Un remède hollandais pour le mal hollandais

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(Crédits : REUTERS Phil McCarten)
La Hollande a su réformer son Etat providence. Une leçon pour les autres pays développés. Par Michael J. Boskin, professeur à Stanford

Bien trop rares sont les gouvernements prêts à réguler un État providence pléthorique avant que survienne la catastrophe. En conséquence, certains citoyens finissent par être victimes de l'équivalent économique d'une crise cardiaque : un déclin déchirant de leur niveau de vie quand des programmes non viables agonisent. La Grèce et la ville de Detroit en sont les tristes exemples les plus récents.

Beaucoup de gens souffrent d'une croissance anémique et de revenus qui progressent à peine à cause de la combinaison toxique de dépenses publiques excessives, de règlementations pesantes et d'une fiscalité préjudiciable. Une grande partie de l'Europe entre dans cette catégorie de stagnation économique.

La Hollande a réussi à inverser la tendance

Il arrive toutefois que certains gouvernements parviennent à corriger ces dysfonctionnements propres à l'État providence. Le Canada a réduit les dépenses publiques de plus de 8 pour cent du PIB dans les années 1990 et les Etats-Unis ont réduit les dépenses non militaires de 5 pour cent du PIB à partir du milieu des années 1980 - un cap maintenu à la fois par les gouvernements de centre-droit et de centre-gauche.

Le fait qu'un pays européen inverse la tendance, pour réduire la dépendance à la protection sociale et rétablir les incitations au travail, mérite donc d'être noté - en particulier quand le pays en question est les Pays-Bas, qui au cours des années 1960 et 1970 ont mis sur pied l'un des États providence le plus complet qui soit.

 Vers  une société de participation

Récemment, à l'occasion de son premier discours annuel adressé au Parlement, le roi batave Willem-Alexander a déclaré que : « Notre marché du travail et notre système de services publics ne correspondent plus aux demandes du XXIsiècle…L'État providence classique se transforme lentement mais sûrement en une société de participation ».

Cette évolution est vraiment étonnante. A partir des années 1960 et 1970, les commentateurs des Pays-Bas se plaignaient souvent du « mal hollandais ». Il existait tellement de subventions généreuses, d'aides financières et de paiements de transfert - pour tout le monde, des véritablement nécessiteux aux artistes qui ne parvenaient pas à vendre leurs œuvres - que les salaires après impôts n'étaient souvent qu'à peine supérieurs aux prestations. Il était donc rare, pour cette raison, que les Hollandais retournent au travail après avoir quitté ou perdu un emploi, ou alors seulement au noir, avec un salaire payé en espèces.

Des réformes novatrices

Que l'on considère l'État providence batave comme humain et généreux, ou hypertrophié et imprudent, sa prodigalité a sérieusement grevé l'économie. Mais contrairement aux Français, par exemple, les Néerlandais ont réagi à leurs excès passés avec une série de mesures politiques destinées à encourager une reprise de l'activité sur le marché du travail formel. A vrai dire, ils méritent d'être salués pour des réformes novatrices dont les autres gouvernements dans le monde pourraient s'inspirer pour préserver un filet de sécurité qui soit ciblé, efficace et abordable.

Une incitation à réduire les risques au travail

L'assurance invalidité est par exemple devenu un problème qui ne cesse de croître dans plusieurs pays, alors même que la proportion de travailleurs occupant un emploi difficile et dangereux, dans le bâtiment et le secteur manufacturier notamment, décline régulièrement. Pour endiguer la forte progression des prestations d'invalidité, le gouvernement néerlandais exige à présent que les entreprises ayant des taux de sinistralité élevés cotisent davantage pour l'assurance invalidité, créant ainsi une forte incitation à rendre les lieux de travail plus sûrs.

Mais réduire le taux de sinistralité (et donc les prestations) n'est qu'une partie du problème. L'autre question est le retour à un travail salarié de ceux qui le peuvent (aux Etats-Unis, moins de 1 pour cent des invalides reprennent le travail). Une intervention préventive et des campagnes d'information sur les possibilités de retour au travail sont des possibilités prometteuses. De nombreuses études démontrent que les capacités professionnelles se dégradent proportionnellement à la durée de l'inactivité. Les programmes de reconversion, d'information et de réintégration ont donc toute leur importance.

Apporter la preuve d'une recherche d'emploi

Les Néerlandais ont également entamé une réforme de l'aide sociale, comme l'ont fait les Etats-Unis en 1996, lorsqu'un président démocrate, Bill Clinton, et un Congrès républicain ont fixé des limites à la durée d'attribution des prestations et imposé la nécessité pour les bénéficiaires de travailler. Le système de protection sociale néerlandais exige également aujourd'hui que les bénéficiaires éventuels puissent prouver qu'ils cherchent activement un emploi avant de pouvoir être éligibles ; qu'ils occupent un emploi ou effectuent un travail d'intérêt général lorsqu'ils perçoivent des prestations ; et qu'ils acceptent un emploi même si celui-ci implique des déplacements importants.

La réforme de l'aide sociale de 1996 aux Etats-Unis a été inspirée par des initiatives prises par l'État du Wisconsin. De même que la réforme mise en œuvre dans cet État s'est révélée être un modèle qui fut adopté avec succès au plan fédéral, les réformes d'un pays de l'Union européenne pourraient entraîner des innovations dans d'autres pays de l'UE et ailleurs dans le monde. Et c'est précisément ce genre de contagion de réformes politiques réussies dont l'Europe et une grande partie du monde ont besoin.

Des tendances démographiques incontournables

Pour comprendre pourquoi, il faut apprécier le taux d'imposition nécessaire pour financer les prestations sociales, qui est égal au taux de remplacement (le pourcentage des retraites perçues par rapport aux revenus des contribuables) multiplié par le ratio de dépendance (rapport entre la population active et inactive). Plus le taux de remplacement et/ou le ratio de dépendance sont élevés, plus important doit être le taux d'imposition pour financer les prestations sociales.

Ce qui est absolument certain est que le ratio de dépendance augmentera à peu près partout, en raison de tendances démographiques incontournables. La combinaison d'une espérance de vie plus grande, de taux de fécondité plus bas, et dans certains pays (dont les Etats-Unis), du départ en retraite de la génération des baby-boomers d'après la Seconde guerre mondiale, implique une augmentation rapide du ratio de dépendance démographique.

Une leçon précieuse

Aux Etats-Unis par exemple, le taux actuel d'un retraité pour trois actifs passera à 1 pour 2 dans les trois décennies à venir. En Italie et en Allemagne, ce taux est de 1 :1. Et en Chine, dans une génération, la proportion de personnes ayant plus de 65 ans sera plus élevée qu'aux Etats-Unis.

Des réformes politiques de bon sens, qui devraient être adoptées en tant que telles, comme les réformes de l'assurance invalidité et de la protection sociale aux Pays-Bas, permettront de trouver un second dividende en abaissant le ratio de dépendance. Cela ne permettra toutefois pas de maintenir indéfiniment des finances publiques saines. Mais en démontrant qu'il existe un remède pour le « mal hollandais », les Pays-Bas nous donnent une leçon précieuse.


Traduit de l'anglais par Julia Gallin

Michael J. Boskin, ancien président du Council of Economic Advisers du président George H. W. Bush, est professeur d'économie à l'université de Stanford et membre de la Hoover Institution.

© Project Syndicate 1995-2014

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Commentaires
a écrit le 20/01/2014 à 22:44 :
Ce Monsieur fait partie des responsables de la prime des subprimes, et il ose encore donner des leçons.
C'est le rpoblème du monde moderne : ce n'est pas parce que la seule chose que vous ayez réussi à prouver, c'est votre incompétence, que vous n'allez pas donner des leçons au restant de la terre.
Réponse de le 21/01/2014 à 13:42 :
Mais que va devenir le socialisme s'il ne peut plus subventionner :
- des études de haut niveau sans aucun débouché,
- des spectacles multiples pour lesquels personne ne voudrait payer,
- des armées de fonctionnaires occupés à s'envoyer du papier que personne ne lit,
- des syndicats qui ne représentent plus qu'eux-mêmes,
- des assistés fort heureux de pouvoir survivre sans rien faire,
- des associations "sociales et solidaires" qui doublonnent avec les commerces,
- des équipements publics pléthoriques et mal fréquentés,
- des commissions où les participants sont payés à discuter....
a écrit le 20/01/2014 à 13:27 :
Cet article est de la pure propagande. Les Pays-Bas (Hollande en français) se portent très mal économiquement (aux alentours de -2% de PIB réel depuis 2007), et ont perdu leur statut de triple-A vers la fin de l'an dernier.
Réponse de le 20/01/2014 à 18:11 :
les pays bas sont économiquement dans les meilleurs en europe et possede tjrs son triple a...revoyez vos sources avant d'écrire des aneries
Réponse de le 21/01/2014 à 7:07 :
C'est faux, S&P leur a enlevé le AAA en novembre de l'an passé.

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