Et l'excellence opérationnelle, Monsieur Montebourg ?

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La productivité peut être améliorée, aussi, dans les PME. Le ministre du Redressement productif serait bien inspiré d'en faire une priorité. Par David Machenaud, directeur associé d'OPEO

 La partition gagnante du Made in France est connue. Pour permettre aux entreprises françaises de rester compétitives, les pouvoirs publics doivent actionner simultanément trois leviers : l'innovation pour permettre aux produits français de se distinguer sur le plan international ; le finan-cement pour donner à nos entreprises les moyens de leurs ambitions ; l'excellence opérationnelle, pour leur assurer d'être compétitives par l'exécution efficace de leur stratégie.

La multiplication des initiatives publiques

Sur les deux premiers aspects, les initiatives publiques se sont multipliées : Commission Innovation 2030, création et montée en puissance de bpifrance, lancement du crédit d'impôts innovation, définition d'une stratégie de filières industrielles : au-delà du port symbolique d'une marinière, le « redressement productif » s'incarne par une politique volontariste, si volontariste qu'on a parfois même du mal à en distinguer les priorités. Pourtant, toutes ces mesures ne livreront pas tout leur potentiel si les pouvoirs publics ne promeuvent pas davantage ce qui détermine la réussite de nos entreprises sur le plan international : l'excellence opérationnelle.

L'innovation est inutile, si la phase d'industrialisation est manquée

À quoi bon financer des entreprises dont le dispositif de production est trop lent ? Pourquoi innover, si l'on ne sait pas être performant en phase d'industrialisation ? Comment attaquer un nouveau marché sans une chaîne logistique agile et robuste ? Innovation-financement-excellence : c'est le triptyque insécable de la performance retrouvée pour l'industrie française.

L'ambition n'est pas de regagner ici ou là quelques tantièmes de compétitivité, il est de rendre les entreprises françaises les plus performantes sur leur marché, en tirant le meilleur de leurs équipes et de leurs moyens existants. Trop ambitieux ? Pourtant, si les fleurons de l'industrie française comme Airbus, Michelin ou Valéo ont su préserver une position solide dans la crise, ce n'est pas seulement parce qu'ils sont innovants : ces entreprises ont d'abord fondé toute leur stratégie sur l'excellence opérationnelle.

Revoir l'organisation industrielle

Pour atteindre cette excellence et regagner de la compétitivité, il faut d'abord bâtir une organisation industrielle qui peut répondre aux enjeux opérationnels : temps de passage court, productivité accrue. Il faut ensuite mettre en place un pilotage fin et rigoureux de la performance pour identifier et traiter les écarts au plus tôt et s'améliorer ainsi en continu. Il faut enfin développer les compétences des équipes dans l'animation de ce pilotage, notamment les managers de proximité qui sont la courroie de transmission entre ce que vit le terrain au quotidien et les objectifs opérationnels de la direction.

Gagner 20% de productivité, diminuer les délais de réponse

Oui, le potentiel de progrès opérationnel existe ! On sait, sans investir un centime supplémentaire, gagner 20 % de productivité dans un environnement fortement automatisé comme une aciérie et rendre à nouveau rentable un site français pressé par la concurrence des pays du Sud. Il est possible de diviser par deux la non qualité ou augmenter le taux de service de 30 % dans un environnement exigeant et tendu comme l'aéronautique, pour retrouver la confiance des donneurs d'ordre et gagner de nouveaux marchés. Même dans le secteur de la petite série, le luxe, on peut diminuer le délai de réponse de 30% dans des ateliers fabriquant à la demande.

Le besoin de mesures symboliques

Les grands groupes industriels français ont compris l'intérêt de l'excellence opérationnelle. Les pôles de compétitivité également : on voit éclore des initiatives comme Aerolean'k, dédiée à la performance opérationnelle de l'industrie aéronautique. Il appartient désormais aux pouvoirs publics d'en faire la promotion auprès des entreprises de taille intermédiaire. Exportatrices et innovantes, ces entreprises sont notre atout maître pour améliorer notre balance commerciale.

Nous ne demandons pas le retour impossible d'un état « sachant », mais simplement la reconnaissance par des mesures symboliques de l'enjeu essentiel que représente la performance opérationnelle de nos ETI. Alors, à quand l'ouverture d'une concertation publique « excellence opérationnelle » réunissant tous les acteurs engagés pour la performance retrouvée des entreprises françaises ? À quand un soutien bonifié pour les ETI s'engageant résolument sur la voie de l'amélioration de leurs opérations ? À quand une analyse publique basée aussi sur la performance internationale de nos entreprises ? En bref, à quand l'excellence opérationnelle, monsieur Montebourg ?

 

 

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Commentaires
a écrit le 26/12/2013 à 10:47 :
Personnellement, je souscris sans réserve à l’analyse de David Machenaud quant à la nécessité de viser l’excellence opérationnelle de nos PME. Mais je ne crois pas pour autant qu’elles doivent tendre la main. Ce serait renforcer la mentalité d’assistés déjà beaucoup trop développée en France. Il me semblerait plus fructueux d’investir en amont. Faire en sorte que les politiques comprennent mieux le monde de l’entreprise, ses préoccupations et les mécanismes de son fonctionnement. Bref, soumettre ceux qui élaborent les lois à l’obligation de formation permanente imposée aux entreprises depuis des décennies. Sinon, comment espérer qu’ils raisonnent juste en utilisant des concepts dont ils ignorent le sens ?

Illustration : Tout récemment, un homme politique en vue a encouragé les sociétés à augmenter leur valeur ajoutée. Il fallait probablement comprendre son souhait de les voir fabriquer des produits contenant plus de valeur. Ce qui n’est pas la même chose.
Dans un contexte où la TVA est l’un des principaux impôts, il est curieux que l’homme en question n’ait pas intégré la définition de la valeur ajoutée. Sachant par ailleurs que les entreprises externalisent de façon à focaliser leurs investissements sur leur cœur de métier, il aurait conclu que, toutes choses égales par ailleurs, l’augmentation de la valeur ajoutée ne constitue pas un objectif.
a écrit le 23/12/2013 à 14:35 :
Merci pour cet article qui remet les choses dans le bon ordre... faire mieux avec ce que nous avons est une priorité... c'est le plus facile mais souvent oublié faute d'ambition et de formation des cadres...Nous pouvons non seulement faire bcp mieux en qualité, productivité, délais mais également changer les cultures d'entreprise et les homes /femmes qui y travaillent pour remotiver et les aider à se prendre en main..arrêtons d'être victimes et devenons acteurs de notre futur
La même logique s'applique à l'ensemble de la fonction publique francaise et c'est par là que Mr Montebourg devrait commencer pour montrer l'exemple...
a écrit le 22/12/2013 à 21:12 :
Je suis complétement en ligne à votre article. Félicitation. Je pense comme vous que beaucoup d’entreprises peuvent dégager d’importantes marges de manœuvre en adoptant les techniques de gestion de production les plus modernes et ces techniques restent encore trop souvent méconnues. Ceci ne vient nullement en contradiction avec le souci de l’innovation ou l’amélioration de la qualité, bien au contraire. Vous avez également raison de souligner l’importance des temps de passage cours. De manière générale la vitesse de réaction, d’exécution (en se laissant le temps suffisant de la décision) n’est pas assez mis en avant dans le monde de l’entreprise comme étant une qualité essentielle.
a écrit le 21/12/2013 à 0:11 :
Le "lean" est une condition nécessaire mais pas suffisante. Il constitue l'unique politique industrielle chez certains dirigeants qui n'ont pratiqué que l'optimisation faute d'investissements. Laissez monsieur Montebourg en dehors de cette doctrine sinon cela se terminera comme les certifications iso et autre RSE.
a écrit le 20/12/2013 à 15:55 :
D'accord avec vous !
En France les gains des entreprises sont trouvés dans la baisse de la qualité à tous les niveaux alors qu'il faudrait les trouver dans l'augmentation de la qualité.
Un chantier énorme encore plus important dans le bâtiment que dans l'industrie.
a écrit le 20/12/2013 à 15:46 :
Merci de ne pas associer Airbus à une entreprise privée ! Parce que d'accord, c'est une SAS sur le papier, mais franchement sa position n'a rien de celle d'une entreprise comme les autres.
Réponse de le 20/12/2013 à 17:12 :
Airbus est cité comme "fleuron de l'industrie française" je ne comprend pas ce commentaire….
Réponse de le 24/12/2013 à 8:46 :
Pour commencer airbus n'est pas une entreprise française. Par ailleurs, la position de cette entreprise est bien trop stratégique pour être représentative de la situation des entreprises françaises. Concrètement la faillite est une situation inenvisageable pour airbus et cela change tout.
a écrit le 20/12/2013 à 15:39 :
" Pour permettre aux entreprises françaises de rester compétitives, les pouvoirs publics doivent actionner simultanément trois leviers : ... " Absolument pas d'accord !!! Les pouvoirs Publics doivent simplement veiller à ne pas étouffer les entreprises avec des charges hallucinantes et assurer une certaine stabilité fiscale. Pour le reste, les entreprises doivent apprendre à fonctionner par elles-mêmes sinon elles finiront comme une part grandissante de nos concitoyens, totalement dépendantes de l'Etat et de ses politiques redistributives. L'Etat s'est toujours planté dans prévisions en matière de stratégie économique et cela ne changera jamais quelque soit le parti au pouvoir. Hormis des notions de macro-économie, les hommes politiques n'ont pas de connaissances du monde économique. Ils sont issu d'une culture administrative à 100 000 lieues des préoccupations des chefs d'entreprises.
Réponse de le 20/12/2013 à 17:20 :
Tout à fait d'accord sur l'asphyxie fiscale …Mais si de bonnes initiatives du privée qui font leurs preuves (du bon sens économique) peuvent être reprises par l'Etat pour sa propre gestion et soutenues alors très bien! persévérons pour que nos politique justement s'ancrent enfin dans la réalité du monde de l'entreprise !!
a écrit le 20/12/2013 à 15:19 :
Très pertinent. En lisant cette tribune on se demande comment on n'y a pas pensé plus tôt !
Concrètement Monsieur Machenaud, qu'est ce que Montebourg peut faire ??
Réponse de le 20/12/2013 à 15:42 :
Il n'y peut rien, effectivement. Les patrons Français sont en train de devenir des assistés comme les autres. C'est affligeant, mais c'est peut-être le but de nos hommes politiques, non ? Car qui dit assistés, dit dominés.

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