La forteresse de l’épargne

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Alexandre Mirlicourtois, directeur de la conjoncture et de la prévision de Xerfi./ DR
La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, la forteresse de l’épargne française

L'épargne en France c'est une forteresse. Cela fait maintenant, 20 ans, que le taux d'épargne fluctue dans une bande très étroite comprise entre 14 et 16% du revenu disponible brut, quelle que soit la conjoncture ou presque. Et 2013 n'a pas dérogé, il s'est fixé à 15,6% comme en 2012.

Est-ce beaucoup ?

Oui, la France dispose bien d'un taux d'épargne brut des ménages élevé au regard des autres grands pays développés comme la Belgique ou l'Allemagne d'ailleurs. Et il est nettement supérieur à celui de la zone euro ou du Royaume-Uni qui ferme la marche.

Mais les comparaisons sont d'une robustesse très relative on le sait : problèmes de périmètre, problème de disparité lié au poids très différent des dépenses collectives selon les pays, du type de financement des retraites, mais passons, là n'est pas l'essentiel. Il y a d'abord le fait qu'une grande partie de l'épargne française va dans la pierre : à très grand trait, l'épargne immobilière c'est 61% de l'épargne total et l'épargne financière 39%.

Mais la pierre est financée en partie à crédit

Et si environ 58% des ménages français sont propriétaires, 31% ont toujours un emprunt en cours. Le calcul est simple cela concerne peu ou prou 20% des ménages français. A ceux-là, il faut ajouter bien entendu tous les Français ayant un ou plusieurs crédits en cours.

Pour faire bref, de même qu'il y a des dépenses contraintes il y a une épargne contrainte sur laquelle la conjoncture ne mord pas et ce socle ne bougera pas ou peu. Pour le reste, les enquêtes de l'INSEE nous apportent une information précieuse.

Chaque mois, les ménages sont, entre autres, interrogés sur :

  • 1 - l'opportunité d'épargner ;
  • 2 - leurs capacités d'épargne actuelles et futures.

L'opportunité d'épargner d'abord. Les ménages qui semblaient un temps vouloir puiser dans leurs économies pour amortir les évolutions défavorables du pouvoir d'achat ont changé d'avis en début d'année et l'opportunité d'épargner est à nouveau passée au-dessus de sa moyenne de long terme. Autant dire, que la tendance qui semblait se dessiner en fin d'année aura fait long feu : le recul du taux d'épargne financière, au diapason de ce qu'avaient annoncé les Français, n'est plus d'actualité et il faut s'attendre maintenant au contraire à sa remontée.

Une preuve indirecte nous en a déjà été donnée

Les économies générées sur la facture énergétique par l'extrême douceur de l'hiver ne se retrouvent pas sur les autres postes de dépenses, signe qu'elles ont pris la direction de l'épargne.

De surcroit alors qu'ils n'anticipent aucune amélioration notable de leur situation financière, les ménages s'estiment capables d'épargner plus comme le montre l'évolution de leur solde d'opinion sur leur capacité future à épargner.

La situation semble paradoxale, mais cela signifie que les ménages vont privilégier les économies au quotidien sur les postes de dépenses. C'est cohérent avec la généralisation de la chasse aux petits prix. La volonté d'épargner plus existe donc bien et les ménages se sont mis en position pour le faire. Mauvaise nouvelle pour tous ceux qui espèrent voir l'épargne jouer un rôle d'amortisseur.

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