Comment prévoir le succès d'un film... avant son tournage

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(Crédits : DR)
Alors que le financement du cinéma se complique, il devient primordial de convaincre les investisseurs de la rentabilité de leurs dépenses. Des outils mathématiques permettent de prévoir avec une marge d'erreur acceptable les recettes d'un film, et donc son équilibre économique. par Dominique Monera, président de Vistale

Prévoir le succès d'un film avant tournage : une innovation de rupture en marche!
Les mathématiques et le cinéma sont deux Univers a priori étrangers ! Les seuls modèles mathématiques utilisés communément en France prédisent les entrées finales une fois le film en salles. L'apport des mathématiques peut permettre de prévoir les succès d'un film avant tournage avec une marge d'erreur acceptable. La rentabilité et la qualité artistique ne sont pas antinomiques.

L'esprit humain s'accomode mal de la complexité


Nous savons que notre cerveau possède deux hémisphères, le gauche est celui des mathématiques, l'approche cartésienne, le domaine de l'analytique, tandis que le droit est celui des sentiments, de l'amour et le lieu où vit notre esprit créatif avec une vision globale des sujets. Le cerveau combine ces deux mondes pour façonner notre perception de la vie. Or l'esprit humain s'accommode mal de la complexité de notre environnement et va toujours essayer de la simplifier. Aussi, très tôt dans notre vie, scolaire tout d'abord, professionnelle ensuite, nous nous rangeons dans des boites : les littéraires versus les scientifiques, puis les comptables, les ingénieurs et les financiers versus les acteurs, les publicistes et les communicants.

Sur les smartphones, on a su marier technologie et besoins du clients, les maths et l'affect

Cette classification rassure car elle ramène l'inconnu au connu et réduit notre angoisse face à la complexité des problèmes. Donc tout ce qui va casser cette tendance à la simplicité va être mécaniquement rejeté et combattu. Pour cette raison d'importantes innovations sont appelées innovations de rupture. Elles vont à terme apporter du confort mais lorsqu'elles apparaissent, elles sont tellement nouvelles, différentes, dérangeantes, qu'elles deviennent suspectes et sont d'abord rejetées. Le smartphone, est un condensé de technologie qui apporte un confort optimal dans la communication. Aujourd'hui on s'envoie des textos avec des « emojis » de toutes les couleurs ! On peut exprimer ses sentiments en chattant parce qu'un jour, quelqu'un quelque part a pu réunir les énergies pour marier la technologie et les besoins du client, soit les maths et l'affect.

Des modèles de prévision pour le cinéma encore simples

Pour cette raison, un grand nombre de secteurs d'activités ont eu recours aux mathématiques. C'est le cas de la prévision des risques mais aussi des fonctions marketing avec la gestion de la relation client. Le cinéma est resté longtemps à l'écart. Les seuls modèles mathématiques utilisés communément en France prédisent les entrées finales à partir des entrées du premier jour, de la situation le premier week-end suivant la sortie en salles ou encore le score obtenu à la fin de la première semaine. Ces modèles,  assez simples,  donnent de vraies tendances mais ne fonctionnent qu'une fois le film déjà sorti, donc une fois que tous les investissements ont déjà été réalisés.


Seul un film sur cinq est rentable

A cela s'ajoute le fait que les particularités du secteur artistique (a priori éloigné des sciences mathématiques) et l'existence d'un grand nombre de facteurs pouvant influencer la réussite ou l'échec d'une production, ont fait de la prévision d'un succès, une sorte de Graal. Pourtant les experts de la production s'appuient bien sur des facteurs rationnels. Un acteur bancable, un réalisateur connu, un scénariste rentable,... Mais actuellement seul un film sur cinq permet de récupérer l'ensemble de son budget. Cela, non pas parce que les critères prédictifs sont mauvais mais parce qu'aucun d'entre eux n'a le pouvoir de cerner tout seul un succès potentiel.

Comme le scoring inventé pour le crédit à la consommation

C'est une combinaison harmonieuse d'un grand nombre de ces critères qui va pouvoir accroître les chances de prédire la réussite ou l'échec d'un long métrage. C'est là qu'entrent en jeu les mathématiques. De tels sujets ont déjà été traités dans d'autres industries comme le crédit à la consommation ou la VPC respectivement dans les domaines de la prévision du risque d'impayés et du ciblage des clients à fort potentiel d'achat. Prenons l'exemple du crédit à la consommation avec le credit scoring reposant sur des scores statistiques. Chaque demandeur de crédit obtient une note en fonction de sa capacité de remboursement, déterminée mathématiquement. Au tout début des années 90, les techniques de credit scoring ont permis d'industrialiser les processus d'octroi des crédits. Cette évolution a révolutionné le secteur du crédit à la consommation en réduisant les coûts de mise en œuvre des dossiers et en offrant plus de confort au client, accroissant ainsi le chiffre d'affaires. Nous sommes bien en présence d'une innovation de rupture car nous sommes  passés d'un univers à un autre et cela a été irréversible.

Aussi cette évolution a-t-elle provoqué au démarrage une forte résistance avant d'être complètement acceptée. Ce sont les bons résultats des prévisions des scores qui leur ont permis de s'étendre dans le monde entier et donc de réussir.

Un besoin de financement croissant pour le cinéma, des investisseurs qui veulent s'assurer d'une rentabilité


Le financement du cinéma français a décru de 10% cette année rejoignant ainsi son plus bas niveau depuis cnq ans. Cela est dû à la contraction des budgets publicitaires qui amène les chaines de télévision à moins investir dans les longs métrages. La concurrence étrangère est rude et dispose de moyens importants. Le développement de l'industrie de la vidéo par abonnement, largement catalysée par Netflix, risque de réduire encore les moyens des financiers historiques. Une recherche de financiers, en dehors des circuits traditionnels que sont notamment les chaînes de télévision et les distributeurs, va donc avoir lieu. Déjà des premiers fonds d'investissements de taille importante, au-delà des habituelles Sofica et des PME audiovisuelles, font leur apparition. Toutefois, pour garantir un succès durable, les investissements doivent être rentables.

Grâce aux maths, prévoir le succès d'un film avant le tournage


Nous sommes aujourd'hui à une croisée des chemins dans l'univers du cinéma. L'apport des mathématiques peut nous permettre de prévoir les succès en salle avec une marge d'erreur acceptable. J'en suis convaincu car tous nos travaux de R&D le confirment et notons que la rentabilité et la qualité artistique ne sont pas antinomiques comme le démontre par exemple « la vie d'Adèle » ou « des hommes et des dieux » tout deux rentables.

Depuis plus de 8 mois, la société Vistale Solutions se consacre activement à un projet particulièrement innovant, la "Movie BoxOffice©" dont les performances obtenues permettent de calculer avec pertinence la rentabilité future d'une œuvre cinématographique française. Une base de données sur 15 ans comprenant près de 2200 films français et enrichie de 300 données utiles, a été conçue. C'est grâce à une collaboration étroite avec des producteurs confirmés que des variables fortement prédictives ont pu être identifiées, puis optimisées par l'outil assurant ainsi l'efficacité des prévisions. La  "Movie Box Office©" est un score statistique qui classe les films en fonction de leur probabilité de succès. Afin d'optimiser ses performances, le modèle prédictif final a été construit en utilisant à la fois les techniques économétriques (type Logit) et les méthodes géométriques (type analyse des données).

L'utilisation du Big Data

Des outils de « Big Data » ont été utilisés sur le Web pour construire des variables prédictives, dites dérivées, c'est-à-dire construites à partir d'informations non directement utilisables. Il est important de préciser que les variables utilisées pour concevoir la « Movie Box Office©"  sont celles dont on dispose avant le tournage, au moment où l'on recherche des financements. En sélectionnant sur la base du score, donc sans connaître l'issue des films au moment de cette sélection, les 10% de films avec la meilleure note de score, ce qui revient à cibler une vingtaine de films par an, nous obtenons plus de 80 % de succès ; c'est-à-dire 16 films (sur 20) ayant recouvré a minima leur budget. Et cela sur un échantillon de validation (back testing) n'ayant pas participé à la construction de l'outil.

Des travaux du même type ont déjà démarré sur les films produits aux USA. Une Movie Box Office « US » sera disponible début d'année 2015.

Nous sommes en présence d'une innovation de rupture. Comportera-t-elle une première phase de résistance ? Peut-être, mais la vague sera forte et durable ! Cela permettra à des investisseurs étrangers au monde du cinéma d'y réaliser des placements rentables. Le cinéma français pourra ainsi bénéficier d'un nouveau souffle pour connaître un essor durable.

Dominique Monera, président de Vistale

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Commentaires
a écrit le 26/01/2015 à 16:33 :
Bonjour je suis tout à fait intéressée par cette idée, je la trouve innovatrice et surtout nécessaire afin d'investir dans les bons projets. Je vous souhaite beaucoup de succés.
a écrit le 11/12/2014 à 17:14 :
Je trouve cette approche plutôt innovatrice, pertinente et raisonnée, qui peut s’avérer utile pour le cinéma. Cet algorithme mathématique est en fait un outil d’aide à la décision, libre d’être utilisé ou non. Il n’affecte donc en rien les composantes créatives et artistiques d’un film, qui prévaudront systématiquement sur ses caractéristiques techniques.

Personnellement, j’y vois la contribution rigoureuse d’une approche mathématique basée sur une analyse paramétrique pointilleuse, qui évalue la probabilité de succès d’un film au bénéfice de l’investisseur, sans conséquence préjudiciable au bon déroulement d’un film. Une alchimie intéressante entre cinéma et sciences !
a écrit le 20/11/2014 à 6:16 :
Je trouve que cet article mélange tout, et c'est dommage.
Il met dans le même sac tous les films. Alors que la logique est très différente, selon qu'il s'agisse d'un film d'auteur, ou d'un film Blockbuster. Si c'est un film "artistique", la logique sera tournée vers une qualité d'image, de son, d'histoire, de tournage, etc... alors que pour les films business, la logique se tournera vers une logique de rentabilité (et la majorité des films de ce type sont plus que rentables, car calculés au millimètre), et les effets visuels impressionnants, un scénario simple à comprendre, un type d'humour particulièrement très simple et accessible à toutes les tranches d'âges de personnes normales moyennes, quelques scènes violentes/marquantes, une intrigue amoureuse, une scène un peu osée, mais pas trop, un drame, des pleurs, beaucoup de mouvements et de brassage d'air pour faire bonne impression, et souvent aussi une de ces fameuses mega happy end systématique, typiquement 'blockbuster business'... etc... Les choses sont beaucoup moins facilement identifiables pour les films "artistiques", car ce domaine est plus ouvert, et donc plus large. Les films d'auteur sont beaucoup plus risqués à faire, à cause de ça.
a écrit le 19/11/2014 à 20:56 :
"Nous savons que notre cerveau possède deux hémisphères, le gauche est celui des mathématiques, l'approche cartésienne, le domaine de l'analytique, tandis que le droit est celui des sentiments, de l'amour et le lieu où vit notre esprit créatif avec une vision globale des sujets."
En 2013, une analyse scientifique rigoureuse par IRM démontre que les théories en question sont fausses et qu'aucune latéralisation des processus cognitifs n'existe.
J’espère que votre argumentaire n'est pas essentiellement fondé la dessus car dans ce cas, il serait bon de le revoir.
a écrit le 19/11/2014 à 17:06 :
Je me demande bien c'est quoi ces 300 criteres, parce qu'a mon avis la date de sortie d'un film (periode propice ou non a l'envie de voir le style dudit film) les sorties des autres films, le piratage, les crises economique etc ... et la qualité du scenario !
a écrit le 19/11/2014 à 16:39 :
La création avant tout. Si c'est pour répéter les mêmes recettes de films inlassablement pour faire un maximum de profit, il ne faut pas s'étonner de l'état du cinéma français...
a écrit le 19/11/2014 à 13:07 :
Le cinéma est un alchimie créative subtile qui n'a rien à voir avec ce genre de came de baltringue. A moins qu'on s'intéresse ici à des produits culturels de seconde qualité qu' Hollywood et autres studios à travers le monde savent produire depuis longtemps. Très médiocre...
a écrit le 19/11/2014 à 9:17 :
Tout cela est plutôt une mauvaise nouvelle pour le cinéma, si l'argent est nécessaire, il ne peut être le seul critère, c'est vrai vous voulez nous enfermer dans un monde complètement formaté, sous la dictature du capital (il faut appeler un chat un chat), c'est du totalitarisme, et tout ça sous le masque du progrès technologique. Un monde prédictible est un monde qu'il faut détruire.
a écrit le 19/11/2014 à 7:13 :
Faire rêver au cinéma, cela fera venir des gens! le nombre incalculable de films français narrant des situations de la vie ou des périodes de l'histoire qui se répètent fait peur!
Ce cinéma pseudo culturel nous ennuie
a écrit le 18/11/2014 à 17:37 :
"preuve du mouvement de résistance à la nouveautée (sic)". Vous savez, tout ce qui est nouveau n'est pas forcément un progrès. On n'est pas obligé de tout avaler sous prétexte que c'est nouveau. Il n'y a que les moutons de Panurge qui ne se posent pas de question.
a écrit le 18/11/2014 à 17:18 :
Bonjour à tous,
Merci pour cet article d'introdution à une nouveauté. J'aime les commentaires de rejet de la méthode, présentant ainsi à leur insu une preuve du mouvement de résistance à la nouveautée.
Ne connaissant rien à la méthode de calcul de rentabilité de la production de film à priori. Je ne peux donc rien en dire.
Salut.
Réponse de le 18/11/2014 à 17:33 :
C'est pas une question de calcul, c'est une question de bon sens. La créativité, ça ne se met pas en équation.
a écrit le 18/11/2014 à 15:39 :
Horreur ! Alors c'est comme ça que pensent des gens très intelligents. Comment détruire la richesse créative en ne finançant que les films calibrés ! Comme si on n'en avait pas déjà assez... Ca veut dire qu'on ne donnera plus aucune chance aux jeunes cinéastes et aux nouvelles générations. Avec ce système, adieu les futurs W. Allen, et certains films les plus rentables de l'histoire, un certain nombre de films qui ne trouvaient pas de financeurs (G. Lucas...). Je crois que ce monsieur devrait vendre du papier WC ou des boites de sardines, là il aurait sans doute raison.
a écrit le 18/11/2014 à 15:21 :
Ainsi donc, si on suit la recette, 100 % des films seront rentables. C'est n'importe quoi. S'il y avait une recette, tous les films se ressembleraient peu ou prou, jamais les auteurs, les réalisateurs ne sortiraient des sentiers battus, les scénarios seraient conventionnels, les films seraient insipides... et les spectateurs s'éloigneraient.
a écrit le 18/11/2014 à 6:39 :
une bonne histoire, de l'émotion, de la violence, de la douceur, des sentiments, du rêve, du sexe, de l'espoir, un happy end (si possible), un bon réalisateur, des bons acteurs, un bon sens dans la programmation de la sortie du film, voilà les ingrédients du succès. Le reste c'est du pipo.
a écrit le 17/11/2014 à 20:59 :
C'est pas un article c'est une pub pour un produit bidon...
Réponse de le 13/12/2014 à 12:54 :
Votre commentaire me semble beaucoup plus bidon que cet article... Pour une fois que quelqu’un essaye d'innover un peu, laissez-lui au moins une chance.
a écrit le 17/11/2014 à 17:26 :
C'est génial. Est ce que ce modèle ne fonctionne que pour les films français ?

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