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Un président mexicain qui tente de réformer, mais...

Photo de Ivan Best

Quentin Gollier

Publié le 30 juin 2014 à 10:43 - Mis à jour le 30 juin 2014 à 12:45

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Contre toute attente, le nouveau président mexicain élu en décembre 2012 tente de lancer des réformes de son pays. Mais les résistances sont grandes, tout comme le scepticisme ambiant

Impopulaire avant même la publication des résultats électoraux. Après s'être ridiculisé à plusieurs reprises pendant la campagne - ayant dû prendre refuge dans des toilettes sur un campus face à une manifestation d'étudiants et bredouillant de façon inintelligible pendant plusieurs minutes au cours d'une interview sur CNN -, Enrique Peña Nieto lançait son mandat sans même accorder au Parlement national un discours d'inauguration de peur de n'avoir de haut-parleurs suffisamment fort pour couvrir les huées. Marquée par des irrégularités profondes malgré les dénégations répétées de la commission électorale, M. Peña Nieto entamait sa présidence avec une autorité déjà contestée de tous côtés.

Un parti "révolutionnaire"  en lien avec les lobbies

Ayant vigoureusement fait campagne sur le thème de la réforme, cet ancien gouverneur de l'Etat de Mexico faisait même grincer des dents au nord du Rio Grande compte tenu de ses déclarations pour le moins ambiguës sur sa volonté profonde de poursuivre la « war on drugs » menée dans son pays depuis bientôt une décennie. Mais pour la population mexicaine, M. Peña Nieto représentait surtout la nouvelle incarnation du Partido Revolucionario Institucional (PRI), au pouvoir sans discontinuer pendant 71 ans jusqu'en 2000.

Si le nom du parti fait lui-même doucement sourire, le PRI reste un organisme de masse, très lié aux importants groupes de pression et lobbies qui minent le pays, et n'est pas sans liens avec certains grands groupes de trafiquants. Quand M. Peña Nieto prend donc le pouvoir, en décembre 2012, le désespoir est palpable dans la société mexicaine, le PRI revenant et l'opposition ayant été incapable de réformer le pays. Luis Hernández Navarro, l'éditeur de La Jornada, fait paraitre un éditorial cornélien, « les mexicains [ayant] voté avec nostalgie pour le passé. Le vieux régime autoritaire a été restauré. Le Mexique aura maintenant son propre Vladimir Poutine ».

Contre toute attente, des réformes massives

Mais les premiers mois du nouveau président surprennent nombre d'observateurs. Comme fort de son impopularité il se lance dans des réformes massives, en commençant par prendre d'assaut le système éducatif en imposant un système de recrutement par test standardisé des enseignants et en cassant le monopole des syndicats sur ce secteur de la société célèbre pour ses dysfonctionnements. Malgré des manifestations massives et la paralysie de plusieurs parties de Mexico pendant deux semaines, le nouveau président ne flanche pas et finit par faire passer à une écrasante majorité son projet de loi dans le Sénat. Cette réforme brutale d'un groupe de pression auparavant considéré comme intouchable met soudain M. Peña Nieto sur la courte liste des politiciens ambitieux et sérieux dans les pays en développement. Encouragé par ce succès, le président décide, de façon sans doute prématurée, de s'attaquer ensuite aux deux plus importants lobbys de la société mexicaine : les médias et l'énergie.

La privatisation de la compagnie pétrolière nationale PEMEX, une véritable bombe

PEMEX, la compagnie publique d'extraction pétrolière concentre tellement de fantasmes qu'il est difficile d'établir avec précision l'ensemble de ses dysfonctionnements. Une rumeur tenace voudrait que près de 5.000 employés de la compagnie y touchent des salaires à vie malgré la disparition de leur poste, de par leur statut de fonctionnaire. Véritable symbole de la souveraineté nationale dans un pays ultra-complexé par toute forme « d'intrusion » étrangère, l'annonce de la semi-privatisation de l'entreprise fait l'effet d'une bombe, malgré l'exemple relativement réussi de l'expérience Petrobras au Brésil. La réforme passe sans ainsi encombre la barrière de la représentation populaire mais les détails organiques sont encore aujourd'hui discutés sans fin avec les représentants des employés, le législateur « pataugeant dans la boue » selon l'observateur du Financial Times.

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Une politique de relance par des programmes d'infrastructures

L'ambitieuse réforme du secteur des médias, sclérosé par des monopoles d'une taille sans équivalent même dans le reste du monde en développement, semble également prendre place à un rythme extrêmement lent, le gouvernement parvenant à détruire les barrières à l'entrée mises en place par les géants Televisa et Azteca, mais apparemment impuissant à convaincre des nouveaux entrants à jouer le jeu de la concurrence face à des ogres du business du gabarit de Carlos Slim, ayant construit son empire des télécoms sur des bases à la légalité plus que contestables.

Mais la réelle ambition de M. Peña Nieto tient dans sa volonté de relancer l'économie mexicaine en tournant la page des impressionnantes hausses d'impôts qui ont marqué 2013 (ralentissant la croissance à un niveau abyssal autour de 1%). En lançant d'importants programmes d'infrastructures (notamment routières) et en dépensant sans compter l'argent accumulé, le gouvernement compte bien remettre le pays sur les rails de la croissance alors qu'il continue de sous-performer comparativement par exemple à la Colombie.

Beaucoup de scepticisme

Las, le gouvernement semble aujourd'hui « le plus fervent dévot de saint Jude, le patron des causes perdues » note de façon acerbe The Economist fin mai. « L'économie mexicaine refuse toujours de démarrer » désespèrait encore le correspondant local du Financial Times il y a quelques jours, notant que les travailleurs mexicains « ou bien ricanent à la notion que les réformes puissent apporter du progrès, ou regardent dans le vide - comme se demandant comment ces deux notions peuvent bien être liées ». Opérant dans un pays déjà très sceptique de la capacité de l'Etat à assurer des politiques économiques bénéfiques pour la collectivité, l'effort actuel de M. Peña Nieto, s'il se révélait finalement vain, pourrait bien sonner le glas des efforts réformateurs du gouvernements pour les prochaines années.

« Je ne travaillerai pas à ce que Peña Nieto soit le mieux connu ou le mieux reconnu du monde » affirmait le candidat en 2012 (« sans sens apparent de l'ironie du propos » ajoutait avec acidité le LA Times), « je travaillerai pour que le Mexique voie les résultats [de mes politiques] ». Alors que le bilan des réformes est pour l'instant mitigé et que la croissance ne redémarre pas malgré le retour de l'économie américaine, le danger pour le Mexique est que M. Peña Nieto retombe dans le piège narcissique de ses présidents précédents (à commencer par M. Fox de 2000 à 2006). Étant parvenu à surprendre par son énergie pendant la première année de son mandat, il s'agit maintenant de confirmer l'effort dans la durée, malgré les déconvenues économiques actuelles.

Quentin Gollier

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