L’avenir de l’Europe dépendra de la santé de ses métropoles

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La métropole du Grand Paris qui doit voir le jour en janvier 2016 devrait permettre de mener une politique efficace au service de l’attractivité, assure Gilles Ricour de Bourgies. /DR
"La métropole du Grand Paris qui doit voir le jour en janvier 2016 devrait permettre de mener une politique efficace au service de l’attractivité", assure Gilles Ricour de Bourgies. /DR (Crédits : DR)
Pour attirer travailleurs, chercheurs et sièges sociaux dans nos métropoles, il faut rivaliser et briller dans une compétition internationale. Par Gilles Ricour de Bourgies, Président de la FNAIM du Grand Paris.

Une étude du cabinet PwC sur le classement des villes les plus attractives dans le monde annonce la rétrogradation de Paris à la 6ème place. Londres tient désormais la corde, devant New-York et Singapour. Au-delà des commentaires méthodologiques qu'il ne manquera pas de susciter, ce classement a le mérite de décrire une réalité métropolitaine internationale dans laquelle Paris doit batailler pour défendre sa place. 

Premier constat, la prolifération des classements relatifs aux grandes métropoles témoigne de la reconnaissance du fait urbain, et ce, quel que soit le pays. Qu'il s'agisse de mesurer le dynamisme économique ou culturel, l'attractivité ou la qualité de vie, les villes sont devenues, selon la formule consacrée, un échelon assez grand pour les grands problèmes et assez petit pour les petits problèmes. Laboratoire de projets, elles s'affirment comme le lieu où les décisions se prennent et où les citoyens peuvent en constater leur mise en œuvre.

 

Une place de choix au milieux de départements jugés obsolètes

A l'heure où nos politiques annoncent la fin programmée du mille-feuille administratif, les agglomérations se taillent une place de choix au milieu de départements jugés obsolètes, d'Etats nations de plus en plus contestés et d'une Europe impopulaire. Certes, la prise de conscience a été progressive, aidée notamment par les lois de décentralisation et confortée par la loi de modernisation de l'action publique territoriale et d'affirmation des métropoles du 17 décembre 2013 qui a acté la création des métropoles de Paris, de Lyon et d'Aix-Marseille-Provence.

En mettant l'accent sur des points aussi essentiels que la mobilité, le logement, l'économie ou le numérique, la loi sur les métropoles donne aujourd'hui les moyens de poursuivre une ambition. La métropole du Grand Paris qui doit voir le jour en janvier 2016 devrait permettre de mener une politique efficace au service de l'attractivité. Encore faut-il que les conditions soient réunies. La légitimité démocratique de ce nouvel ensemble reste encore à démontrer et sa gouvernance fait toujours débat.

 

Paris, toujours présente dans les classements internationaux

Le deuxième constat est que, en France, la capitale a une responsabilité particulière dans cet essor urbain. Si des villes comme Lyon ou Marseille figurent parfois dans certains classements internationaux, Paris est la seule agglomération française à y figurer systématiquement. Si Paris n'est pas la France, la capitale en est l'un des principaux moteurs. Près d'un tiers de la richesse nationale est produite en Ile-de-France. Il serait d'ailleurs utile de s'assurer que la nouvelle réalité du Grand Paris soit bien prise en compte dans ce type de classements internationaux.

La place du Grand Paris ne peut assurément pas  se réduire à celle de Paris intramuros. La Défense, la Plaine de France ou le plateau de Saclay changent définitivement la physionomie de notre capitale. La question du périmètre demeure donc essentielle.

 

Comprendre l'identité d'une ville européenne

Troisième constat, ce type de classement nous interroge sur l'identité d'une ville européenne. Dans le classement de PwC, on compte trois villes européennes parmi les 10 premières métropoles mondiales les plus attractives : Londres, Paris et Stockholm. Sont-elles pour autant si différentes des métropoles asiatiques ou américaines ? On se souvient de Bardamu, dans Voyage au bout de la nuit, qui décrivait New-York comme d'une « ville debout » à mille lieux des « villes couchées » du continent européen. L'identité des métropoles d'aujourd'hui apparaît complexe, partagée entre ce qui fait leur singularité et leur désir ardent de satisfaire à des exigences internationales.

Aucune ville ne saurait faire totalement l'impasse sur des critères désormais largement partagés. S'il y a une spécificité européenne, peut-être est-elle à chercher ailleurs, par exemple dans la capacité de nos métropoles à évoluer en réseau et à s'appuyer les unes sur les autres. Que vaut Londres sans Paris, Berlin sans Barcelone ? Plus que dans la promotion d'un champion national, la solution pourrait résider dans l'éloge de l'échange et de l'ouverture, dans la capacité à créer un réseau. A l'heure des élections européennes, le message mériterait d'être entendu.

 

Le logement doit être central dans l'attractivité d'une ville

Mon dernier constat est celui d'un professionnel de l'immobilier qui bataille depuis de nombreuses années pour défendre la place centrale du logement dans l'attractivité d'une ville. Ce critère apparaît trop souvent sous-pondéré. Il ne peut s'agir d'un critère parmi d'autres. Le logement est au cœur des enjeux d'une métropole, en lien direct avec la question de la mobilité, de la sécurité et de la qualité de vie. Le Grand Paris, dans ce domaine, doit rattraper son retard. Pour construire des logements, il est nécessaire aujourd'hui de densifier la première voire la deuxième couronne. Cela suppose le courage des maires nouvellement élus qui doivent composer avec la baisse des dotations de l'Etat et le « ras-le-bol fiscal » qui les prive du recours à l'impôt.

Pour encourager le logement, il nous faut être créatif et ne pas succomber au dogmatisme. Cela signifie par exemple de reconsidérer la nécessité de la location de courte durée pour répondre à l'ensemble des besoins d'un citoyen d'une métropole moderne. Cela nécessite également de prendre en compte le rôle social des bailleurs privés. Dans une région où 65 % de la population pourrait prétendre à un logement social, il est absurde de continuer de proclamer que la solution ne viendra que des acteurs publics. Pour faire du Grand Paris une grande métropole attractive, toutes les questions doivent être abordées sans tabou. La place du Grand Paris dans les classements internationaux est à ce prix.

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