La science économique au service de l’innovation à l’hôpital

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(Crédits : Reuters)
Pourquoi l'économie de la santé et la recherche médicale doivent apprendre à se parler. Par Martin Hirsch, directeur général de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) Pierre-Yves Geoffard, directeur de PSE-Ecole d’économie de Paris.

Aujourd'hui, deux mondes se regardent, mais ne se parlent pas assez : d'un côté, l'hôpital et, au delà, l'ensemble du système de soins ; de l'autre, la recherche en économie de la santé. Chaque jour, l'hôpital accueille des milliers de patients, mobilise des centaines d'équipes soignantes, dispense des médicaments ou des traitements dont certains sont très coûteux et d'autres moins ; chaque jour aussi, l'hôpital innove : des procédures de soins, des dispositifs médicaux, des médicaments et des parcours de santé sont expérimentés.

 

Chercher davantage d'efficience 

La recherche en médecine est active, et internationalement reconnue par des publications scientifiques de premier plan. Presque en parallèle, de nombreux économistes étudient les systèmes de soins, proposent des grilles d'analyse, des modes d'organisation, et des méthodes d'évaluation ; mais, alors que dans d'autres pays ces travaux alimentent les réflexions sur l'organisation des soins, en France les échanges restent limités. Pourtant, une vision globale est nécessaire : quelles sont les ressources engagées, quels bénéfices en santé la population en retire-t-elle? Pourrait-on améliorer davantage la santé de tous sans y consacrer plus de moyens, mais en organisant ceux-ci de manière plus efficace ?

La recherche d'une plus grande efficience est la meilleure façon de dégager les ressources qui nous permettront de continuer à innover en santé : les investissements qui améliorent notre santé doivent s'appuyer sur la démonstration rigoureuse de la valeur de l'innovation. Quelles technologies adopter ? Quelle organisation pour le système de santé ? Plusieurs pays comme le Canada, les États-Unis et le Royaume-Uni ont fortement investi dans des institutions conjuguant recherche économique et aide à la décision. Il est de notre devoir de développer la culture de l'expérimentation et de l'évaluation en France, notamment dans le système de soins et en particulier à l'hôpital.

 

Réflexion prospectives sur les défis de la santé 

Parmi nos priorités, nous avons en commun un grand attachement à l'équité dans l'accès aux soins. L'économie de la santé permet de mieux appréhender cette question, en quantifiant les conséquences des différences d'information et de ressources des patients. Par ailleurs, la volonté du gouvernement de mieux articuler l'hôpital, les soins de ville et la prise en charge médico-sociale doit inspirer une réflexion économique prospective sur les incitations et tarifications qui conduiront tous les acteurs à coopérer au service de la santé du patient. Enfin, les révolutions numériques et le big data vont bousculer la santé au moins autant que le secteur des médias l'a été. Nous nous devons d'être en pointe dans la compréhension des enjeux économiques de cette transformation à laquelle nous sommes mal préparés.

Créer les conditions d'un dialogue nourri entre les décideurs et les chercheurs en économie est aujourd'hui impératif. C'est cet enjeu qui nous conduit, aujourd'hui, à établir un partenariat entre l'AP-HP et PSE - Ecole d'économie de Paris. La chaire de recherche hospinnomics (Hospital - Innovation - Economics) aura la double mission de promouvoir des recherches utiles à la décision, et d'encourager les décisions assises sur les résultats de la recherche. Lise Rochaix, professeur agrégée des universités à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et membre associée de PSE, sera la titulaire de la chaire. Hospinnomics s'appuiera sur PSE, centre de recherche en économie figurant parmi les 10 meilleurs dans le monde, et pourra être prochainement localisée à l'Hôtel-Dieu, au cœur du plus grand centre hospitalo-universitaire d'Europe.

 

Combler notre retard

La chaire a aussi vocation à constituer et animer un réseau avec les structures françaises et internationales dans le domaine, et elle sera ouverte à toutes les disciplines qui s'intéressent aux défis du système de santé. Son développement, condition de sa réussite, sera soutenu grâce aux partenaires, universitaires et institutionnels, qui s'associeront à ce projet ambitieux. La France a du retard dans le domaine de l'économie de la santé. Si, unis, nous ne le comblons pas, il s'agira demain d'un retard dans la santé des citoyens.

 

                                             

                                           hospinomics

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Commentaires
a écrit le 18/07/2014 à 18:20 :
la santé, comme beaucoup de domaines ne sont malheureusement vus par les économistes que comme des coût, donc des choses négatives au bilan.

Les bénéfices (y compris financiers) pour un pays de disposer d'une population en bonne santé et bien formée ne sont quasi jamais évalués, pourtant ils sont réels.
a écrit le 17/07/2014 à 19:43 :
Mr Hirsch la priorité n'est pas de financer des postes d'économistes, ou d'embaucher des énarques de grands corps mais d'avoir des vrais managers capables de gérer la performance. Il est vrai que vous succédez à une personne limogée pour avoir essayé de faire un plan d'économies bien modeste dans une des entités publiques les plus mal gérées de France, mais restez un peu focalisé que diable !
a écrit le 17/07/2014 à 8:12 :
L'économie est à la science ce que l'astrologie est à l'astronomie.
a écrit le 17/07/2014 à 3:00 :
Et encore un petit pladoyer pro domo avec les inévitables postes, chaires ou comités qui les accompagnent.
Je n'ai pas l'impression d'une grande compétence économique autre que livresque chez ces deux messieurs... et je doute qu'on soit positivement surpris de leurs études.
Par contre, on aura une nouvelle roue pour aller dans le sens des prescriptions politiques, et quelques spécialistes supplémentaires qui viendront auréolés de leur nouvelles attributions pour nous servir la soupe.

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