Concentrer les allégements de charges sur les bas salaires : une erreur stratégique

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Alors que l'économie française souffre d'abord d'un problème de compétitivité, à quoi sert d'encourager la création d'emplois peu qualfiés dans le commerce ou les services de base? Par Olivier Passet, directeur des synthèses économiques de Xerfi

Le débat sur la baisse des charges est décidément bien mal engagé. Pour Xerfi, il semblerait que la coalition qui se dessine en faveur d'une baisse centrée sur le SMIC, tient de l'erreur stratégique lourde, même s'il ne faut pas ignorer pas la puissance des arguments de la thèse opposée. En effet :

  • la baisse des charges ciblées sur le SMIC crée bel et bien de l'emploi, et même beaucoup. Les travaux empiriques, et les plus récents encore, en attestent.
  • la mesure se double d'un effet favorable sur la demande et la croissance à court terme.
  • la mesure a donc la vertu rare de rallier les tenants d'une politique de l'offre, puisqu'elle offre un antidote au SMIC élevé, et les keynésiens pour qui toute impulsion en faveur de la demande est bonne en temps de crise.
  • la mesure rallie un très grand nombre d'experts académiques crédibles comme en témoigne une tribune signée par 34 spécialistes de l'emploi « Le Monde » du 4 février  dernier.

Mais ce n'est pas parce que l'efficacité d'un médicament est reconnue, que l'on doit en recommander l'administration quelque soit la maladie, quelques soient les circonstances. Or c'est exactement ce que fait aujourd'hui la communauté des experts. Avec des arguments qui laissent parfois pantois.

 Une vision insensée

Car pour ces derniers, s'il y a un problème de compétitivité au niveau des activités à forte valeur ajoutée, réglons-le en comblant notre écart de R&D avec l'Allemagne. L'emploi c'est l'affaire des bas salaires, la productivité c'est l'affaire de la R&D. Or c'est cette séparation des problèmes qui est tout simplement insensée.

Car la question posée au gouvernement est bien de trouver une prescription pour résorber un handicap de compétitivité. Et si l'on s'accorde sur ce diagnostic, alors on peut avancer tous les chiffres que l'on veut en matière d'emploi, avec les protocoles scientifiques les plus rigoureux. Cela ne répond pas à la question posée. Le véritable enjeu  est de trouver  la mesure qui permet aux entreprises de reprendre pied en termes de parts de marché.

Si l'on s'accorde sur ce diagnostic, la spécialisation par secteur et par type d'entreprise de l'emploi est bien un enjeu majeur. Non, il n'est pas indifférent de charger une économie en emploi dans des TPE à faible valeur ajoutée ou dans les services à la personne ou dans le commerce, quand cette économie perd des marchés et que le nombre de ses entreprises exportatrices régresse.

La R&D ne se décrète pas

Ensuite la R&D est d'abord une affaire de spécialisation. Notre écart de R&D avec l'Allemagne, permanent depuis plus de 30 ans, est  le fait de notre écart de spécialisation dans les activités à forte intensité technologique. Il faut vraiment avoir une vision bien éthérée de l'économie pour penser que la R&D se décrète, sans lien avec la nature de nos structures productives.

Alors non, recommander la neutralité dans la diminution des charges, ce n'est pas simplement vouloir faire le jeu du « lobbying des grandes entreprises du secteur industriel ». Ce n'est pas faire le jeu d'entreprises qui agiteraient en permanence le spectre de la perte de compétitivité » pour empocher la mise, si l'on en croit les soupçons de certains experts du marché du travail. C'est simplement être attentif au diagnostic, à l'histoire, à l'environnement international, avant de proposer un remède.

>> Plus de vidéo sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

 

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Commentaires
a écrit le 25/03/2014 à 22:33 :
oui il faut baisser les charges sur le SMIC, qui profitera a toute la chaîne économique en injectant des milliards dans l'économie. le SMIC français est le plus cher haut d'Europe pour un chef d'entreprise. les entreprises spécialisées en profiteront aussi par la baisse des charges donc des prix de leurs fournisseurs.
a écrit le 25/03/2014 à 16:05 :
Baisser les charges sur les hauts salaires ne fait qu'augmenter les hauts salaires, c'est une aubaine pour le recruteur!
Réponse de le 25/03/2014 à 18:12 :
non, cela évite que les pourvoyeurs d'emplois de demain aillent créer les emplois ailleurs qu'en France; Il faut développer la recherche. Ce n'est pas de femme de ménage dont la France a besoin mais de techniciens, de chercheurs d'ingénieurs; On doit se battre dans la haute technologie. Cela afin de pérenniser l'emploi§
a écrit le 25/03/2014 à 12:49 :
En désavouant le PS dimanche, les Français ont dit NON à la politique de l'offre sociale-libérale du gouvernement! Le pacte de responsabilité (baisses des charges, cadeaux aux patrons) est mort!
Réponse de le 25/03/2014 à 13:40 :
Non, les électeurs ont dit non à un gouvernement qui ne fait rien, qui n'arrive pas à mettre en place ce pact, qui passe à côté du sauvetage de l'assurance-chômage en accouchant d'une me surette... Il faut sauver la France en prenant enfin les décisions qui font mal...
a écrit le 25/03/2014 à 12:35 :
C'est évident une bêtise de concentrer les allégements de charge sur les bas salaires. Ce n'est efficace qu'à court terme. Il faut savoir si on veut une France de service à la personne (non exportable) ou une France de haute technologie pouvant se battre sur les marchés mondiaux. Nous perdons notre matière grise et nos jeunes diplômés qui se dépêchent d'aller voir ailleurs (USA, GB, Canada). Or l'avenir du pays est là! Il faut retenir nos ingénieurs, nos chercheurs...
a écrit le 25/03/2014 à 12:01 :
En gros il s'agit de savoir quelle est la priorité: emploi ou compétitivité?
Poser la question c'est y répondre: tout le monde a les yeux rivés sur le taux de chômage. La compétitivité est un problème -important certes- mais qui reste dans les débats économiques et n'intéresse que marginalement les citoyens. Alors que le chômage est un problème politique majeur et qui concerne tout le monde de manière immédiate: tous les français, même s'ils ont un emploi, ont des proches au chômage et sont confrontés à la délinquance de jeunes désœuvrés.
Réponse de le 25/03/2014 à 14:30 :
La délinquance c'est plutôt la conséquence d'un laxisme judiciaire et éducatif que de jeunes "désoeuvrés". La perte de compétitivité c'est aussi bien la conséquence du libre échange européen que de la politique familiale nataliste française.
Réponse de le 25/03/2014 à 16:30 :
@ Bleu (en économie !), faut-il vous rappeler que la compétitivité d’aujourd’hui fait l'emploi de demain ? Dès lors, vous pouvez reprendre votre raisonnement...
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