché (AMM) d'un médicament délivrée par les autorités publiques, à côté des critères d'indications, de posologie et de durée du traitement et bien entendu d'études cliniques, toxicologiques… L'adéquation nécessaire entre ces critères constitue une garantie de protection de la santé publique.

Patients et praticiens trouvent le packaging utile

 C'est ainsi un élément fondamental de la balance bénéfices-risques des médicaments, un déterminant de son bon usage et de la prévention des erreurs. Il est indispensable à la qualité et la sécurité des soins en tant que support essentiel d'information pour le patient et les professionnels de santé.

 Parmi les entreprises qui on fait du conditionnement (secondaire) de leurs produits une marque de fabrique, il y a entre autres Biogaran, laboratoire de génériques, qui se distingue par des indications claires, des dosages bien différenciés et des zones de conseil spécifique à chaque spécialité. Si cela peut être assimilé à du marketing, il n'empêche que les patients et les praticiens reconnaissent pour la plupart l'utilité de ce « packaging » sous forme de signalétique.

 Le conditionnement à l'unité pour lutter contre l'automédication ?

 Par ailleurs, l'un des arguments avancés pour tester la mesure de vente des médicaments « en vrac » est la lutte contre l'automédication. N'est-ce pas paradoxal ? Nous venons en effet d'adopter, en juin dernier, la loi autorisant la vente de médicaments en ligne. Les patients vont pouvoir commander quelque 2000 produits pharmaceutiques OTC, c'est-à-dire sans prescription médicale.

 La création d'un marché de l'e-santé, accompagnée des diverses mesures de déremboursements, ne peut-elle faire craindre elle aussi de mauvaises pratiques d'automédication, au même titre que les conditionnements jugés inadaptés ?

 La politique du médicament en France demeure décidément au cœur de débats et de mesures souvent contradictoires.

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Commentaires
a écrit le 14/11/2014 à 22:03 :
Bonsoir tout le monde, je fais une petite etude sur les contenants directs des comprimes comme les plaquettes qui sont fabriques souvent en aluminium. je demandais s'il n'y a pas de risque entre le medicament qui est en contact direct avec cet element qui se trouve etre son contenant c'est a dire la plaquette. est ce qu'il n'y a pas de risque de contamination?
a écrit le 10/10/2013 à 4:34 :
Vivant À l'étranger depuis des années je trouve que la polémique sur le conditionnement des médicaments est ridicule puisque en pharmacie
( Royaume unie, canada)

Vous laisser votre ordonnance au pharmacien et la préparation est faite avec le compte exact de cachet correspondant à la prescription fournies par le médecin
Et le conditionnement pour la majorité des molécule reste identique a la France
Just u cout de ciseau pour decouper le plaquettes et donc n'impose aucn changement majeure pour les labos et pas de risque sanitaire
Qui est plus celui de tous ces comprime en trop jeter n'import ou et qui polluent l'environnement
a écrit le 10/10/2013 à 1:49 :
Ca fonctionne tres bien a Hong kong.

La consultation du medecin est a 25 euros, et c'est le medecin qui donne les medicaments gratuitement pour les maladies basique (grippe, gastro ...).

Si le medecin donne trop de medicament, il feras moins de benefice, donc il donne uniquement ce qui est necessaire.

Les medecins sont regroupes dans des cabinets, qui ont leur propre pharmacie, avec des bocals gigantesque de pilule. genre 5000 pillules par bocal. Un traitement an-bio pour la grippe coute moins de 0,20 euro, c'est combien en france ?

Ma mere a ete femme de menage dans une pharmacie de paris 20eme, son premier job, vider dans les toilettes, les boites de medicaments que les gens rapportent !
a écrit le 09/10/2013 à 22:36 :
"Éviter le gaspillage de médicaments et réduire ainsi le déficit de la Sécurité Sociale"
Disons plutôt "Éviter le gaspillage de médicaments" en ne fournissant que ce qu'il faut pour un traitement limité (les maladies au long cours, à renouveler périodiquement, ça peut apporter quoi ??), ce qui permet d'aller au bout de la prescription et ne pas penser que c'est fini parce que ça va mieux. S'il reste des pilules, c'est que c'est pas terminé (et pas de stock ensuite).
Réduire les dépenses, faudrait mieux négocier les prix, ne pas autoriser l'AMM des molécules ou "mélanges" pour continuer à gagner plus sans rien n'apporter de mieux.
a écrit le 09/10/2013 à 22:31 :
Le conditionnement à l unité fonctionne très bien dans d autres pays et ce depuis des années.Mais nos laboratoires et nos pharmaciens y voient une perte de profit. Aujourd'hui , avec ces conditionnements, c est un peu comme si on voulait acheter un blanc de poulet, alors qu ils sont packagés par trois. Conclusions, on jette. Beau gâchis, pour le porte monnaie, l environnement, la securite sociale. Pour le bonheur des pharmaciens et des labos. Cette époque de gâchis est révolue.
a écrit le 09/10/2013 à 21:28 :
Le problème du gaspillage ne vient pas du conditionnement des boites plutôt de la gratuité des médicaments. Travaillant dans une pharmacie il est très facile de vérifier que les personnes payant leurs traitements se comportent bien plus raisonnablement que celles qui ne payent pas et qui forcement n' ont pas de problème a stocker puisque c'est gratuit. Mais la c'est une autre histoire qui commence...
a écrit le 09/10/2013 à 19:28 :
50 centimes de franchise par médicament à l'unité alors que le médicament à l'unité en vaut 30 centimes . C'est du vol pour le patient et tout bénéfice pour la sécu multiplié par des millions de boîtes unitaires. Ce qui est déjà le cas pour le conditionnement des boîtes à vignette jaune. Le traitement à long cours par contre, on étudie pas le conditionnement sur 3 mois, ce qui éviterait la consultation chez le généraliste systématique et 22 euros d'économiser pour la sécu. et pour le malade.
a écrit le 09/10/2013 à 17:49 :
Faux débat : la vente à l'unité n'implique pas l'enlèvement du film protecteur des plaquettes de médicament.
a écrit le 09/10/2013 à 17:35 :
les professionnels de secteur accueillent la mesure de façon mitigée!!! c'est donc la preuve que la mesure est excellente!! Prenez vos boites de médicaments: comparez traitement (nombre de cachets et durée) avec le nombre de cachets contenus dans la boite en question......et vous verrez que la boite comporte le double de ce qui est préconisé!!! Notre armoire à pharmacie regorge alors de boite à demi pleines avec la bénédiction des laboratoires bien évidemment!!!
a écrit le 09/10/2013 à 17:16 :
Ca marche depuis une éternité en Hollande et au Japon, par exemple.

C'est pas comme si la Sécu avait un déficit abyssal...
Réponse de le 09/10/2013 à 21:01 :
Dans ce cas pourquoi ne pas créer des conditionnements à l'année ou plus pour les maladies reconnues a vie? Le paiement des 1 euros effectué pour chaque boite et rendez vous de médecin devient cher en fin d'année comme pour l'épilepsie en boite de 60 comprimer avec un traitement de 1 à 4 comprime 2 fois par jour... C'est une honte.
a écrit le 09/10/2013 à 14:05 :
Pourquoi pas une solution intermédiaire : le conditionnement par plaquettes de 7 gélules (puisque la plupart des traitements sont pour une semaine) ? Ainsi la manipulation est simplifiée et le médicament identifiable (inscription du nom sur la plaquette). Et la posologie précise peut être respectée (nombre exacte de plaquettes fournies pour la durée totale du traitement).
a écrit le 09/10/2013 à 13:18 :
lobbying de labo pharma
lamentable
a écrit le 09/10/2013 à 13:18 :
La vente à l'unité fonctionne parfaitement bien en Grande Bretagne, même si ce constat ne plait pas au lobby des laboratoires pharmaceutiques.
a écrit le 09/10/2013 à 13:17 :
Incroyable de l'aveu meme de cette personne aucune donnee scientifique ne peut etre utilisee pour ou contre cette proposition. Neanmois elle est contre sans la moindre retenue. Et bien moi je suis pour selon un principe tres simple I pour remplir votre baignoir votre robinet a un debit 2 fois important que celui de votre voision, toutes choses etant par ailleurs egales, votre consummation a de forte change d'etre inferieur a celle de votre voisin. Cela s'applelle juste le bon sens. J'accepterais bien entendu une contestation scientifique de ce propos, pour le reste qd on a rien a dire ....
a écrit le 09/10/2013 à 13:03 :
Quand vous achetez du lexomil au Vietnam a l unite , Je n ai aucune confiance.
a écrit le 09/10/2013 à 12:50 :
Quand votre médecin vous prescrit 3 comprimés par jour pendant 5 jours (total 15 comprimés) et que votre pharmacien vous vend une boite avec 28 comprimés, j'appelle ça du gaspillage, de médicament et d'argent de la Sécu. N'en déplaise aux économistes et aux labos pharmaceutiques.
a écrit le 09/10/2013 à 12:43 :
ca marche. tout le monde est content et le tirroirs sont vides. a faire d'urgence!
a écrit le 09/10/2013 à 12:41 :
Il y a une bonne raison derriere la vente a l'unite: les industries pharmaceutiques s'assurent de vendre deux boites quand une boite et quelques doses additionelles suffiraient.
L'autre avantage est une augmentation des generiques contre les "marques" ce qui permet une baisse des couts.
Comme mentionne l'automedication est un probleme: les personnes gardant des antibiotiques pensent qu'ils peuvent utiliser pour tout et n'importe quoi.
Ceci etant il faut balancer ces arguments avec le fait qu'il est impossible d'acheter du paracetamol ou de l'ibuprofene en grande surface (en G-B 16 capsules de paracetamol vous coute 32p ou moins)...
a écrit le 09/10/2013 à 12:35 :
cette pratique est de mise au Vietnam où je réside, l'énorme avantage c'est effectivement que l'on achète que le nombre de pilules ou autres prescrites par le médecin et non pas un nombre de boites comme dans les pays riches! l'excuse du conditionnement ne peut être faite que par les laboratoires , le consommateur n'en a rien a faire ,pour exemple L'exomil qui est un produit qui a haute dose s?avère dangereux, est vendu ici a l'unité..intelligent non?

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