Scandale des taux bancaires : un sénateur expose sa curieuse théorie à Bruxelles

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Florence Autret, correspondante à Bruxelles / DR
Florence Autret, correspondante à Bruxelles / DR (Crédits : DR)
Un honorable sénateur français s'est rendu dans la capitale belge pour exposer aux instances européennes ses inquiétudes sur la manipulation des taux interbancaires... et sa crainte que la « bonne épargne européenne » ne parte dans les caisses des autorités américaines !

On ne le sent peut-être pas à Paris, mais Bruxelles tremble. La semaine dernière, un éminent représentant de la République française est venu faire part de ses plus noires inquiétudes sur la manipulation des taux interbancaires Libor et Euribor...

Que le palais du Luxembourg se pique de régulation financière n'a pas manqué d'exciter notre curiosité.

Plus de 3,5 milliards de dollars d'amendes

Notre missus dominicus sénatorial s'inquiétait qu'« on ne parle pas du sujet en France ». Ah bon ? Les lecteurs informés ont depuis longtemps pu faire chauffer leurs calculettes : plus de 3,5 milliards de dollars d'amendes ont déjà été infligés à UBS, Rabobank, RBS et Barclays dans l'affaire du Libor par les autorités américaines.

Sur le Vieux Continent, cela traîne un peu. L'autorité européenne de la concurrence a ouvert une enquête pour fait d'entente sur l'Euribor, le taux interbancaire de référence pour la zone euro, dont le panel est actuellement géré par la Fédération européenne des banques. Le mois dernier, cependant, on apprenait que la Société générale et le Crédit agricole faisaient partie, à côté de HSBC, de Royal Bank of Scotland, de Deutsche Bank et de JP Morgan Chase, des quelques géants bancaires qui risquaient prochainement d'écoper à leur tour d'une amende de quelques centaines de millions d'euros.

De façon assez piquante, notre respecté représentant a réussi l'exploit de venir à Bruxelles sans prononcer une seule fois le nom des deux banques françaises incriminées. Pas un mot sur la gravité de la fraude qui, si elle est avérée, a spolié les investisseurs pour des milliards et des milliards d'euros. Pas un regret quant au fait que les grandes banques, y compris françaises, menacent de se retirer de l'Euribor pour faire pression sur les législateurs européens qui planchent sur un encadrement de ces taux fondamentaux. Taux que notre respecté représentant qualifie abusivement de « taux directeurs », un terme réservé à ceux fixés par les banques centrales.

Le Libor sous pavillon américain ?

À la vérité nue, notre élu préfère une espèce de théorie du complot. Sa proposition d'avis s'intitule « Des indices sous influences... une réforme sous influence ? ». Sous influence de qui ? Des A-MéRi-Cains, bien sûr. Il s'inquiète que la gestion du Libor ait été confiée à Nyse (prononcé « Nice »)-Euronext qui vient d'être racheté, nous apprend-il, par ICE (« isse ») qui n'est autre qu'une Bourse a-mé-ri-cai-ne. Ce qui pose donc problème dans cette affaire, vu du très parisien jardin du Luxembourg, c'est que la « bonne épargne européenne » parte dans les caisses des autorités américaines sous la forme d'amendes et que la gestion des taux interbancaires ne soit pas dans les mains d'institutions bien de chez nous.

« Le Libor passe sous pavillon américain », peut-on lire dans la proposition d'avis du sénateur.

La question des conflits d'intérêts entre les gestionnaires et les utilisateurs des indices est évidemment un sujet que la Commission a tenté de prendre à bras-le-corps dans sa proposition de règlement sur les indices de valeur présentée en septembre. La Banque centrale européenne teste de son côté, depuis quelques mois, la possibilité de mettre au point un taux alternatif.

Pour l'instant sans succès. Mais notre missus dominicus n'a pas l'ombre d'une suggestion à faire sur ce terrain. Il exprime surtout le regret que la supervision des indices reste entre les mains d'autorités nationales.

« Alors à quoi bon avoir créé une autorité européenne ? », se lamente-t-il, plein de bon sens. Il déplore aussi que la législation proposée « renvoie trop fréquemment à des actes délégués », en clair à des sortes de décrets d'application préparés par la Commission européenne.

Vu de Bruxelles, où le débat législatif avance tambour battant avec des dizaines d'amendements à la clé, notre envoyé spécial faisait un peu penser à un diplomate de l'époque ottomane parti à cheval des confins de l'empire et qui serait arrivé à Istanbul au moment où la guerre était déjà finie.

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Commentaires
a écrit le 22/12/2013 à 8:52 :
dans la finance il y a des requins ;mais que la finance soit enfin regule ca va va dans le bon sens ,,???
a écrit le 21/12/2013 à 12:10 :
"diplomate de l'époque ottomane parti à cheval des confins de l'empire et qui serait arrivé à Istanbul au moment où la guerre était déjà finie." La guerre contre les banksters est intemporelle, elle ne se terminera qu'avec la mort des banques, c'est à dire avec la fin d'un système qui leur a tout consenti.
a écrit le 20/12/2013 à 14:55 :
Observation très pertinente. Le conflit d'intérêt est évident.
a écrit le 19/12/2013 à 19:21 :
1/ Pourquoi mettre la photo de la journaliste et non pas celle du sénateur ?
2/ Pour une fois qu'un sénateur français sert à quelque chose
3/ Le journalisme je croyais que c'était rapporter des faits, or là il n'y a qu'un jugement à l'emporte pièce sans même une once de justification (sans même s'interroger sur le bien fondé de la question)
Il faut cependant reconnaitre à sa décharge que c'est une habitude avec les journalistes à la française
a écrit le 19/12/2013 à 19:20 :
1/ Pourquoi mettre la photo de la journaliste et non pas celle du sénateur ?
2/ Pour une fois qu'un sénateur français sert à quelque chose
3/ Le journalisme je croyais que c'était rapporter des faits, or là il n'y a qu'un jugement à l'emporte pièce sans même une once de justification (sans même s'interroger sur le bien fondé de la question)
Il faut cependant reconnaitre à sa décharge que c'est une habitude avec les journalistes à la française
a écrit le 19/12/2013 à 1:25 :
Article très mal écrit, qui reflète également une position étrange voire scandaleuse de la part de la journaliste. Pourquoi tourner au ridicule un de nos élus quand pour une fois il se pose les bonnes questions? Comme dit le proverbe, mieux vaut tard que jamais. D'ailleurs Madame Autret, il n'est pas trop tard pour changer de métier.
a écrit le 17/12/2013 à 14:50 :
Il est extrêmement difficile de savoir si les amendes record infligées aux banques par des autorités juridiques sont utiles, justifiées ou pertinentes. Cela peut être interprété comme un abus du juridisme ou simplement comme l'expression d'une philosophie du contrôle plus ou moins défectueuse. Mais lorsque des banques européennes reçoivent des amendes de plusieurs milliards de dollars, la question essentielle est "qui ramasse l'argent". Si c'est la commission, on peut le voir comme un impôt européen déguisé, ce n'est pas dramatique, lorsque cela va au trésor américain, j'ai du mal à comprendre que l'auteur considère cela comme un sujet de plaisanterie. Je suis très surpris également du concept de "vérité nue" (début du troisième paragraphe). En matière juridique, économique ou politique, j'ignorais qu'il existait une vérité nue, mais il est certain que certains intellectuels n'hésitent pas à prétendre la posséder, ainsi que l'objectivité. Certes, la vérité factuelle existe, bien qu'elle nous soit partiellement inaccessible, mais ce qui compte, ce sont les arguments et les contre arguments. Ces dernier sont rarement indépendants d'une conception du monde, d'une théorie d'interprétation. Dans le cas présent, c'est le concept d'information frauduleuse qui est sujet à interprétation, ainsi que celui de l'utilité d'une régulation.
a écrit le 17/12/2013 à 14:48 :
Il est extrêmement difficile de savoir si les amendes record infligées aux banques par des autorités juridiques sont utiles, justifiées ou pertinentes. Cela peut être interprété comme un abus du juridisme ou simplement comme l'expression d'une philosophie du contrôle plus ou moins défectueuse. Mais lorsque des banques européennes reçoivent des amendes de plusieurs milliards de dollars, la question essentielle est "qui ramasse l'argent". Si c'est la commission, on peut le voir comme un impôt européen déguisé, ce n'est pas dramatique, lorsque cela va au trésor américain, j'ai du mal à comprendre que l'auteur considère cela comme un sujet de plaisanterie. Je suis très surpris également du concept de "vérité nue" (début du troisième paragraphe). En matière juridique, économique ou politique, j'ignorais qu'il existait une vérité nue, mais il est certain que certains intellectuels n'hésitent pas à prétendre la posséder, ainsi que l'objectivité. Certes, la vérité factuelle existe, bien qu'elle nous soit partiellement inaccessible, mais ce qui compte, ce sont les arguments et les contre arguments. Ces dernier sont rarement indépendants d'une conception du monde, d'une théorie d'interprétation. Dans le cas présent, c'est le concept d'information frauduleuse qui est sujet à interprétation, ainsi que celui de l'utilité d'une régulation.
a écrit le 17/12/2013 à 12:50 :
Je ne comprend pas bien la position de notre honorable correspondante à Bruxelles. Il est anormal de s'inquiéter que l'épargne européenne parte dans les caisses du trésor Américain? Y a-il un message contre les banques, ou contre le capitalisme? Est-ce une manière d'affirmer la nécessité d'un contrôle accru par l'administration Européenne? Et dans ce cas, en quoi la solution Nyse-Euronext (cours de prononciation inclus) est elle une avancée?
a écrit le 17/12/2013 à 12:36 :
Si je comprend bien, notre donneuse de leçons explique qu'il est normal que les autorités américaines ponctionne des milliards d'euros aux banques européennes pour des motifs que seuls une poignée d'experts peuvent comprendre? Pourquoi l'hypothèse d'une manipulation est elle tellement ridicule? Pourquoi le fait que des hommes politiques français intervienne dans la question est il si ridicule également? Parce que l'on ne fait pas confiance aux bureaucrates de Bruxelles? Quelle est la position de notre honorable correspondante à Bruxelles? On la ferme et on fait confiance aux juristes américains ou bien ou la ferme et on fait confiance aux bureaucrates européens? (bureaucrates parce qu'ils sont coupés du processus démocratique,on ne les connait pas et on ne comprend pas ce qu'ils font.)
a écrit le 15/12/2013 à 22:33 :
Pourquoi cette personne élue du peuple venue (à nos frais) parler dans une institution publique (que nous finançons) doit elle rester anonyme ?
a écrit le 13/12/2013 à 2:34 :
Cette affaire (?) soulève deux points que je me régale de rappeler aussi souvent que possible:
1. en Europe (entendez par là la bureaucratie bruxelloise) et encore plus en France, on préfère limiter les compensations et indemnités pour privilégier les amendes. Un avantage évident est qu'une amende est payée... à l'état. On pousse même le vice à permettre aux associations et autres membres privilégiés du glacis d'en bénéficier structurellement (voir le privilège de la constitution comme partie civile). Qui dit donc amende, dit argent qui retourne entre les mains des politiques, pas celles de ceux qui ont été spoliés...
2. Dans des systèmes tels que ceux concernés, soit les acteurs agissent de leur propre chef (c'est la théorie du petit complot criminel, alimenté par une incitation plus ou moins volontaire mise en place au niveau des structures) soit les acteurs agissent sur ordre. Selon le cas, on assistera ou non à une mise en accusation criminelle ou non, mais dans TOUS les cas, ce sera in fine la structure qui paiera l'amende. Quand on voit les structures de rentabilité des banques concernées, cela veut dire que ce seront les victimes de ces agissements qui se retrouveront en tant que clients (et actionnaire même involontaire) à payer pour une bonne partie de ces amendes.
a écrit le 12/12/2013 à 22:49 :
Ces barbouzes de la finance qui déblatèrent des salmigondis ubuesques sont trop comiques. Mais bon ya que les schizophrènes qui les comprennent.
a écrit le 12/12/2013 à 8:56 :
des noms des noms!
C est qui se senateur qui fait honneur a la democratie francaise !
Ce ne peut etre Morano car elle n est pas (encore) senatrice. Peut etre JN Guereni, la fierté du peuple corse, qui sait si bien traire les marseillais ...
a écrit le 12/12/2013 à 8:14 :
Un exemple de l article ou Mr Godin accusant A Merkel de defendre les interets de ses contribuables....en France on ne les defend pas ...on les saigne
a écrit le 11/12/2013 à 19:08 :
au moins il devient evident que nos chers elus du senat se moquent bien de la protection de leurs con - citoyens . Le senat prefere adopter le chapitre 13 de la loi de programmation militaire qui foule aux pieds la protection des donnees personnelles et donc des citoyens plutot que de faire de la peine aux banquiers !!!!! ensuite on va nous parler de democratie , de droits de l'homme et j'en passe
a écrit le 11/12/2013 à 18:11 :
Une raison de plus pour supprimer le Sénat.. j'en suis à 6527..
a écrit le 11/12/2013 à 17:38 :
Rien compris.
a écrit le 11/12/2013 à 16:44 :
Il convient de publier son nom, les français ont un droit d'exiger la plus grande transparence sur les "exactions" de nos Parlementaires.
a écrit le 11/12/2013 à 16:09 :
Le mec est nul, et il y en a legion a Burxelle, est ce que ca vaut le coup de lui faire un article?

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