Economie russe : le revers de la médaille

 |   |  521  mots
Alexandre Mirlicourtois, directeur de la conjoncture et de la prévision de Xerfi/ DR
La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, le revers de la médaille de l'économie russe.

Entre 2007, année où Sotchi a été choisie pour accueillir les 22ème Jeux Olympiques d'hiver et aujourd'hui, le taux de croissance de la Russie est tombé de 8,5% à moins de 1,5%. Il y a bien entendu dans cette chute l'impact de la conjoncture européenne.

Premier partenaire commercial de la Russie, l'Union européenne absorbe, 43% des produits russes et la zone euro, à elle seule, 28%. De ce point de vue, une partie des déconvenues actuelles ont été « importées » du continent européen.

Mais plus profondément, ce coup de frein de la croissance renvoie aux déséquilibres de la structure productive du pays, à son hyper-concentration sur quelques ressources rares, notamment le pétrole.

Comme le montrent les évolutions annuelles du PIB et du cours du Brent, le lien est très fort entre la croissance du pays et le prix du brut. Or son cours donne des signes de faiblesse. Une donnée fondamentale pour un pays rentier qui mise sur ses ressources naturelles. Les chiffres du commerce extérieur sont d'ailleurs édifiants : le pétrole brut (30%), le gaz naturel (17%), les produits du raffinage (14%) forment à eux trois 61% des exportations russes.

Et l'exploitation de ses ressources naturelles se fait au détriment de l'industrie manufacturière. Déclassée, l'industrie russe occupe aujourd'hui une position marginale dans l'économie mondiale, exceptée l'industrie de défense. Pour le reste, un rapide comparatif entre l'évolution de la production manufacturière chinoise et russe depuis 1992 parle de lui-même : pour la Chine, la production a crû de 13,9% en moyenne par an.

Pour la Russie le compteur est bloqué à 0,3% seulement. Alors bien-sûr, la rente énergétique a facilité jusqu'ici l'équilibre des comptes publics : plus de la moitié des revenus de l'Etat est issue des recettes de la production de pétrole et de gaz.

Une manne dont bénéficient les employés de l'Etat (30% de la population active) sous forme d'augmentation salariale mais également l'ensemble de la population. De quoi donner une formidable impulsion à la consommation des ménages, véritable moteur de la croissance russe.

Mais le modèle touche ses limites et l'arrêt de la flambée des prix des hydrocarbures a mis l'économie au point mort. Et fait aggravant, la rente, au lieu d'être réinvestie en interne pour moderniser le pays, est rentabilisée en dehors du territoire via les compagnies off-shore. Et les capitaux étrangers ne viennent pas d'avantage en renfort, à défaut d'un environnement des affaires favorable. A cela s'ajoute un ingrédient supplémentaire une main d'oeuvre qui se raréfie.

En écho à ces faiblesses de fond, la prévision officielle de croissance sur les 30 prochaines années est passée de 4,3% par an à 2,5% entre le début et la fin 2013. De nouvelles prévisions qui s'accordent au potentiel de croissance estimé par le FMI (2%) et proches de notre prévision pour cette année fixée à 2,2%.

Mais attention, il est rare qu'une décélération de ce type se produise sans à-coups.

 

 >> Plus de vidéo sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 03/03/2014 à 23:05 :
Période où il est bon de voir qu'il faut consolider l'Europe et non la démanteler comme les amis de Poutine en France le veulent (exemple Le Pen et FN avec leurs conseillers pro-Poutine = même pensée sur les choix de ce dernier sur la Syrie, la Lybie etc = laisser faire la stratégie russe d'affaiblissement de l'Europe pour mieux la dominer). De même consolider l'Europe pour créer en plus de la structure Otan une structure européenne de défense impliquant un réarmement et l'intervention de tous les pays concernés lors d'attaque d'un pays européen. Sinon vous aurez les soviets si vous vous laissez tromper par les partis populites qui veulent démanteler l'Europe et l'euro qu'ils tiennent faussement coupables de tous les maux comme la propagande poutinienne veut vous faire croire alors que ce n'est pas si simpliste heureusement.
a écrit le 03/03/2014 à 12:21 :
Hmmm… L’analyse n’est injuste, mais il y a deux points qui gâchent sa qualité et parlent pas bien des compétences des analystes. 1. « Une manne dont bénéficient les employés de l'Etat (30% de la population active) sous forme d'augmentation salariale ». Sans beaucoup d’entrer dans les détails c’est partiellement faux : a. la politique de la hausse importante salaire publique est assez récente, jusqu’au 2005-2007 les salaires en privé augmentaient plus. b. La répartition est très inégalitaire au niveau des secteurs (les administrations diverses, l’armée, la justice etc. ont profité le plus) et géographiques (dans une bonne part des régions les salaires de la plupart des fonctionnaires restent très faibles et n’ont pas augmenté compte tenu de l’information depuis longtemps. Donc, à relativiser. 2. « l'évolution de la production manufacturière chinoise et russe depuis 1992 parle de lui-même : pour la Chine, la production a crû de 13,9% en moyenne par an. Pour la Russie le compteur est bloqué à 0,3% seulement » : a. Comparer la production industrielle pour ces périodes en Russie et en Chine, c’est un peu stupide. En Chine c’est une croissance quasi-ininterrompue, en Russie entre 1992 et 1999 c’est la chute vertigineuse mesurée en dizaines pourcents par an dès fois, ensuite une croissance dès fois bonne, dès fois faible, dès fois négative (crise 2008). b. Je ne crois pas à la hausse de la production industrielle par rapport à la République Fédérative Russe, de l’URSS sauf quelques domaines on doit avoir toujours une baisse, pas une hausse même de 0.3%. Ou, au contraire, l’année 1992 était prise comme déjà très mauvaise par rapport aux années 80.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :